‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 277 sur 433 · AFFAIRES ET NOUVELLES · texte numérisé non relu

AFFAIRES ET NOUVELLES

mérite tous ses éloges. Ainsi, dans les fameuses lettres du papyrus de Leyde, où l’on a cru retrouver la trace des travaux des Hébreux :

« J'ai obéi au mandat qu'a fait mon seigneur... Je leur ai donné leurs grains chaque » mois, selon les intentions bonnes que m'a dites mon seigneur 1 » — « J'ai obéi à ce » que m'a mandé mon maitre. Jene suis pas à réprimander par mon maître 2. »

Une lettre de la même série reprend mot pour mot la formule signalée dans les instructions du maitre

« J'ai eu soin d'exécuter tous les ordres dont mon maïtre m'a chargé, convenablement, » parfaitement, entièrement complètement. Je n'ai pas donné lieu à mon maître de me » réprimander 5.»

La mission et le rapport terminés, le fonctionnaire zélé sollicitera de nouvelles instructions :

« Puisse l'inspecteur du Pharaon v.s. f. vous envoyer un message au sujel de ce que » nous devons faire {. »

Des démarches pour retrouver des esclaves”, des mesures prises pour la moisson®, des chevaux menés à destination, des cultivateurs enfuis’, des jeunes gens amenés par le gouverneur pour nettoyer un temple‘, des distributions faites aux ouvriers‘, un temple bien entretenu et régulièrement approvisionné!!, transports de poissons, nourriture donnée aux bestiaux!'!, charroi et transport par eau des monolithes'”, inspection de personnel militaire et domestique”, voilà autant de sujets de rapports.

Les questions d’affaires traitées, on passe aux nouvelles. On

1 Pap, Leyde, I, 348, pl. 148, p. 6 (Cuapas, Mél., II, 143-144; IV, 125).

2 Pap. Leyde, I, 349, a et b (Mél., IX, p. 148).

5 Lettre du scribe Kaouisar à son maître le scribe Bokniptah (Pap. de Leyde, I, 348, ve, p. vu et vus : LEEMANS, 349 ; CuaBas, Mél., IV, p. 126 et 127).

4 An et BoxkNnramon, loc. cit. infra, n. 12.

5 Arner à Khamoïs (Pap. de Leyde, I, 360 : Cnapas, I, 4-5). Bokniamon à Ramessou (Pap. de Bologne, 1086 : Caaras, Mél., 232).

$ BokrAmoN (/bid).

7 Pine à Mahou : Pap. de Bologne 1094, lettre 5 (CnaBas, Mél., IV, 146).

8 Jbid. lettre 8, p. 148

9 Kaouisar à Bokniptah : Pap. de Leyde, I, 348, p. vi (CHapas, IV, 125).

10 Jbid., p. vu (CHABaAs, p. 126).

11 Jbid. p. var-ix (CHaBas, p. 128-129).

12 Ans et Boxnramon à Mäâmen : Pap. Anastasi V, xxur,7 à xxv,2 (Crapas, Hôl., II, 135-6; MAsPEero, G. Ep., 18-19).

48 Pap. Anastasi IV, p. Lv,8-10 (Maspero, G. Ep. 20).

informera le maître des déplacements de ses amis, des officiers et fonctionnaires, du roi surtout. Mème on écrira pour dire simplement au patron que tout va bien chez lui, gens, bêtes et choses : «Ta maison est en bon état, tes serviteurs aussi, ne t'inquiète » pas !. » C’est encore une marque de zèle. Les nouvellistes improvisés ne dédaignent point les faits divers. L’un d'eux composerait bien volontiers un rapport sérieux, mais la matière lui manque ; il se plaint qu'on l’oublie et qu’on ne lui communique aucun ordre : « Je demeure oisif... sans rien faire... Je passe mon temps à con- » templer le ciel, je chasse »; et faute de mieux il résume ses études sur les chiens des environs. Le pauvre homme !-

En somme, l’activité des subalternes se meut dans un cercle bien délimité par les volontés de leurs supérieurs. Toutes leurs principales qualités, soumission à l'autorité avec respect et reconnaissance, exactitude, probité, ponctualité dans leur service, leurs comptes ou leurs rapports, se ramènent à la souplesse dans l’obéissance.

De Pinitiative individuelle, on n’a guère cure que pour la réfréner. Les satires mettent bien en garde contre l’indiscipline, l'esprit d'indépendance, la « volonté propre »*. dans laquelle nous pouvons reconnaitre un des péchés dont on se disculpe au cours de la Confession négative *.

Lui laissât-on libre cours, elle s’épancherait naturellement entre les rives du même lit. L'esprit d'imitation complèterait l’œuvre de l’esprit d’obéissance. La déférence pour les supérieurs se traduit, en effet, par des efforts pour conformer sa conduite non seulement à leurs ordres ou à leurs désirs, mais à leurs exemples. Les imiter semble naturellement le plus sûr moyen de leur plaire.

! Manou à Khaemiir, Pap. de Bologne 1904, lettre 41 (Caapas, p. 453-154). Cf. Pap. de Leyde 1, 348, p. vi (CnaBas, IV, 125).

2 Pap. Anastasi V, xx, 6 (Maspero, G. Ep., 20-22 ; Pr. S.B.A., mai 189).

3 Manov, Lettre à Pinem (supra, p. 547, n. 5).

Livre des Morts, ch. oxxv, 32 8 (Prerrer, L. d. M., p. 376 ; Cnapas, ƣ., p. 443).

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