MISSION GUERRIÈRE
il ne fait alors que préciser la mission générale qu’il lui avait confiée à son avènement. Alors Amon, en .« l’élevant comme souve- » rain sur le trône d'Horus, a donné la vigueur à ses bras, la force » à son glaive, afin qu'il élargisse ses frontières pour toujours » ; et Thot « de ses propres mains, lui le scribe suprême, par l’ordre » du maître universel, père » du roi, a enregistré le décret!.
A son retour le vainqueur vient remercier son protecteur et maitre et lui rendre compte de sa mission. L'idée que le roi, dans ses conquêtes, n'a fait qu'exécuter un ordre divin se développe poétiquement :
« J'accorde, répond Amon à Thotmès III qui vient l'adorer, que les rebelles tombent » sous tes sandales, et que tu écrases les récalcitrants, car je t'assigne par décret la terre » en son longet en son large ; les gens de l'Occident et ceux de l'Orient sont sous le lieu » de ta face et quand tu montes en tous les pays étrangers, le cœur joyeux, il n’est per- » sonne qui se jette à la traverse de ta Majesté, car c’est moi ton guide quand tu marches » sur eux... Je donne que tes conquêtes embrassent toutes les terres..., qu'il n’y ait » insurgé contre toi jusqu'au pourtour du ciel, mais que les peuples viennent, leurs tri- » buts sur leur dos, se courber devant ta Majesté, selon mon ordre. »
puis, comme la prose, même surchargée d'images, ne suffit plus à l'enthousiasme de la reconnaissance royale, il s’exhale en strophes triomphales :
« Je suis venu, je te donne d’écraser les grands du Zahi, je les jette sous tes pieds à » travers leurs montagnes, — je donne qu'ils voient Ta Majesté telle qu'un maïtre de » splendeur rayonnante quant tu brilles en leur face en ma forme !
er « Je suis venu, je te donne d’écraser ceux qui sont dans les iles, si bien que les » peuples qui vivent au milieu de la Très Verte sont atteints par tes rugissements, — » je donne qu'ils voient Ta Majesté comme un vengeur qui se dresse sur le dos de sa » victime.
DES « Je suis venu, je te donne d’écraser les nomades, si bien que les Nubiens jusqu'au » pays de Pidit sont dans ton poing. — Je donne qu'ils voient Ta Majesté semblable à » tes deux frères Horus et Sit dont j'ai réuni les bras pour assurer {a puissance ?. »
Intervention semblable en faveur de Ramsès IIT. Les peuples de la mer s'était ligués contre lui ; mais Amon veillait sur le peuple de ses fidèles, il résolut la destruction des barbares et en chargea
1 Médinet-Habou, Pavillon, Sud (Daressy, p. 53). Cf. Thotmès Ier également « monté sur » le trône d'Horus pour élargir ses frontières. » (Inser. de Tombos : L. D., UE, 5 4; Preuc, Petites ét., p. 1; Serne, Urkunden, IV, 82).
2 Chant triomphal, stèle de Karnak (Manierre, Album, pl. 32; Karnak, pl. 11 ; SETRE, Urkunden, IN, 610-619; Bircu, Archæologiu, XXNIII, 373 sqq.; De RouGf, R. Arch., 1861, 5-31 ;: Maspsro, A. Or., II, 267-270). Le chant de Thotmès III fut copié par Séti I (CHampozLioN, IVot. IT, 96; Maspero, G. Ep., p. 90, n. 1). Un troisième exemplaire à été retrouvé à Karnak, par Lecrann (Ann. du Service des Antiq., 1906, V, 17-20; SETHE, Ur#.,
Ramsès. C’est ce que celui-ci explique dans une harangue ou une proclamation au pays tout entier qui fut gravée sur les murs de Médinet-Habou en l’an VII. Il expose d’abord sa mission : Amon lui a remis la khopech symbolique :
« Apprenez la vaillance de mon père auguste, Amon, fécondateur de sa mère, l'auteur » de mes perfections ; son glaive puissant (il me l’a donné) pour vaincre, pour immoler » quiconque se montre mon adversaire, il a ordonné pour moi la victoire ; sa main était » avec moi. Tous ceux qui ont violé ma frontière ont été immolés, saisis dans ma main » fermée, car il m'a choisi, il m'a trouvé parmi des centaines de mille, il m'a installé sur » son trône en paix {. »
puis il rend compte de la coalition formée contre l'Egypte, et de la résolution d’Amon :
« Alors la volonté du seigneur des dieux fut de préparer un piège pour les prendre au » filet comme des oiseaux ; il me donna ma vaillance et voulut que mes desseins se » réalisassent et quetout ce qui sortait de ma bouche réussit d’une manière admirable 2.»
il raconte les mesures prises par lui, le désastre des ennemis et les conséquences de la victoire qu’il rappporte encore à la protection des dieux :
« Je suis sur les voies et selon les conseils du père divin, maître des dieux... » (Amon-Rà) m'a établi en roi sur l'Egypte pour vaincre les terres, abattre les eaux ?. »
il n’a donc fait que suivre les ordres de son père et jouer le rôle qui lui était assigné.
IV, 619-624). Celui d’Aménôthès III (Stèle Flinders Petrie, L. 26-31 : SrreceLperG, R. Tr., XX, 43) et ceux de Ramsès IT (Médinet-Habou, 1° pylone $S. et N., face E. : Daressy, p. 61-62 et 72-73; L. D., III, 110 À; DümicHen, Z7. Z., 11, 12, 17), traitent des mêmes idées en d’autres rythmes avec des rencontres d'expression. La stèle de Nectanébo II, dite table de Ficoroni, s’en inspire encore (MasPero, @p. Larave, Divinités d'Alexandrie, p. 333). Le décret de Ptah (édition de Ramsès II à Ibsamboul, L. D., III, 194 ; Navrzze, Tr. S. B. A. 1880, VII, 117-138; édition de Ramsès III à Médinet-Habou : DümicHEN, H. I., pl. 7-10 : Daressy, #.-/1. 64-68) procède de la même idée, mais étendue aux œuvres de paix. M. SPIEGELBERG, soupçonne un prototype dans le moyen empire (2. Tr.. XX, 54). Le mouvement du rythme et certaines expressions se retouvent en effet dans l’ode de Kahoun sur Sénouserit III (Pap. Petrie [, pl: 1-3, et p. 1-3 : Maspero, B. Æg., NIII, 406-410), et jusque dans le récit de la campagne d’Ouni contre les Hirouchaou (Mariette, Abydos, T, pl. 44, L. 23-28 ; Masrero, Æ. O., I, 420-421 : Serue, Urkunden, 1, 103-104).
1 2e pylône N., face E., 1. 14-15 (Cnapas, Æ4., p. 249; Daressv, HM.-H., p. 94).
2 L. 18-19 (/bid., p. 250).
3 L. 26-27 (/bid., p. 251-252). Cf. : — « Amon-Rà ctait à ma droite et à ma gauche; sa » dignité redoutable, ses terreurs étaient dans mes membres. Réjouissez-vous ! il a voulu » que mes pensées se réalisent. Amon-Rà a été un fléau pour mon ennemi, afin de » livrer le monde entier dans ma main fermée » (Médinet-Habou, mur ext. N., 9 tableau : DümiceN, #. /., Il, 47 À; Cnapas, Et., p. 257). — « Celui qui dirige la terre selon tes » ordres souverains, marchant entièrement dans ta voie est en DATE Tu es le père » auguste créateur de ma beauté. Voici que tu m'as choisi pour maître des barbares ; » mets ta main avec moi pour massacrer mes agresseurs, éloigne tous les méchants de » mon corps » (Médinet-Habou, 2e pylône S., face E. : Daressy, p. 99).