ÉLOGES, AMOUR, SOINS
üistes, ses récompenses et ses remerciements à tous les travailleurs :
» Sa Majesté récompensa ce chef de travaux par beaucoup d'argent et d'or, et les » ouvriers vaillants, qui y avaient travaillé, par des éloges de par le roi. Car Sa Majesté » les inspectait chaque jour ; aussi travaillaient-ils pour Sa Majesté d’un cœur plein » d'amour pour Ramsès II Le roi dit lui-même : « O ouvriers d'élite, vaillants, » connaissant bien vos mains! braves et habiles de vos bras à fabriquer des » monuments !.... O bons combattants, qui ne chômez jamais, surveillants des travaux » qui tous, selon votre rang, exécutez de manière parfaite ce qu'on a dit, et vous » conformez aux plans, quand vous marchez avec vos blocs dans la montagne divine. » On à écouté ce que vous dites et on a pris soin de vos intérêts... Car vous travaillez » pour moi d'un cœur plein d'amour... Je connais tous vos ouvrages excellents : qui y » travaille, qu’il se réjouisse!..…. Tout cela a été fait pour que vous prospériez et que » vous soyez d’un seul cœur à travailler pour moi. 1 »
Ainsi le roi ne fait point fi de l'amour de ses plus humbles sujets. Même il rend amour pour amour. Petits ou grands, il aime qui l'aime *?. S'il est le père et le nourricier de tout son peuple, les petits surtout profitent de ses soins. Ramsès IT choie ses sculpteurs ; Séti 1 promet à ses travailleurs des mines d’or de les garder « avec une bienveillance affectueuse », de les traiter « comme » les enfants de sa maison, comme les compagnons de son » temple »*. À leur imitation, un grand-prêtre contemporain se rend témoignage d’avoir été « un bon père pour ses serfs, faisant » prospérer leurs générations » “. Ces termes étaient-ils alors une nouveauté ? J'en doute. Ge qu'il y a de sûr, c’est que des préoccupations de même ordre hantaient les esprits bien des siècles plus tôt. Sous la x1° dynastie, un chef de travaux aux carrières se réjouissait d’avoir ramené tous ses hommes sans avoir perdu ni chef, ni soldat, ni carrier *.
La vie d’un ouvrier, ou même d'un esclave, est une vie humaine digne de respect. On ne la sacrifie pas à un caprice,
même royal. Ainsi, lorsque le magicien Didi décapite, puis res-
1 Stèle de l’an VIII (cf. supra, p. 589, n. 1).
2 Cf. supra, chap. vur, p. 323-325; ch. x; p. 406-408 ot 413.
3 Inscr. du temple de Séti Ier, à Radésiéh (L. D., I, 440 c ; Cuasas, B. Eq., IX, 55).
4 Boknikhonsou (supra, Ch. xu, p. #78, n.3).
> « Les soldats sont redescendus (en Égypte) sans diminution ; aucune usure d'homme, » aucune destruction de chef, aucune mort de noble, aucune perte de carrier. » Graftte d'Hammamät sous Montouhotpou HIT (L. D., II, 449 æ). Cf. Amoni (supra, p. 451-452).
6 Cf. Dronore, I, 77 : « Celui qui avait tué volontairement soit un homme libre, soit un esclave, était puni de mort. »
suscite une oie et un taureau, le roi Khoufou eùt voulu quil tentât l'expérience sur un prisonnier déjà condamné ; mais il se heurte à un refus : ce criminel est un homme, un noble bétail de Rà; le tuer serait péché‘.
Le souci des petits engendre la reconnaissance. Comme Îles grands s'enorgueillissent d’être de « bons serviteurs » du roi ou des dieux, « faisant honneur à leur maître » et « aimés de lui », ainsi les subalternes vantent leurs services auprès des grands*. A leur tour, les petits servent avec amour de bons maitres. À défaut de leurs propres déclarations, nous avons le témoignage formel de deux hommes vivant aux deux âges extrèmes de l’histoire d'Égypte. L'un, sous l’empire memphite, proclamait que « un » homme devient un dieu, quand il est chef d’une tribu » ou « maitre de paysans, qui ont confiance en lui »*°. L'autre, vivant sous les Saïtes, fait appel aux prières des hommes « aimés de » leurs esclaves » “. Dans l'intervalle, si les sculpteurs de Ramsès IT travaillent pour lui avec amour, les vassaux de Téfabi vivaient si heureux, grâce à sa bonne police, qu'ils « versaient exactement la » redevance de leur domaine par amour » *.
D'ailleurs, la preuve la plus frappante de la dignité reconnue aux humbles, n'est-ce pas la part accordée aux serviteurs dans le culte funéraire ? On dira que les porteurs d’offrandes et de redevances des propriétés ne sont que des figurants. Oui, en général. Mais on ne peut taxer de figurants les serviteurs, chemsou ou autres, qui se mêlent à la famille pour offrir le repas funéraire, ou dont le nom figure parmi ceux des dédicateurs”, ou ceux qui,
1 Khoufou et les magiciens : Pap. Westcar (Masrero, Contes, p. 13; 3° éd. p. 34),
? Tel est le primat du kiosque (khorp sihi) Khnoumhotpou « faisant le plaisir de » son maitre » (ar hosst neb-f : cf. supra. p. 420-421), le noutir sahou Déda (Hypogée de Contra-Syène : De Morcan, Catalog. Mon. T, 199, 200 ; Serue, Urk., I, 141).
* An oua sa skheperou nouter, aou neb ouhilou nehes chems-f: Pran-noreou, $ 9. (Pap. Prisse, vu, 6-7).
* Mert-len honou-ten : Zabanebdidounamou (supra, p. 478, n. 2).
5 Inser. de Téfabi, 1. 41-12 (Mariette, M. D., pl. 69; Grirrirx, Sêué, pl. 11; Maspero, Rev. \Crit., 1889, 11, 41757 0r:U, 339).
6 Par exemple, le chemsou Siapmatennou, sur la stèle d’Abou : Abydos, Turin ne 107 (2. Tr., I, 117); ou le chemsou Ani sur celle d’Ankhousa : Turin ne 93 (RTE A0)
7 Par exemple, sur des stèles de Marseille : Abydos, xnre d. (R. Tr., XII, 417) ne 27 : st. de Ransonbi, 2 chemsou, k amou et une amit: n° 98 : st. de Sobekhotpou, un tenancier, un chemsou, un jardinier et 3 nourrices.