‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 269 sur 433 · GRANDEUR ET DÉCADENCE · texte numérisé non relu

GRANDEUR ET DÉCADENCE

tion, n’en répondissent comme répondent de l’ordre les cheikhs des corporations modernes.

Si nous laissons de côté la corporation, encore insuffisamment connue, nous savons du moins ce qu’étaient certains chefs des exploitations soit agricoles, soit industrielles. Tous les fonctionnaires de l’ordre administratif, les plus petits scribes comme les plus grands, tiennent directement ou indirectement leur place du roi‘; ils sont nommés par lui ou en son nom. C’est d’un rescrit royal que le fils d’Amden (Meten) reçoit une petite charge sur les terres régies par son père. Lui-même Amden tient du roi son titre de h1g, et nous connaissons la série des postes qu'il a occupés pendant sa vie ?.

Les postes d'action ou de surveillance, qui n’exigent cependant point les connaissances d’un scribe, sont distribués aux individus capables de les occuper. Leurs titulaires sortent des rangs par leur mérite : leur incapacité notoire les y fait rentrer. Les papyrus du temps des Ramessides nous fournissent deux exemples inverses de chefs de ferme (ir ahouït). Le patron de Pentaour lui peint les malheurs de celui que sa malchance dégrade’. Une autre correspondance rous permet d'entrevoir un autre type, celui qui obtient de l'avancement, en la personne de Pasar, aujourd'hui chef de ferme, auparavant pendant cinq ans voiturier du convoyeur Aouou‘. La responsabilité des subalternes est effective, soit qu’on leur retire leur charge, soit qu’on les oblige à en bien remplir les devoirs. Un grand seigneur note ses exigences à l'égard de mauvais intendants’. Un moraliste recommande de traiter avec égards l’économe fidèle; mais il fait entre-

1 Cf. supra, ch. ni, p. 54; ch. vi, p. 347-351; ch. x1, p. 434, n. 8.

2 Mastaba d'Amden (L. D., II, 6; Maspero, Deux fonctionnaires, Et. Eq., W, 211, 244, 226 et passim; H. Or., I, 290-296).

3 AMoNEMANIT, Lettres à Pentaour (Pap. Sallier [, var, 8). Cf. supra, p. 527, n.1.

ñ « Fais attention au chef d'atelier Pasar, ton serviteur (bok); il revient de Syrie à » cette heure; pendant cinq ans de séjour, il a été là comme voiturier du convoyeur » Aouou, ton voiturier, dont la servante est avec toi à Memphis, à sa place; la maison » étant mise en réorganisation, prends le jeune frère du scribe pour valet. » Pap. de Bologne 1094, p. 9, lettre 12 (Cnasas, Mél., IV, 155).

5 « Je ne loue pas le mauvais intendant (mir asef), celui qui transporte ses biens; je » ne le laisse pas céder ses biens à un autre, pour reprendre le dessus de la mauvaise » direction qu’il à prise. » Statue de Zod-Khonsou-aoufânkh (Daressy, 2. Tr., XVI, 59-60).

voir les malheurs qui s’abattraient sur ie misérable qui mériterait d’être chassé ‘.

Aussi, quels que soient Les emplois subalternes, les individus qui y parviennent s’en montrent-ils fiers. En effet, leur titre, même infime, prouve leur valeur relative, et en outre leur donne, avec une part de responsabilité et d'autorité, tous les avantages qu'assure un commandement. Parfois l’orgueil des scribes affectera de les confondre avec les autres travailleurs manuels ; ainsi, dans un papyrus, un chef d'ouvriers * sera appelé tantôt de ce titre par un rédacteur, tantôt par un autre simplement « ouvrier ». Mais euxmêmes tiennent à la distinction et s'efforcent de transmettre titre et avantages à leur fils: on en trouve des exemples dans des intitulés de filiation. Encore faut-il que ni leurs enfants ni euxmêmes n’encourent aucune déchéance.

Nous connaissons plusieurs exemples de personnages de basse condition, voire de la classe servile, qui néanmoins possèdent et commandent des esclaves. Ainsi le chasseur Thotnakhti, fils d’Asari, serf perpétuel (zati) du majordome Mirouitensi dans le conte du paysan, à un suivant (chemsou) auquel il donne des ordres *. Sur la flotte de Ramsès IIT les matelots (aséiou), anciens captifs incorporés aux troupes royales, ont encore au-dessous d’eux des compagnons (chemsou)”. Un esclave nègre (kon) Tonouramon tient le soldat Nofir sous son autorité. Le serviteur (bok) Pasar possède lui-même une servante’. Le serf (samdot) Hornitamehou 1! € N'humilie pas celui qui fait fonctions d’économe (khnames), de vicaire (ouahmou) pour ta maisonnée. Ne le laisse pas courir après ton oreille : donne-lui audience pendant qu'il est dans ta maison. Ne rends point vaine sa prière; parle-lui honorablement, s’il est honorable sur terre et sans reproches dans sa conduite. Certes ! il n’a plus de pains, il n’a plus de vivres, sa vie est l'envers d'une fête, s’il encourt ta dis- » grâce ; si tu lui as tourné le dos, il est rélégué loin de tes libéralités. » Anr, Maximes: Pap. de Boulaq IV, xxn, 10-11 (Cuapas, $ 60; Amécineau, $ 63). Ni le texte, ni le sens des dernières phrases ne sont sûrs.

2? Pap. Abbott, pl. v, 1. 14, et pl. vr, L. 5 (Cf. Erman, Ægypten, p. 181).

$ Nebnofir, chef ouvrier dd n astiou, « a laissé son fils Nofirhotpou à sa place » (Pap. Salt, 1. 1-2: Cuanas, Mél., I, 77).

# Pap. Butler, 527, 1. 21 (Goopwin, Mél. de Cnapas, II, p. 255; J. Barzzer, Noms de

l’esclave, p. 48).

5 Discours de Ramsès III, Pap. Harris, p. 77, 1. 8-41 (J. Barzzer, Noms, p. 6; supra p. 529, n. 2). |

$ Pap. Amhurst, pl. 1, 1. 5 (Capas, Mél., IV, 455; J. Barzuer, Noms, p. 33).

7 Lettre du prêtre Khar : Pap. de Bologne 1094, p. 9, lettre 12 (CHaBas, Mél., IV, 155 : J. Baizcer, Noms, p. 25).

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