BANS ET RÉQUISITIONS
Le roi veut-il faire la guerre? le ban de ses vassaux doit accourir avec leurs hommes. N'est-ce pas assez? on lève des recrues partout et on réquisitionne les prêtres des temples ! pour instruire ces conscrits*. Le roi désire-t-il voyager sur le Nil ou par les canaux ? les riverains suspendent toutes leurs occupations pour le hâler*: ainsi, d'heure en heure, dans le Douaout, les habitants de l’horizon,les habitants du Qobhou et ceux de chaque demeure se relaient-ils pour convoyer le roi défunt en route pour les champs Aïlou “. Des décrets de Thotmès IT, renouvelés de Sénouserit [IT chargaient les habitants d'Éléphantine de garder et d’eniretenir le chenal de la cataracte”. Les canaux ont-ils besoin de curage, ou veut-on en creuser de nouveaux? on saisit au nom de Sa Majesté paysans et ouvriers et on les rassemble à l’endroit voulu. Les voilà qui accourent, comme les répondants du chapitre vi au Livre des Morts, « en hommes prêts à leurs corvées? et les voilà qui « fertilisent les champs et emplissent les canaux,
transportent le sable de l’ouest à l’est ». Les constructions d’un temple ou d’un palais exigent-elles une grande quantité de belles pierres ? le roi réquisitionne dans ses domaines ou dans tout le pays des laboureurs, des tisserands, des hommes de tout métier, par centaines et par milliers et les envoie dans les carrières *. Pour transporter les blocs, tous les habitants du canton sont requis, quelle que soit leur profession *. Ouvriers et soldats tailler ont et hâleront un obélisque; grands de tout grade dirigeront les manœuvres'. Les Hébreux cultivaient le canton de Gochen et
1 Sur les devoirs ordinaires des noutir honou el leur exemption de corvées, voir infra, p.604, n. 4.
2 Insc. d'Ouni (cf. supra, p. 189).
3 «In Nilo flumine, sive in rivis ejus, solent naves funiculis (o4oïvos, cordelle) trahere, » certa habentes spatia, quæ appellant funiculos, ut labori defessorum recentiora » trahentium colla succedant. » (St Jérôme, Comment. sur Joël, Cd. de Bâle, p. 83, cit. Lévy, R. Tr., XV, 164).
4 Pyr. d'Ounas, I. 483 (R. Tr., IV, p. 56).
ë Insc. de Séhel (AR. Tr., XIII, 202-203). Cf. insc. d'Ouni et (L. D., II, 126 8; Masrero, R. Tr., XIII, 203-204).
6 Liste : Pap. Anastasi IT, vin, vo (A. Tr., NIII, 22; Guieysse, 2. Eg., VI, 22-23).
7 Cf. Masrero, Æ. Z., 1883, 69).
8 Inser. de Ramsès IV, Nesbitat, etc.
9 Pap. de Kahoun (Grirmiru, pl. x1v; Masrero, B. Eg., VIII, 448-451).
10 Ainsi Khouniaton ordonne de « éonvoquer tous les ouvriers (katou) d'Éléphantine à » Samoud (Bss Égypte) et les chefs de marche des soldats, afin d'amener un gros bloc
paissaient leurs troupeaux : il faut élever des forteresses, on les met à mouler la brique !. Pour ériger un colosse royal, Thothotpou avait emprunté les tailleurs de pierre divins*. Inversement, pour réparer un bâtitiment en ruines, le roi Smendès (Nesbitat), après bien d’autres, met ses propres hommes au service d’un temple *. Devant la corvée ni l'éloignement du domicile, ni l'habitude d'une profession, ni la différence de juridiction ordinaire ne valent comme excuses. [1 n'y a qu'un moyen de s’y soustraire, c'est de se faire remplacer, ce que, en ce monde, seuls peuvent les riches *.
Quand il s’agit non de levées en masse, mais de recrutement d’une seule équipe de travailleurs peu nombreuse, les choses se passent à peu près de même, toutes proportions gardées. Tous les habitants de l'Égypte étant enregistrés, leur emploi étant également constaté par d’autres registres, si l’on avait besoin de travailleurs, il suffisait de s'adresser à l’administration détentrice des registres en question. La lettre de Bokniamon à son père * contient de précieux renseignements. La première partie raconte ses démarches pour rentrer en possession de serviteurs fugitifs. La deuxième partie montre comment, sans acheter d'esclaves, on pouvait se procurer des travailleurs. Ramessou ne sait comment faire sa moisson : son fils le rassure ; il a pris ses dispositions ; il est allé trouver les teneurs de livres en chefs des greniers et les a chargés d’envoyer, en temps voulu, des moissonneurs avec leur chef de corvée et des scribes pour la comptabilité. Si le travail presse, si un surcroit de besogne survient, si les hommes d’un atelier, d’une métairie royale sont morts ou ont fui comme ceux qui ont fait le vide devant Nofirhotpouf, un scribe signale le fait à son supérieur qui s'adresse à l’office compétent et obtient l’envoi
» de grès pour l'érection d’un grand obélisque en l'honneur d’Harmekhis..... Les grands, » les amis, les chefs de porte-éventails (servirent) de chefs de carrière et de (directeurs) » pour le transport des pierres. » (L. D., 110 1; Brucscn, Ægypt., p. 216-217, n.).
4 Exode, x et v.
2? Tombeau de Thot-hotpou à Berchéh (L. D., II, 134, L. 3; Caapas, Mél., IN, 119).
3 Inscr. de Nesbitat à Gébéléïn (Daressy, À. Tr., X, 135-137).
4 Cf. Livre des Morts, ch. vi (Masrero, B. Eg., NII, 449).
5 Pap, de Bologne 1086 (CHapas, Mél., III, 232-233).
6 Pap. de Bologne 1094 : lettre 5 (Cnapas HMél., IV, 146).