GUERRES EN IMITATION D'HORUS
de la politique égyptienne consista dans l’assimilation constante de ces ennemis réels avec les ennemis d’Osiris.
Vraisemblablement le mythe, dans sa forme primitive. ne fut pas inventé à loisir pour consacrer l'existence de la guerre; mais il naquit de lui-même dans l'imagination des peuples, syncrétisant toutes les guerres du passé. Si Horus était bien, non un homme déifié, mais la synthèse généralisatrice de tous les héritiers du trône, de tous les rois qui partis du Sud conquirent peu à peu l'Egypte, des enseignes qui dans toutes leurs campagnes menèrent ces rois à la victoire, finalement dans la légende des guerres d'Horus se ramassa et prit corps le souvenir de toutes les guerres de succession ou de conquête et des guerres en général. Image réduite du passé, le mythe était en même temps une leçon pour l'avenir. Horus, type des rois préhistoriques, devait servir de modèle aux rois futurs.
Or l’histoire d'Horus commençait par des guerres, celle de chaque roi devait débuter par des expéditions guerrières. Les Égyptiens confondaient tous les étrangers qui échappaient à l’empire de leur Horus, leur prince fils du Soleil, avec les ennemis d’Osiris, les partisans de Sit, les impurs et les impies'. Soit dans les premières années de son règne, soit encore lorsqu'il n’était qu'héritier présomptif de la couronne, avec le titre de prince de Kouch”, qu'il porta à partir de la xvm® dynastie, l'héritier du trône d'Égypte devait combattre les étrangers.
Même le choix des ennemis n’était point laissé à son arbitraire ; Horus avait d’abord régné dans le Sud, il avait commencé ses conquêtes par le Sud. C'était en faisant ses premières armes contre les tribus du Haut-Nil, en Nubie, en Éthiopie, qu'un prince royal se montrait véritable Horus, légitime héritier du trône des dieux”*. La pyramide du roi Ounas apporte accidentellement le plus ancien témoignage dans cet ordre d’idées. C’est à ses victoires dans le
4 Voir la légende d'Aménôphis, fils de Paapis (Manérnon, ap. Josèpne, Contra Apionem, I, 26. Cf. ErmaAn, Æ. Z., 1877, 147-148 ; Maspero, H. O. Il, 448 : WEesseLy, Denksch. d. Wien. Akad. 1893, XLII ; Is. Lévy, Versions helléniques de l'Exode.
2 Cf. E. ne Roucé, R. Arch., 1852, IX, 14.
3 Cf. Masrero, G. Ep., p. 84; A. O., I, p. 241; 254, n.2; 439, n. 4.
midi que Rà reconnait Ounas comme son fils et pour cela qu’il le comble de ses dons, « car un grand taureau qui frappe la Nubie » c'est Ounas, certes »'. À ce même signe, un pharaon de la xu° dynastie reconnait sa postérité quand il renie pour ses descendants tous ceux de ses successeurs qui ne reproduiraient pas en eux-mêmes par leurs succès militaires l’image vivante d'Horus vengeur de son père et victorieux de Sit :,
« Done s’il arrive qu'un de mes fils renforce cette frontière que j'ai établie, il est vrai- » ment mon fils, sa génération vient de moi; il est l’image du fils qui a vengé son père » (Horus), qui a renforcé la frontière de celui qui l'a engendré. Mais celui qui la laissera » tomber, qui ne la défendra pas par les armes, il n’est cerles pas mon fils, sa généra- » tion, certes, n’est pas de moi 2. »
Le roi n’est que le ministre des vengeances des dieux. Îl ne pontifie pas moins en donnant des coups d’épée sur le champ de bataille qu’en versant des libations ou en immolant des taureaux dans un temple. Avant de partir en guerre, il a pris les ordres du dieu, Ptah ou Amon ; et celui-ci a remis la £hopech de la victoire.
La sculpture religieuse rend cette idée sensible aux yeux. Il n’est guère de temple où l’on ne voie en place très apparente, sur la façade des pylônes ou sur des murailles bien visibles, et dans de très grandes dimensions, cette scène de la remise de la Æhopech au roi par le dieu qui lui confie la mission de conquérir le monde et d’écraser toute résistance : déjà le roi tient dans sa main la chevelure des ennemis qu'il doit immoler. Les légendes spécifient la délégation du dieu et l’obéissance du roi”. Par exemple, au temple de Radésiéh, Horus d’'Edfou dit à Séti L° :
« Prends ta khopech, roi fort, Horus apparu à Thèbes, pour massacrer les pays de » révolte et élargir tes limites ; tes esprits les dominent pour l'éternité ; leur sang coule » par ta valeur. Le seigneur Amon t’ordonne de combattre et de vaincre #. »
Ordres et promesses analogues accompagnent souvent aussi de simples scènes de visite ou d’offrande.
Ainsi, dans les circonstances solennelles, le dieu donne des ordres immédiats au roi et le lance contre les ennemis du moment. Mais
1 Pyr. d’Ounas, 1. 179 (Masrero, À. Tr., III, 196).
? Inscr. de Sénouserit III à Semnéh (L. D., III, 136; Cuapas, Études, p. 241). 8 Cf. infra, p. 121-193,
4 L. D., TI, 140 4. Cf. CHapas, B. Eg., IX, 34.