‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 48 sur 433 · TRIOMPHES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

TRIOMPHES MYSTIQUES

pour prévenir les désirs divins ou les combler; il « veille toujours » pour chercher ce qui est à l’honneur de son père ‘ »; il « ras- » serène l'OEil céleste, agissant en tout comme il plaisait au dieu, » recherchant ce qu'il avait résolu qu’on connût ?. »

Sans cesse, cette pensée le guide. Nous avons vu comment la piété filiale se traduit par tout le soin que le roi prend des monuments religieux et du culte. Elle explique encore tout le reste de ses actes dans la guerre comme dans la paix.

$ 4. — Mission guerrière.

La guerre n’est pas seulement pour le roi la satisfaction d’un instinct brutal, ou bien un passe-temps, un plaisir glorieux, un sport noble et sain, c’est l’accomplissement pour lui d’un devoir sacré vis-à-vis des dieux. Elle fait partie intégrante de son rôle d’Horus. Comme Horus, il aime son père, c'est bien; comme Horus il s’occupe de la demeure divine de son père, c’est bien encore ; mais ce n’est pas tout : comme Horus aussi, il doit venger son père et détruire ses ennemis. Il s’en acquitte de plusieurs manières.

Sa justesse de voix lui fournira des triomphes posthumes, dont le Livre des morts donne d’avance la formule. Dans l’autre monde il sera l’un de ces divins chefs, compagnons d’Osiris, qui font triompher son parti, massacrent ses ennemis et emprisonnent ses adversaires” ; il percera le cœur de Sit‘, il sera Khem (Min), c’està-dire Horus vengeur de son père Osiris , il soumettra ses ennemis à la loi d’Osiris, il combattra et garottera les coupables, il anéantira les ennemis du Seigneur‘; il paralysera de terreur les fils de la rébellion ?, il tuera les compagnons de Sit ; il prononcera ses incantations, et tous ses ennemis tomberont, renversés, égorgés : ils seronttrainés à la chambre d’immolation de l'Orient, décapités,

1 Inscr. de Ramsès IV à Hammamât (L. D., INT, 249, 1. 8; Masrero, Qg. nav.: B. Eg,, VIII, 410). .

2 Dédicace d'Héliopolis, par Sénouserit I (loc. cit.).

3 Livre des morts, I, 2-3. El DUMAS 5 XVII, 12.

6 XVIIT, 3. 7 XVIII, 16. 8 XVIII, 23.

dépecés, livrés au grand anéantisseur de la Vallée, confiés pour jamais à la garde de Gab (Sib) !. Mais depuis longtemps les simples particuliers ont emprunté le formulaire et se sont, eux aussi, avec la voix juste, attribué de pareilles victoires sur les ennemis d'Osiris.

Dès sa vie terrestre, le roi remportera d’autres triomphes mystiques. Chaque jour par le culte, dont il est grand maitre, 1l procure aux dieux la force et la victoire contre leurs ennemis surnaturels dont les tentatives se renouvellent éternellement. Il assiste Rà pour naviguer sur les eaux du ciel, pour répandre sur la terre lumière et chaleur, pour « renverser tous ses ennemis devant » lui »?. Par une action rétrospective, il coopère également à la lutte d'Horus contre Sit. Les sculptures d’Edfou rendent sensible cette coopération * ; deux fois, Ptolémée, en même temps qu'Horus, perce de sa lance l’ennemi, Sit, sous forme d’hippopotame ; une troisième fois, pendant qu'Horus frappe la bête, Ptolémée foule aux pieds un asiatique, autre incarnation de Sit comme le roi est l’incarnation d’Horus ; le roi suit le dieu, comme à Louqsor le double d’Aménôthès suit ce dernier et imite tous ses mouvements. Le roi donc, en tant que double d’Horus, est solidaire de toute la personnalité de ce dieu et a une part dans son histoire entière.

Mais du mysticisme et de la mythologie il faut descendre et prendre pied dans la réalité. Le roi, Horus en chair et en os, a souvent affaire à des ennemis en chair et en os; ce sont ceux-là qu'il combat ordinairement, pour imiter Horus et Osiris; c’est contre eux qu'il requiert avec sa voix juste “ l’assistance de ces dieux”; c'est en eux qu'il triomphe visiblement de Sit. L’habileté

41 L. d. M., XIX, 12-14.

? Hymne à Ra-Harmakhis (L. D., VI, 117 ; Masrero, B. Eq., IL, 457; H. À. p. 284).

3 Edfou, mur d'enceinte ©. (NAvizze, Mythe d'Horus, 1870, pl. 4, 7, etc.). — Cf. Philæ (EDEN 85e 0) \

# Quand Thotmès TI attribue à sa voix juste ses triomphes sur les Syriens, c’est probablement à l’exactitude minutieuse avec laquelle il accomplit les rites et oblige ainsi les .dieux à lui accorder la victoire qu'il demande (Cf. Devéria, R. Tr., 1,14; Maspero, 2. Eg., I, 411). |

5 « Que je dompte les rebelles qui se dressent en mon chemin! que leurs souffles » soient serrés dans mon poing et que je fasse respirer à leur nez selon mon plaisir, » comme tu as fait. » (MarierTE, Abydos, pl. 55, 1. 33; Piehl, Æ. Z., 1884, 40 ; 1885, 18).

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