LE ROI FILS DE RA
Elle remplit avec Neflis les mêmes fonctions auprès de lui qu'auprès d’Osiris et d'Horus'. Le roi est le « nourrisson de » Sothis et le bercé d'Isis ». Isis l'aime, le protège, le recoit? comme son fils ; en revanche, le roi l’aime aussi, l’invoque et la respecte comme sa mère. Cependant dans le chant de victoire de Thotmès III, le roi est seulement le frère d’'Horus et de Sit F sur la stèle d'Ibsamboul, Ramsès IT qualifie d’une manière inattendue « son père Sit de Nubie » *.
Mais le père divin dont les rois se réclament le plus fréquemment, c'est Rà. Les Grecs ont été frappés de la fréquence de ce titre et ont noté que les rois répudiaient leurs pères naturels pour se donner comme « fils du Soleil » *.
La qualité de « fils de Rà » fait partie intégrante et essentielle du protocole classique, et précède toujours Le second cartouche royal, comme l'énoncé du titre « maître du Sud et du Nord »° précède le premier. |
Toutefois, alors que l’origine des titres « Horus-roi », « Horus d’or? » se perd dans la nuit des temps, il semble que nous puissions assigner une date à l'introduction de celui de « fils de Rà » dans le protocole. Le premier, à notre connaissance, Khafrà, 3° roi de la 1v° dynastie s'intitule S2 4°. La succession classique des deux cartouches accompagnés des deux titres susdits apparaît pour la première fois dans un bas-relief du Ouadi-Magarah, au nom de Dadkarä-Assa, avant-dernier roi de la v° dynastie*. Mais une autre inscription du même roi, au même endroit,
1 Dédicace d’Abydos, légende du tableau, 1. 8-10 (Maspero, Essai, p. 8).
2 Inscr. de Taharqa, 1. 14, 19 (ne Roucé, 7. Æ., LXXIII; Maspero, Rev. Crit., 1877,
À 3 Le texte ancien (Ounas, 1. 236 : À. Tr., III, 208) lui dit : « Sit et Thot, tes deux frères ». — Amon dit à Thotmès II : « Je leur fais voir ta Majesté, semblable à tes deux » frères Horus et Sit, dont j'ai réuni les bras pour assurer ta puissance. » (Stèle du Caire : MarieTre, Xarnak, pl. 41°; Maspero, Guide n° 127, p. 74).
4 Stèle d'Ibsamboul. (L. D., III, 95; Gureysse, À. Tr., X, 61.)
5 « Basihéwy maréous oÙy ékpaiyouol, GÀÀà dc Gvras vious HAou rapadldoucr. » (BroN, ap. Révizcour, Rev. Eg., 1, p. 16).
6 Souten bait (khabou ou ket. Cf. Sete, Æ. Z., XXX, 113 ; Preur, Æ. Z., XXXVI, 85).
7 Ou Horus vainqueur : Æor noub. Cf. supra, p. 18, n. 1.
8 De Roucé, Six dynasties, p. 56.
9 De Roucé, Six dynasties, p. 100. — Les deux cartouches de Ousirinri-An ne paraissent pas ensemble (supra, p. 18, n. 3). Ceux de Khoufou ne suivent pas encore les titres traditionnels.
place les mots « Si A änkh sela » après le nom d'Horus”. Une inscription un peu postérieure place le titre : « 8% Ad » à l’intérieur du cartouche? de Téta, premier roi de la vi dynastie, comme « Si Häthor » figurera à l’intérieur de celui de Pépi, dans l'inscription de Tanis*. La tradition n’est donc pas encore stéréotypée à cette époque‘. On peut expliquer cette différence par cette hypothèse que les dynasties memphites ont trouvé dans l'héritage des dynasties thinites le culte d’Osiris et d'Horus, qu'elles l'ont conservé, mais qu’elles y ont joint et superposé le culte héliopolitain de Rà, culte indigène jusqu'alors sinon purement local, du moins confiné dans la Basse-Égypte‘: ainsi plus tard les Thébains s’efforceront d’annexer et de superposer aux précédents le culte d’Amon.
Tous les rois se nomment ainsi « fils du Soleil » ‘ non seulement dans leur protocole, mais dans le corps des inscriptions, prières aux dieux, actes de donations, récits de victoire. En toute occasion ils se disent « issus du Soleil », « œuf sorti de Râ »’, et appellent Rà, le Soleil, « leur père » ‘. Aucun souverain ne fait exception. Les rois Hycsos, Éthiopiens, Perses ou Grecs se conforment à la tradition. La reine Hatchopsou, ni plus ni moins que
! Dad ka râ-Assa, au Wady-Magarah (L. D., IT, 59).
2 Cet usage reparait parfois postérieurement, par exemple : dans un cartouche d'Amonemhäit Ie à Hammamat (L. D., Il, 118 d.) — Sit-Rà est même tout le nom de la mère de Séti Ier (Mariette, Abydos, I, 32 ; Masrero, Bibl. Eg., NII, 327 — Pr. S. B.A., XI, 1889).
3 Supra, p. 27, n. 1.
4 Déjà Snofrou inclut dans un cartouche unique presque tout son protocole (L. 2.IT,, 2°): on retrouve quelquefois cette mode sous les deux empires thébains : ainsi les cinq noms de Sénouserit 1e (L. D., IT, 124, tombeau d’Amoni). — Cf. Montouhotpou et Ousirinri au Sinaï (L. D., II, 452) — Voir à Abydos (Marerre, 1, 41b: Moner, Royauté, p. 298), un cartouche de Séti Ier très complexe.
5 Cf. Morer, Royauté, p. 32-36.
6 Séti I affirme plus fortement cette filiation en introduisant dans son cartouche-prénom des synonymes : d@ Ra, et ar n Rd. Temple de Qournah (L. D., III. 131c ete). — Avant lui, Thotmès Is sur chaque face d’un obélisque de Karnak, complète ainsi son cartouche : ar n R&, au N.; sotep n Räà, à V'E.; mer n Ra, au S.; at Amon, à l'O. (L. D., III, 6; Serue, Urkunden, IV, 92-94).
7 A la place de l'ordinaire : « Si Rà » devant le cartouche de Ramsès III: (Médinet- Habou, Mésori an XI, 1. 31 : Dargssy, p. 82).
$« Puisse la vie, la stabilité, la sérénité, la joie être avec son double comme » avec celui de son père:le Soleil (ma {ef Rä) ». Inscr. de Thotmès IV à Amada. — Ramsès IIT est « un dieu bon, un divin garçon auguste, sorti de Râ, bel enfant
» comme le fils d'Isis ». (Médinet-Habou, pyl. N., face O., 1. 16: DümicHEN, 2. Z., XVIII ; Daressy, p. 81).