CORPS DE MÉTIERS ET LEURS CHEFS
milice p'astiou. Parmi ces captifs il « choisit une élite »; une lacune empêche de savoir ce qu'il fit d'eux; mais la suite permet de le conjecturer : en effet, il usa du même procédé pour défendre les bouches du Nil, « encadrant (ses captifs) par ses gens d'élite » et les incorporant aux astiou de la flotte royale » ‘. De même Ramsès IT à converti en astiou des navires ses prisonniers Libyens marqués au fer rouge: il les emploie à l’expédition en Pouanit, sous la conduite de chefs des barbares ?.
On trouve des chefs et une hiérarchie semblable même là où on l’aurait le moins soupçonnée. Ainsi les « serviteurs » (ckemsou) ont beau appartenir à toutes les conditions sociales, des marches du trône à l’ergastule, on rencontre parmi eux des chefs (kerou)*, des surveillants (sehazou)*, des porte-bannières (zaÿ)°. Même entre les femmes esclaves, il existe une hiérarchie. Aïnsi, dans une scène funéraire, on voit s’avancer une procession de porteurs d’offrandes; en tête marche la commandante (khorpit), puis la suivante de maison (khelit pt), ensuite un homme, enfin deux servantes (honit)f.
Chaque corps de métier a ses groupements pour le travail et le bon ordre. Par exemple, les gardiens des oies d'Amon ont un chef particulier’. Des tailleurs de pierres obéissent à des contremaîtres nommés hououlliou*. La Bible fait connaître l’organisation des travailleurs étrangers fabriquant la brique. ils obéissent à deux sortes de chefs : des chefs de tâche, les chôterim. Hébreux eux-mêmes, répondent de la besogne à faire, servent d’inter-
! Statue de Karnak (MarteTTE, A, pl. 37, 1. 31-34).
2 Pap. Harris, p. 77, 1. 4-6 et 8-11 (Caapas, AZXe dyn., p. 52-56 et 59-61; Bnucscn, 4g., p. 252 et Dict. s. ©. ab; J. Baizuer, Noms de l'esclave, p. 34 et 59) : « Je pris leurs chefs » militaires dans les forteresses à mon nom; je les plaçai comme chefs d’auxiliaires (her » pettiou) et grands de tribus marqués pour agir comme matelots des vaisseaux à mon » nom. J'ai équipé des galères et baris, pourvus de nombreux matelots (as/iou) et de » serviteurs (chamsou) en nombre. Leurs chefs d’auxiliaires des vaisseaux s’y trouvaient » avec des vérificateurs (roudou) et des sergents (houtoutiou) pour les approvisionner. »
3 Par exemple le her des chemsou du temple d’Hor-chéfi, à Héracléopolis. Autel de Chéchonq Ier, x, 1. 3 (Aamen-pev-Kanar, À. Tr., 1909, xxxr, 85).
4 Cf. supra, p. 527.
5 Cf. enfra, 530, n. 9.
6 St. de Sikherta, 3° registre (Louvre C 196 : Prenaer, Rec., II, 55; Gaver, X7//7e d., pl. 51).
1 Her ariou apedou n Amon: Mâhou dans la stèle de son frère, le sofmou de la nécropole, tailleur de pierres ou sculpteur Karo (Stèle 169 de Turin : Maspero, Petri 6)
8 Pap. de Turin, pl. v (PLevre, p. 13; Maspero, @. £p., p. 11).
prètes, répartissent la paille, activent le travail el travaillent euxmèmes, comme aux champs les chefs de corvée. Au-dessus d'eux, des surveillants égyptiens les xôgheçim. constatent si la tâche est accomplie et punissent les délinquants’, Les peintures de Rekhmarâ montrent ces surveillants armés de bâtons *.
L'usage de donner aux travailleurs étrangers des chefs de leur nationalité parlant leur langue, est bien égyptien, quoique nous ayons vu Ouni* et Amonhotpou ‘ agir autrement. Il se vérifie par la déclaration de Ramsès LIL qui, des chefs vaincus, à fait les chefs de ses soldats auxiliaires et de ses chiourmes”. Dans l'inscription des carrières de Nubie. on voit aussi les Apourou obéir à ses chefs de file au nom oriental, les marina *‘. Les captifs eux-mêmes et les esclaves n'étaient donc pas tous égaux, et tel d'entre eux possédait une autorité refusée à bien des Égyptiens de naissance ?.
À la tête de beaucoup de métiers on voit, à l’époque thébaine, un « conducteur » ou « porte-bannière » (zaÿ, zaï serir). Le papyrus de Leide I 348 cite un certain nombre de za, dans le recensement que doit faire le scribe Kaouisar : ceux des serviteurs (chemsou), des messagers de la culture, de la droguerie, des contrôleurs-goûteurs du vin, des métallurgistes, des tailleurs de pierre, et le conducteur des conducteurs. Qu'étaient ces zai? quel rôle jouaient-ils? « Les corps d'état », dit Chabas?, « avalent tous un porte-bannière qui marchait à leur tête dans » les cérémonies publiques et qui remplissait dans la corporation » certaines fonctions, celle de conducteur par exemple ». C’est possible. Mais encore ces porte-bannières étaient-ils des dignitaires honorifiques, ou des chefs supérieurs donnant le mot d’ordre aux simples mirou et autres chefs de groupes ou d’atelier? des
1 Exode, V, 10, 11, 14; cf. Cnapas, Mél., II, 116, 149-120.
? Tombeau de Rekhmarà (Vimey, M. M. C., V, p. 64, pl. A7).
3 Supra, ch. v, p. 189.
4 Supra, ch. xr, p. 452, n. 5, et p. 529, n. 4.
5 Pap. Harris, p. 77, 1. 4-9.
5 Ramsès IV à Hammamät (L. D., II, 219 #: cf. V, 9).
7 C£. J. Barzuer, Noms de l’esclave, p. 6, 15, 25, 41, 48; infra, p. 534. 8 Pap. de Leide I 348, p. x, 1, 4-6 (CHapas, Mél., IV, 133-136).
9 CHaBas, Mél., IV, 33, n. |