‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 268 sur 433 · GROUPES DE MÉTIERS OU CORPORATIONS · texte numérisé non relu

GROUPES DE MÉTIERS OU CORPORATIONS

syndics gérant des intérêts communs, ou des représentants capables de présenter à qui de droit des doléances?

Le personnel que doit recenser Kaouisar est nombreux et dépend d’une administration importante ; toutefois il ne s’agit pas d’un ministère général, et chaque saù ne correspond qu'à un groupe local, non à l’ensemble d’une corporation.

Existait-il d'ailleurs ? et pouvait-il exister des corporations ?

Entre esclaves, on ne comprendrait pas d'associations permanenies, régulièrement constituées et officiellement reconnues. Mais la population ouvrière de l'Égypte ne se composait pas que d'esclaves ; elle comprenait beaucoup d'hommes libres, et l’esclave même jouissait de traitements et de droits qui le confondaient presque avec l’homme libre. Existait-il donc entre travailleurs libres des associations dont les membres fussent unis non seulement par l'identité de la profession, mais par la communauté d'intérêts matériels, religieux ou moraux? Y ‘avait-il entre eux d'autres liens que ceux d’un même employeur à servir, ou d'un ouvrage commun ?

Divers mots désignent des groupements de travailleurs. Sans limiter strictement le sens à des groupes accidentels, ils ne précisent rien absolument.

Dans l'inscription de Berchéh, relative au transport d’un colosse, Thot-hotpou raconte qu’ « il fit partir des escouades de jeunes » recrues (zamou nt honnou nofriou) avec des compagnies de » tailleurs de pierres sacrés » (saou nouter khertiou): et, quand la statue fut amenée au bora du fleuve, « les équipes de rameurs » l’évacuèrent » (zamou [ni] sakou)'. Ces deux termes samou”

1 Inser. de Thothotpou, 1. 3 et 7 (L. D., IN, 134: Cuapas, Mél., IV, p. 116; cf. 26., p. 131; XIXe dyn., p. 29).

2 Le mot samou, conservé dans le copte djôm (generationes) signifiait la famille proprement dite, et désignait en outre, comme ici, d’autres collectivités; mais il serait téméraire de poser que la métaphore a pour pivot une autre idée que celle de collection, celle par exemple de liens affectueux. Quand Amonhotpou-Houi dit que, comme scribe royal des jeunes milices, il a « organisé les zamou de son seigneur » (MarRieTTE, Xarnak, pl. 36, 1. 30) et raconte ensuite ce qu'il a fait pour l’armée et la marine, le sens s'impose de « ensemble de chacune des générations successives » ou de «classes » au sens spécial où on l'emploie à propos de recrutement militaire. Dans le grand discours du papyrus Harris (p. 76, 1. 5-6), Ramsès IT dit : « art kheper Lo hemi m £amou chou », cest-à-dire, selon Cnapas, « Je distribuai l'Égypte en castes nombreuses » ou, selon

et saou ! n’enlèvent pas tout doute sur l'existence d’une organisation ouvrière en quoi que ce soit autonome *.

Néanmoins, des intérêts communs entre gens de même métier les rapprochaient certainement et exigeaient entre eux autre chose qu’un groupement précaire de bras pour le travail. Payer solidairement des impôts prouve manifestement l'existence d’une communauté dont les membres possèdent et disposent de leurs biens. Or c’est le cas de nombreux artisans d’après un décret de Chéchonq I. Répartissant la redevance de 365 bœufs à fournir au temple du dieu Hor-chéfi (Harsaphès), après avoir astreint certains personnages dotés de fiefs (nouïtlou) à les fournir pendant les huit mois d'automne et de printemps, les villes et bourgs (dimiou) pendant les trois premiers mois d'été, il désigne pour le dernier mois, à raison d’un bœuf chacune, les corporations suivantes, correspondant au terme de ouahdou*: les bergers et chevriers, les jardiniers et porteurs d’eau, les bouviers, les fabricants de chars, les tailleurs de pierre, les carriers, les maçons“. Il est curieux que ces corps de métiers fussent imposés directement et non pas leurs chefs ; et pourtant je ne puis douter qu'ils obéissent à des chefs (hirou ou mirou), car nous en connaissons, et que ces chefs, chargés d'assurer la régularité de la contribu-

Birca, « Je multipliai en Égypte la jeunesse ». Ramsès veut parler ici de la prospérité nouvelle du pays et ne souffle pas mot ailleurs d’une réorganisation sociale, mais l’énumération qui suit «officiers, grands, fantassins et cavaliers par centaine de mille, » auxiliaires innombrables, serviteurs, esclaves et domestiques » permet de penser aux diverses classes de la population, à chacune desquelles Ramsès, en ramenant la paix, avait assuré un rapide accroissement : seulement il s'agirait ici de classes très vastes dont certaines sont hiérarchiquement superposées à d’autres; il n'est sûrement pas question de corporations de métiers aux rangs sociaux équivalents.

1 Les saou, puhai de la traduction de Canope, marquent, dans la hiérarchie sacerdotale, divers ordres, degrés ou rangs d’une même dignité. Ainsi y a-t-il des prophètes ou des prêtres de plusieurs catégories (CHapas, Æ. Z., 4870, 111). — Le metensaou pourrait être le censeur de ces congrégations (Maspero, B. Æg., VIII, 436; GriFrITH, Pap. Kahun, pl. x1, 1. 10, p. 29). — bans l'inscription de Berchéh le mot n’a pas cette nuance hiérarchique, et correspond seulement aux groupes d'ouvriers qui n’auraient pu isolément faire besogne prompte et propre.

2 Notons encore « les corporations (foummou) faisant toute espèce de culture » (Pap. Leide I 348, p. x, 1. 2) que nomme Bokniptah parmi les personnes dont il demande le recensement.

$ Maspero traduit par douars, faute de mieux, et les compare aux cantonnements des Bédouins au bord du désert,

4 Stèle de Chéchonqg Ier à Héracléopolis, Musée du Caire, n° 39410 (AnmeD-Bey-KAMAL R. Tr., 1909, XXXI, 33-38; MAsPERo, 5bid., 38-40). ur

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