DOMAINE ÉMINENT. CORVÉES
populations qui d’elles-mêmes remplissent leurs vides ; dans les mêmes nécropoles, les enfants font ensevelir et honorer leurs pères par les fils des faricheutes et choachytes, des tisserands, menuisiers,maçons,décorateurs, dont les aïeux ont enterré leursancêtres.
Chacun vit comme s’il était propriétaire de la fonction qu'il gère, du métier qu'il exerce, de la terre qu'il cultive. Il occupe seul son hôtel ou sa cabane ; il dispose de ses instruments, à l’exclusion de tout autre ; il serre ses récoltes, après prélèvement de l'impôt ; il enferme sa provision d'huile et de grains ; il achète et il vend des denrées ou même des immeubles : il établit ses enfants dans les emplois qui dépendent de lui et leur lègue sa fortune ou son pécule. Chacun est libre et maître dans sa case sociale. Mais le cultivateur, l’artisan, le domestique, dont les services ont été octroyés par le roi, cédés par un propriétaire antérieur, vendus ou loués par lui-même, veut-il fuir, changer d’atelier ou de profession, un maitre court après lui et le revendique : le registre de l’office du travail, constate ses premiers liens et ses nouveaux engagements ; il faut qu'intervienne une décision de justice. Chacun est esclave d’une autorité, des mœurs, de son intérêt propre, s'il veut sortir de sa case et changer par fantaisie.
Mais si le roi a besoin des services auxquels il avait renoncé provisoirement, il n’y a plus ni homme libre, ni esclave rivé à sa chaine. Tout homme d'Égypte est corvéable du roi.
Corps et biens, tout Égyptien appartient au roi. A toute réquisition, il doit mettre au service du roi sa personne et ce qu'il possède. Le roi permet au prince féodal de se regarder comme maître d’une province, au laboureur d'occuper un petit champ et les garantissent à l’un et à l’autre contre des compétiteurs. Mais le prince répond des impôts de sa province et des recrues qu'exige le roi. Le pauvre diable apportera aux percepteurs royaux une mesure de blé ou paiera de ses bras. Les réglementations et les jugements des bons princes, comme Haremhabi, le préserveront des exactions arbitraires, de celles qui le mettraient pour l'avenir
4 Cf. supra, chap. vu, p. 273-274, et 281.
hors d'état de rendre son maximum de services, et feraient ainsi tort à l’état mème. Mais le principe de la réquisition et de la corvée n’en subsiste que plus fort. Au nom du roi, l'administré se laisse dépouiller sans crier ; l'exception de réquisition royale arrête toute enquête sur une plainte déposée aux mains d'un administrateur. Les jeunes gens du cabinet de Mirouitensi excusent Thotnakhti qui a dévalisé le paysan, en disant que l’autre a exécuté quelque ordre administratif : « Ce chasseur a enlevé quelque peu de natron » et quelque peu de sel qu’il avait reçu l’ordre de se procurer et » qu'il s’est procuré ainsi » !. Procédé sommaire et commode pour récuser la juridiction compétente! Le droit du roi sur les biens de ses sujets prime tout.
La corvée royale * dispose de mème des personnes et change les conditions. Pas plus que le fonctionnaire, le travailleur manuel n’était parqué à tout jamais dans une occupation ne varielur. Le premier espérait de l’avancement ; les changements du second dépendaient aussi soit des capacités et des fautes des individus”, soit surtout des besoins du service. L'administration des biens du roi ou des dieux offrait des emplois divers ; entre les diverses administrations et les divers services de chacune, 1l n’y avait pas de cloison étanche ; avec toutes les maisons subalternes communiquait, en les dominant, le palais royal. Ni le haut personnel des temples n1 leurs serfs n'y étaient confinés : le premier prophète d’Amon siégeait avec des financiers, des contrôleurs, des militaires, des marins dans le jury des grandes assises de Thèbes ‘ : un prophète de Rà faisait partie de la grande sa/fkhi royale. Quand le roi envoÿait une troupe de captifs à un domaine royal ou à un noutri hotpou, plusieurs ordres de fonctionnaires se les partageaient, quittes à se les repasser selon les saisons, ou à les rendre au roi si celui-ci les réclamait.
1 Hist. d’un paysan (Masrero, Contes, p. 44 et 45, n. À).
2 Cf. Masrero, 7. Or., I, 333-338.
3 Cf. supra, ch. xiu, p. 521, 526-527, 533, 537-538.
4 Pap. Abbott, vn, 4-6 (Cnapas, Mél., IEI, 134).
5 Le prophète Meramonap (Cnapas) ou Amonaa (SprgceLsenrc), de l'atelier (gbué : Ca.) ou de Ja maison d'ombre (Sp.). Pap. hiérat. de comptes : Leide I 350, pl. 165, col. iv, 26 (Caaras, XZXe dyn., p. 151; SPmGezserc, À. Tr., XVII, 154) :