‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 283 sur 433 · LOCATIONS ET VENTES D'ESCLAVES · texte numérisé non relu

LOCATIONS ET VENTES D'ESCLAVES

ristes d’aujourd’hui'. Plusieurs des contrats et les paiements sont certifiés devant de nombreux témoins et un greffier, ou devant le tribunal local. Peut-être aussi le locataire se réservait-ille droit de sous-louer ?.

La stèle du prince Aouarod, sous la xxi° dynastie, montre que tous les paysans ne font pas toujours corps avec la terre, immeubles par destination : et, en même temps, que ce n’est pas leur intérêl, ou leur volonté, ou la coutume, qui, seuls, les attachent, mais une vente régulière. Du même coup que ses terrains, Aouarod à acheté des esclaves qui s’y trouvaient * ; il ne dit pas s'il a acheté tous ceux qu'il a trouvés, mais il ditqu'ilena rajouté trois autres originaires du nord ; de plus, ceux qu’il a achetés, mâles et femelles, ne sont pas compris dans le prix de vente des terrains, comme les puits et les arbres ; mais ils forment un total à part et leur prix s'élève assez haut, doublant celui de l’apanage *.

Ce n’est donc pas seulement hors d'Égypte que, dès cette époque, l’on pouvait, à prix d'argent, se procurer des esclaves, soit à la guerre, soit sur les marchés orientaux. Toutefois on n’a pas encore signalé de traces d’un marché aux esclaves, sur le sol d'Égypte.

Captifs, serfs attachés à la glèbe, serviteurs donnés ou vendus ne choisissaient pas leurs maîtres ; il ne dépendait pas non plus de leur gré de les quitter. C’est ce qui, sans descendre dans les temps jusqu'aux affiches grecques relatives à des esclaves fugitifs®. ressort d’une lettre du chef des auxiliaires Kakem à deux de

1 Pap. de Berlin, nes 9784 et 9785 (GanniNer, Æ. Z., 1906, XLIII, 27-45). Le sexe des personnes louées est toujours du féminin, sauf un cas d'échange de deux journées de femme contre quatre d'hommes. Certaines expressions semblent significatives : « Les » deux jours furent chauds avec l’esclave Honouit : Aa pa herou IT her ahemou m honil » Honouit » (n° 9784 : Cf. 1. 26; IT, 4, 1. 8; II, 2, 1. 18). « Il (Massouaa) fut chaud de » matin à matin » (n° 9785, 1. 16); « Je te donnerai les bras de mon esclave, ma » domestique » (gabou, bras, fatigue, embrassement : ne 9885, 1. 10-11, cf. 12, 14, 17).

2 « Furent chauds les six jours que j'ai donnés à Masouaa avec toutes gens. » (Pap. de Ghourab, II, 2, 1. 18-19 : cf. Masprero, L. c.).

3 Stèle de l'apanage, 1. 21-22 (LeGran, Æ. Z., 1897, 13-24 ; J. Barzuer, Noms, p. 14, n. 3).

4 Les 556 mesures de terre d’Aouarod lui coûtaient 18 debenou 6 it et 5 1/12; soit un prix variable entre 15 et 60 mesures environ, selon qualité, pour un deben, et en moyenne 4/2 kit l’une pour les meilleures, 1/5 pour les autres; les 32 esclaves (honou) valaient 15 debenou et 1/3 de kit, soit presque 1/2 deben l'un, le prix d’un petit domaine.

5 Cf, Letronne, Recherches pour l'hist. de l’Eq.

ses collègues, au sujet de la poursuite de deux fugitifs, aussi bien que d’un rapport adressé au prince Khâmoïs, fils de Ramsès [L, par le préposé aux troupeaux Afner. Celui-ci a reçu «l'ordre » de rechercher six serviteurs du prince Atéfamon » sans doute en rupture de ban : il les a découverts, saisis et remis à la disposition de leur maître *.

Prendre à son service un esclave fugitif ne semble pourtant pas avoir été un délit punissable mais avoir {out au plus donné lieu à un règlement civil’. Cependant détourner des serviteurs de leur maitre serait une indélicatesse et une immoralité. Un moraliste prend par l'ironie le voleur d'esclaves et le couvre de la réprobation de l'opinion publique‘. Les auteurs de fondations pieuses lancent l'anathème et appellent les vengeances célestes contre les suborneurs du personnel de ces fondations : tel Amonhotpou-Houi, au sujet au temple de Kark”° ; tel Séti [* au temple de Radésiéh, à propos des ouvriers qui travaillent aux mines d’or. Se défiait-on des sanctions terrestres ?

Quoi qu'il en fût sur ce point particulier, si des serviteurs qui n'ont la libre disposition ni de leur personne, ni de leur travail sont bien des esclaves, la civilisation égyptienne méritait donc apparemment toutes les critiques et tous les anathèmes lancés

contre l'esclavage.

! Lettre de Kakem à Ant et Bokniptah : Pap. Anastasi V, pl. 19, 1. 2 sqq. (Cnapas, Et., p.279; XIXe dyn., p. 154).

2 Chemsou : Pap. de Leide I, 368 (Legmans, pl. 179; Cnapas, Mél., I, 2-3: J. BAïrLLer, Noms, p. 5, n. 8).

3 D'après les affaires d'Atéfamon et de Bokniamon (infra, p. 567).

#« N'enlève pas (AmÉLINEAU lit ses ; ne Roué et CxaBas sensen) l’esclave d’un autre. Si le nom de celui-ci est décrié notoirement, c’est (déjà) chose mauvaise ; et si C’est un grand personnage, ce qu'on ne sait pas, il se lève, il porte plainte sur le vol de son esclave qui a été soustrait à son autorité, qui marchait derrière lui à ses ordres, et qui prenait soin des biens de sa maison. Tu te repens et dis : « Qu’ai-je fait? » Tous tes compagnons disent durement : « Je vais te faire connaître sur terre quelqu'un » qui cherche un mobilier pour sa maison! » Anr, Maximes, $ 22 (Pap. de Boulaq IV, xviu, 15-17, x1x, À : CHapas, Egypt., p. 150-156; AméLiNEAU, p. 84-89).

5 Cf. infra, p. 604.

s« Quiconque parmi les grands... enlèvera la population (remdou) pour la placer » ailleurs, dans des intentions perfides, qu’une flamme brûle ses membres... C'est une » chose abominable au Dieu que de suborner son peuple... Quiconque détournera la » population et la placera dans un autre lieu, que tous les dieux et déesses de ma de- » meure le livrent à une garde rigoureuse.» Inser. du temple de Radésiéh, 1. 114-148 (L. D., IT, 140 c; Cuapas, Mines d'or, B. Eg., IX, 57-59).

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