‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 280 sur 433 · HÉRÉDITÉ DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ DE L'ESCLAVAGE

tait de son esclavage. Cependant Diodore! signale une demi exception : l’enfant d’une esclave et d’un homme libre était l’égal des enfants légitimes, libre par conséquent; à moins d’expresse stipulation contraire, comme dans le contrat de Zénési? et à l’inverse de ce qui se passait en droit romain, l'enfant suivait donc la condition du père. Mais l'enfant d’un esclave naissait esclave lui-même comme en témoignent certains contrats démotiques ÿ. Cet esclave confirme la vente qui lui donne un nouveau maitre et son adhésion comporte même pour ses enfants la renonciation pour eux à tout droit sur eux-mêmes “

L'hérédité de l'esclavage ne date pas dar nouvelles époques du droit et ne provient pas d’une tardive influence étrangère. Nous pouvons remonter au moins aux beaux temps de l’empire thébain. Dans le conte de Thoti, le général, une fois maître de Joppé, envoie au roi Thotmès II ce message :

« Que tu remplisses la maison de lon père Amon-Rà, roi des dieux, d'esclaves et de » servantes qui soient sous tes deux pieds pour toujours et à jamais. 5 »

Quoique bien antérieur aux contrats démotiques, ce texte, légendaire mais conforme au langage et aux mœurs du temps, est, à vrai dire, postérieur de quelques siècles au roi nommé et l’expression reste dans le vague : la perpétuité en question pourrait s'arrêter à la mort des donateurs. Il en va autrement des termes de la donation d’Amonhotpou-Houi, fils d'Hâpi, datée de l’an XI d’Aménôthès III :

4 Dionone, 1, 80 : « Selon la croyance commune, le père est l’auteur unique de la » naissance de l'enfant auquel la mère n’a fourni que la nourriture et la demeure. »

2 Pap. démot. du Louvre, an IV de Psamitik III (Reviccour, Rev. Eg., LI, 191; Droit égyptien, p. 105-106) : « Je ferai tappartenir tout argent, tout blé, toute chose au » monde et mes enfants que j'enfanterai et tout ce que je possède. »

3 Une vente est ainsi conçue : « Tu m'as donné... l'argent du jeune homme Psen..….. » mon serviteur que je t'ai donné pour te servir... Il sera à toi ton esclave encore, » ainsi que ses enfants à jamais. » Pap. démot. du Louvre, an V de Darius (Revizzour, R. Eg., II, 192; Droit ég., 1, 102-103).

4 « Je suis ton serviteur ainsi que mes enfants et tatalité de ce qui est à moi et de ce » que nous produirons. Ils ne pourront s’opposer à l’état d’esclave ci-dessus à jamais. » An VI de Darius (Zbid., p.193).

5 Pap. Harris 500, ur, 41 (Masrero, Et. Eq., 1, p. 66; Conées, p. 460; J. Barczer, Voms de l’esclave, p. 11).

« Ila fait constituer son temple de Kak avec des esclaves des deux sexes, pour les

» siècles, fils de fils, descendant de descendant, afin qu'on n’en suborne pas la popu- » lation à jamais et qu'il soit pourvu au service d’Amon-Rä. ! » À moins de supposer que cette mention expresse consacre en faveur de la divinité une dérogation à l'usage général, il faut admettre pour ce temps que les enfants d'esclaves naissaient esclaves comme leurs auteurs.

Au temps du premier empire thébain, au moins pour une certaine classe d'individus, parents ou serviteurs voués au service religieux d'un mort, leur nom de zaatiou”, « les éternels », indique la perpétuité du lien qui les tient, eux et leur descendance. Ce lien perpétuel comporte pour eux une réelle infériorité civile, une deminulio capilis, car on les voit, dans un papyrus de Kahoun, déclarés et recensés avec les femmes de la famille d’un Æhri-habi et sans doute soumis comme elles à une sorte de tutelle *.

En dehors même de ces cas de consécration perpétuelle à un culte divin ou funéraire, il semble bien indéniable que, fort avant le temps où les écrivains grecs virent l'Égypte, l'esclavage y régnât. Si, dans de certaines circonstances, les ouvriers agissent en personnes libres, il en est aussi où évidemment on dispose d’eux sans eux et au besoin malgré eux. |

La guerre apparait de tout temps et surtout sous les dynasties conquérantes de Thèbes comme la grande pourvoyeuse d’esclaves. Ouni, le ministre des Pépi, n’oublie pas de mentionner les prisonniers vaincus vivants, qu'il à ramenés en grande foule après ses victoires en Asie‘. Les Senouserit, dans leurs razzias en Éthiopie, enlèvent bêtes et gens. De tous ces prisonniers, les chefs seuls tombaient quelquefois sous le couteau des sacrifices ; les autres servaient leurs vainqueurs. Les Annales de Thotmès III énu-

1 Si n si, wa n wd : Stèle d'Amonhotpou, I. 4 (Brit. Mus., n° 138: Bmcn ap. Cuasas, Mél. 11, 329; J. Baizer, Voms, p. 14). — Les captifs donnés par Ramsès III à Ptah « exé- » cuteront les ordres jusqu'à lPéternité. » (Gr. Pap. Harris, pl. 47, 1. 9 : J. Barzer, Noms, p. 12 et 38). ;

? J. Barzzer, Noms, p. 47-48. — Cf. un hon zati sous les Memphites (ibid., p. 14, n. 19).

$ Pap. de Kahoun (Masrero, B. Eg., VIII, 428-429).

4 Acht urt m saqg-dnkh : nsc. d'Ouni, 1. 27.

Page 1