NOMS DIVERS DES ESCLAVES
Mais les raisons de croire à l'existence de l'esclavage en Égypte, de si solide apparence, n’en dissimulcraient-elles pas quelque point faible et repousseraient-elles tout assaut ? Il y faudrait au moins regarder.
Or, si l’on constate que la langue égyptienne n’avait pas de mots spéciaux pour désigner l’esclave et l'esclavage, un doute germe et des objections inquiétantes s'apprêtent à naître. Je ne vois point de nom pour l’esclave en égyptien. Je connais seulement divers termes appliqués aux individus en qui nous croyons reconnaître des esclaves : chemsou, honou', bokou, miratiou, astiou, samdotou, etc... Un seul serait plus significatif®. Ces termes s'associent ou s'échangent dans des formules analogues, de manière à en trahir la synonymie presque parfaite, avec des nuances que sans doute l’on peut essayer de déterminer, mais dont aucune ne décèle sûrement le secret cherché.
Les noms de sag ädnkh, prisonniers, où aq, captifs, ne s’emploient plus en dehors des suites immédiates des combats. Chems signifie sûrement « suivre, accompagner », par dérivation sculement « servir ». on évoque l'idée d'ordre donné ou reçu” : honou ou honouli, avec une autre orthographe, celle de remuer la terre. Bok indique tout travail exécuté pour autrui. Très hypothétique est le sens de miratiou, liés, gens à hoyau ou à navette, ou mieux fellahs du mer ou canton compris entre grandes levées, de samdolou. manœuvres ou gens 2x manu, de astiou, ouvriers, artisans, troupe de matelots ou soldats, terme dont la lecture même ne s'impose pas absolument. Tous ces mots contiennent plus ou moins des allusions au travail et à la subordination. En fait, ils servent à désigner les subordonnés et les travailleurs, esclaves ou libres, sans toutefois les distinguer entre eux et s’appliquent aussi à des personnes qui certainement ne sont pas
1 Sur l'incertitude de la lecture de hon, cf. supra, p. 391, n. 5.
2 J. BarzLer, Les noms de l’esclave en Egyptien, R. Tr., XX VII, 30-38, 193-217; XX VIT, 113-131; XXIX, 6-25, et À vol., 1906.
3 I] ne faut pas confondre avec ce hon, écrit par la massue, le mot moins fréquent honou ou honouti écrit par la fleur triple (lu à tort anoua ou ahouti) qui se rattache à une racine signifiant remuer la terre (J. Barzcer, Voms, p. 15-18).
esclaves. Les prisonniers de guerre deviennent konou, miratiou*, asliou et chemsou* des maisons particulières, du palais ou des temples. Le domaine des dieux renferme dans ses ateliers et ses fermes des Aonou, des miraliou*, des bokou’, des astiou‘, des chemsou’, des samdotou, des ahouïitiou®. Les actes de donation, comme les rapports d'inspection, les désignent tantôl par un terme, tantôt par un autre, à quelque occupation d’ailleurs qu'ils se livrent. Pour le roi travaillent des Aonou'° et des miratiou''; pour les particuliers également”. La constitution d’un patrimoine rural ou l'inspection d’une propriété, comprend en une seule liste : maison, terres, vivres, troupeaux et gens nommés soit sidiou‘?, soit miratiou\"*, soit Aonou®. Dans les champs, on voit travailler encore des ahouitiou , dessokhitiou ”, des samdotou,
1 Cf. Loc. cit. supra: Thotmès III à Mageddo: Lonou honitou keft nosesou senou; — Aménôthès IIL (St. F1. Petrie) : honou honilou…. nti haqgtou hon-f; — Séti IT à Karnak; — Ramsès III (Pap. Harris); — Ahmès; — Amonemhabi; — Pap. Anastasi IV.
2 Conte de Thoti, où le mot est employé comme féminin de honou. — Tombeau de Rekhmarà (supra, p. 557, n. 5).
3 Ramsès III (Pap. Harris, p. 77, 1. 5, 6 et 8), — Annales de Thotmès III (Mariette, I, Karnak, pl. 13,1. 15; J. Barzzer. Noms, p. 16).
4 Donation d’Apriès à Ptah, de Ramsès IT à Osiris d’Abydos (loc. cit.) — titres de Sanmout « intendant des étangs, des champs et des serfs d’Amon » (Statue de Gournah, Caire : L. D., IIE, 95).
5 Amonhotpou, fils d'Hapi, appelle « mes bokaou » les serfs du temple de Kak qu'il appelait d’abord « les honou et honitou qui sont aux cultures sous mon au- » torité. » (St. Brit. Mus., n° 38 : Biron, ap. CnaBas, Mél., II, 340 et 342: J. BAïILLET, Noms, p. 14).
6 Notamment dans la nécropole thébaine de l'Asit-Mäâït (cf. R. Tr., If, 470-199).
7 Comptes du Ramesséum, notant des chemsou, des samdotou, des honou, des sodemou. Pap. de Leide, I, 350, vo, col. 3-5 (Leemans, pl. 164-467; CHapas, Mél., I, 26-28: SpreGet- BERG, À. Tr., XVII, 146-151 ; J. Barzzer, Noms, p. 5, 12, 39, 53).
8 Inser. dédicatoire de Ramsès IT à Abydos, 1. 73 et 88; — Comptes des Pap. de Turin et de Leide, 1, 350; — Recensement du Pap. de Leide I, 348, p. x (CHapas, Mél., IV, 131), etc. (J. Barzzer, Voms, p. 37-39).
9 Insc. dédic. d’Abydeos, 1. 85; Annales de Thotmès III, 1. 6-7, etc. (J. Barzzer, Voms, p. 19).
10 Honou royaux (L. D., I, 107; cf. Pap. Anastasi IV, loc. cit.; J. Baïzuer, Noms, p.10).
11 Stèle d'Ousorhäit, préposé aux miratiou de Thotmès IL (Liercein, Æg. Denk., 26: J. Baizzer, Noms, p. 29).
12 Honou d'Ahmès, etc.; miratiou de Sinouhit (Contes), de Téfabi (pe Roucé, Z. H., pl. 292), de Montouousir (ScarapaRELLI, Catal., 490). Cf. J. Baïzzer, Noms, p. 12-15, 29-30).
13 Amden, Loc. cit.
4 Conte du Prince prédestiné; — Inscr. dédic. d'Abydos (1. 72); — Inspection d'Anna (Brucscx, Rec., 36-2) — (J. Barzzer, Noms, p. 31).
15 Stèle d’Aouarod, Loc. cit. supra, p. 561.
16 Inscr dédicatoire d’Abydos, 1. 85.
17 Conte du Paysan, Pap. de Berlin, 2 et 4.
18 Abydos, inscr. dédicatoire, 1. 88-89.