‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 271 sur 433 · LE RESPECT · texte numérisé non relu

LE RESPECT

Cependant l'autorité des chefs subalternes, loin d’être absolue, se trouve doublement limitée. [ls doivent faire non seulement ce qui plaît aux dieux et au roi, mais d’abord et surtout ce qu’exigent leurs chefs hiérarchiques immédiats qui leur demanderont des comptes. D'autre part, de même que les grands recherchent l'amour des peuples, les subalternes devront tenir compte des sentiments de leurs inférieurs. Non certes que ceux-ci aient quelque droit de contrôle ou de révolte; non que leurs chefs aient à les consulter ou à traiter avec leurs syndicats. Les contremaîtres réprimandent à leur gré, punissent et distribuent les coups de bâton selon leur jugement. Mais s’ils sont trop durs, ou si les travailleurs pâtissent par suite de leur négligence dans l’accomplissement de leurs propres devoirs d'état, gare aux plaintes et aux dénonciations ! C’est ainsi que, dans la correspondance avec Amonemanit, le jeune scribe Pentaour, mis à la tête d’une grande exploitation rurale, ne se contente pas de se laver des reproches de son patron et de vanter son activité et sa régularité ; il s’informe si aucun ouvrier, passant par-dessus sa tête, n’a adressé à son supérieur quelque requête contre lui :

« Je donne chaque jour des pains à tous les hommes qui sont occupés à la moisson... » est-ce que l’un d’entre eux à fait un rapport à mon maître à propos des pains ou de » l’huile ? Je les administre (fais travailler) d’une façon bonne et parfaite 1. »

Rarement dans les épitaphes, un subalterne parle de ses chefs hiérarchiques et des qualités qui lui ont valu leur satisfaction. Les épitaphes des humbles, s'ils s'en firent, n’ont pas vaincu les siècles. Quant aux fonctionnaires qui ont bien fait leur chemin, ils aimaient mieux reporter jusqu’au roi la reconnaissance et du même coup laisser entendre qu’ils avaient su attirer l'attention du souverain et mériter ses récompenses. Au reste, s’il se trouvait des exceptions, n1 le ton, ni les qualités vantées ne différeraient de ce qu'on voit ailleurs. Aïnsi, un conducteur de travaux, qui à réussi à obtenir une décoration de seconde classe, parle de la docilité et de l'intelligence, causes de son avancement :

1 Lettre de Pentaour : Pap. Sallier I, v, 4 (Gureysse, R. Eg., VI, 26-27).

« J'ai présidé aux travaux; j'ai veillé sur ce qu'on m'a ordonné; (car j'ai été) de première » force dans la guidance (des travaux), très instruit parmi mes camarades. L'architecte » en chef m'a fait ordonnateur (khorp}) de ce qui existe et de ce qui n'existe pas, parce » que j'étais suivant lui, plus habile et plus parfait que tous les gardiens de magasin » qui étaient auprès de lui !. »

Les moralistes, plutôt que les épitaphes, nous instruisent sur les devoirs assignés aux subalternes.

Dans ce monde hiérarchisé, la soumission est la vertu sociale par excellence. Elle devra se traduire dans les actes, dans les attitudes, dans les paroles, En effel, on ne saurait faire un pas ou un geste, ni dire un mot, sans avoir affaire à un supérieur. C’est la destinée de tout homme pour toute la vie :

« Sorti du sein de sa mère, l’homme trouve un supérieur devant qui se courber. Enfant, » il obéit à son patron. Jeune homme, un officier le commande. Vieillard devenu faible, » il est à la merci de ses subordonnés. L'homme est fait pour se plier 2. »

Chacun à son tour témoignera sa soumission envers ses supérieurs par les démonstrations les plus profondes et les exigera de ses inférieurs. Tel personnage, qui vient d’adorer le roi, participe vis-à-vis du peuple entier à la majesté royale. On voit le souverain lui-même dans la personne du ministre qui le représente . € Iln’y a pas de plus grand que moi! » s'écrie un lieutenant ou ministre de Thotmès III. Et en effet, on lui rend les plus grands honneurs. Non seulement on l’escorte, on le salue, mais on l’adore presque comme le roi :

« On l'acclame quand il entre au Palais, on le loue quand il sort » 6.

« Les grands personnages s’inclinent devant lui en dehors de la porte du Palais » Royal » 6; « les grands viennent à lui en se courbant, les chefs en s’inclinant très

» profondément » 7; «les chefs des barbares du midi et du nord, sitôt qu'ils l’appro- » chent, tendent les bras et l’implorent à l’égal d’un dieu » 8.

1 Stèle d'Amoni, fils de Tekh : xne d. (Louvre C 172 : Sarre, Eg. /ns., 1, 82: Pre, TSI pe 46)!

? Amonemanrr, Satires : Pap. Sallier I, vn, 1-2; Anastasi IT, vi, 9-10 (Lorer, L'Égypte au temps des Pharaons, p. 20; cf. Masrero, G, Æp., p. 34 et 37; ReviLour, 2. Eg., VIIT, 20).

$« Bon gouverneur en qui nous conservons Râmenkhoper (c.-à-d. Thotmès II) » Rekhmarä, xvine dyn. (L. D., LIL, 39; supra, ch. xn, p. 482).

4 Pésoukher, xvine d. (Virey, M. M. C., V, 222).

5 Antef, x1-xviue d. (Louvre C 26, 1.5).

6 Montouhotpou, xue d. (St. Boulaq 78 : MARIETTE, Abydos, 11, 23; Brucsou, Hist., 92).

7 Montounsisou, xue d. (Louvre C 1,1. 6 ; Preur, p. 4).

8 Harmbhabi, avant de succéder au roi Ai, était son lieutenant à Memphis : « Les nobles » courbaient l'échine dès qu’il se montrait à la porte du palais, etc. » (Stat. de Turin,

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