‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 296 sur 433 · SALAIRES, VIVRES · texte numérisé non relu

SALAIRES, VIVRES

Il est impossible qu’un maitre exige un travail quelconque sans aucune rémunération. La machine n’a besoin de rien; si elle s’use à la longue, on la remplace. Mais l’usure de l'animal et de la bête humaine, en particulier, est rapide, mème si on ne lui demande aucun travail. À plus forte raison faut-il compenser tout travail. Sans faire intervenir les droits de l’homme, la plus vague intelligence de ses propres intérêts oblige le propriétaire d'esclaves le plus dur à les nourrir au moins assez pour les empêcher de mourir de faim et leur permettre d'accomplir la tâche du lendemain. Une limite minima de ration journalière s'impose; la franchir serait désastreux; l'intérêt bien entendu recommande même de rester bien en deçà pour conserver des producteurs de travail bien disposés et capables de fournir plus de force. Que cette ration minima coïncide ou non avec ce qu'on a nommé le salaire de fer, on pourrait se demander si le propriétaire est plus ou moins tenté d'y réduire ses esclaves que le patron capitaliste d'y abaisser le salaire offert au travailleur libre; ce dernier trouve toutefois, dans la concurrence des employeurs et dans l’association, des appuis pour la résistance.

L'esclave égyptien recevait-il plus que cette ration minima, et le travailleur libre recevait-il davantage? La distribution des rations était-elle quotidienne? ou par des échéances espacées laissait-elle quelque liberté d'emploi ? Était-elle calculée d’après le travail fourni ou d'après les besoins ? limitée à l'individu ou étendue à la famille ? Était-elle fixe ou variable ? laissée à l’appréciation du maître, ou débattue et stipulée à l'avance ? Si nous n’avons pas de réponse pour toutes ces questions, 1l est bon au moins d’en rassembler les éléments.

Dans l'Égypte ancienne, rations ou salaires se soldaient toujours en nature. La distinction qui pourrait résulter de l'emploi de la monnaie échappe forcément. Par ce mode de rémunération, ce n’est pas seulement avec l’esclave que se confond le travailleur libre, mais avec l'animal, ce frère inférieur. Le bœuf ou l'âne qui dépiquent le blé pour leurs maitres, mangeront plus tard en guise

de fourrage sec la paille triturée par leurs sabots : mais ce principe de répartition des produits ne saurait se pratiquer entre humains aux besoins identiques. Mème pour les animaux, ilne s’applique pas rigoureusement. Pendant leur travail, ceux-ci, pas plus chez les Égyptiens que chez les Hébreux, n’ont la bouche liée, ainsi qu'en témoignent les scènes agricoles; et ils ne se font pas faute de se rémunérer eux-mêmes'. Encore aujourd’hui blés et cannes à sucre sont dévorés au bord des sentiers par tous les animaux qui passent, sans que personne proteste. Le paysan, esclave ou non, vit aussi de la terre qu'il cultive. Le cheval reçoit chaque jour sa pitance. Chaque jour, un scribe comptable mesure la ration de grain et de foin ; on prépare l’eau nécessaire un mois à l'avance *. L'animal peut mourir à la charrue, mais il y à pour lui des jours de fête. Après la victoire de Kodech, Ramsès IT témoigne sa reconnaissance à ses deux grands chevaux Victoire-à-Thèbes et Vourit-Satisfaite, en leur promettant de leur « faire prendre » lui-même leur nourriture devant lui chaque jour, quand il sera » dans son palais »*. De même Je soldat et l’ouvrier reçoivent leur ration journalière et quelquefois une gratification extraordinaire.

Monuments et papyrus gardent la trace de distributions régulières aux travailleurs. Ramsès III termine son grand discours du trône par une exhortation à ses sujets à travailler de leur mieux pour son fils et par la promesse de sa protection, de ses faveurs et du ravitaillement quotidien‘. Un discours de Ramsès II aux ouvriers de Memphis, tulleurs de pierre et sculpteurs qui ont travaillé à ses statues, détaille plus explicitement, quant à la variété et à la périodicité, les provisions de toutes sortes qu’on distribuera en son nom aux travailleurs, à la fois comme rations et comme récompenses :

« C’est moi le roi Ramsès, celui qui fait vivre les générations en les nourrissant. Des » aliments de choix et des boissons excellentes vous sont alloués. Rien n’empéchera de

1 Deutéronome, xxv, 4 (Maspero, La culture... : Et. Eg., 11,95-96). 2 Pap. Sallier I, 1v, 8 (Cnapas, Æf., 499).

3 Pentaour, Poème.

4 Kaou hrou neb : Grand pap. Harris, pl. 79, 1. 40-44.

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