‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 51 sur 433 · TERREUR SACRÉE · texte numérisé non relu

TERREUR SACRÉE

Si les dieux marchent au combat avec le roi, il ne peut manquer de remporter l'avantage: « La victoire sur le monde entier a été » ordonnée pour lui'. » Comme homme, il se targue de sa vaillance ; comme fils et protégé des dieux, il constate avec non moins d'orgueil que tout a cédé devant lui sans coup férir.

La peur fait l'office du fer et réduit les ennemis à se soumettre. Le roi, avec ses grands vassaux et ses soldats, bataille ; l’uræus de son diadème lui assure la victoire en terrifiant les ennemis ?. Aïnsi le roi Mirikari, avec l’aide de Khiti Il, baron de Siout, triomphe des révoltés et rentre dans sa capitale, précédé par la terreur :

« Les commandants du Sud et les archontes d'Héracléopolis, leurs jambes vacillent sous » eux quand l'uræus royale, régente du monde, vient pour refouler le crime, la terre » tremble, le Midi s'enfuit en barque, tous les hommes se sauvent éperdus, les villes se » soumettent, car la crainte envahit leurs membres 3, »

Ainsi triomphe Thotmès IE par la grâce d’Amon :

« J'ai donné que mon uræus qui est sur ta tête les brülât, qu’elle ramenât prisonniers » enchainés les peuples de Qodi, qu'elle consumât de sa flamme ceux qui sont dans » leurs marches, qu'elle tranchât la tête des Asiatiques, sans que püt s'échapper aucun » de ceux qu’elle saisissait. 4»

Ramsès [IT s'intitule : « Seigneur de la terreur dans tous les » pays”. » Ses ennemis, Lybiens et alliés, justifient ce titre par leur défaite et leurs discours. Ils tremblent, ils se troublent, ils sentent une flamme céleste acharnée à leur poursuite; la frayeur leur fait perdre la tête et leur enlève l’usage de leurs bras pour frapper, de leurs jambes pour fuir :

Tous leurs membres se sont paralysés par la terreur... « C’est, disaient-ils, le brise- » ment de nos os qui est près de nous dans le pays d'Égypte ; son seigneur a détruit » nos âmes pour jamais. » — Malheur à eux! qu'ils voient leurs danses changées en massacre! La déesse Sokhmit est à leur poursuite ; la terreur est sur eux. — « Nous ne » marchons pas (s’écrient-ils) sur un chemin où l’on peut marcher, nous marchons sur » de l’eau, entièrement de l’eau! Leurs guerriers (les Égyptiens) n’ont pas même » combattu contre nous dans la mêlée. Il (le roi) a été une destruction pour nous, une » flamme contre nous toutes les fois qu’il l'a voulu ; dès que nous nous sommes appro- » chés, la flamme nous a saisis, et nulle eau n’était à nous 6. »

4 Pap. Brit. Mus. (CHapas, Æ1., p. 219).

2 Cf. Morer, Royauté, p. 300.

8 Tombeau de Khiti II à Siout (L. D., II, 150 c: MarrerTe, M. D., 69 À; pe RouGé, I. H., 293; Brucsca, Thes., 1506; Grirmirn, Süué, pl. 18 — 20; Masrero, . Or., I, 458).

4 Chant triomphal (op. cit. supra, p. 85, n. 2; Maspero, H. Or., I, 268).

5 Inscr. de Mésori, an XI, 1. 4 (Dümrcuen, Z. Z., pl. 18).

6 Inscr. de l'an V, L. 42-45 (CHapas, Et., p. 231-232. Cf. Danessy, p. 113).

Le panégyriste de Ménéptah décrit cette frayeur avec quelques détails plus précis :

« Tandis qu'ils combattaient, le vil chef des Lybiens.. il eut peur, son cœur défaillit » etilse mit à courir [de toute la vitesse de ses] pieds ; son arc et son carquois dans sa » précipitation [restèrent] par derrière, ainsi que tout ce qu'il avait sur lui, un » violent désespoir s’'empara de lui ; une grande terreur circulait dans ses membres !. »

Ennemis de l'Égypte ou ennemis personnels du roi, étrangers, envahisseurs ou révoltés subissent également ce vertige avantcoureur des désastres, dont Amasis menace ses adversaires :

« Ne seront pas vigoureux dans le combat les bras de ceux qui s’opposent à qui est en » son eau; la terreur sera devant Sa Majesté, le débarrassant, quand est fait combat, de » ceux qui sont sous son influence ; la crainte de Sa Majesté les tuera, afin qu'il soit » donné que les choses rentrent dans l’ordre légal 2. »

Quelque usage et quelque abus que le style égyptien fasse de la métaphore et de Fhyperbole, il y a ici plus que de simples figures de rhétorique. Terreur et flamme rappellent les textes sacrés et montrent le roi remplissant dans la réalité des fonctions mystiques *. Il brûle comme la flamme les ennemis d’Osiris : « Il » venge tout dieu de celui qui l’outrage…. il est Ouadjit, dame du » feu; ceux qui s'élèvent contre lui, malheur à eux! » car, selon la glose, « il est la flamme dévorante dans la lutte contre les com- » pagnons de Sit ». Comme Rà, 1l « précipite son ennemi par la » flamme ; c’est son œil (qui) renverse les impies » ‘. Comme

1 Inser. de Karnak, I. 34-35 (CHapas, £4£., p. 196). — Dans la stèle d'Israël, le chef Libyen et son peuple partagent la panique : «Il a mis la crainte dans le cœur des » Machaouachas ; il à fait retourner les Libyens envahisseurs de l'Egypte, leurs cœurs » pleins d’une grande terreur de l'Egypte. Leur marche en avant s’est changée en fuite; » leurs pieds ne tinrent pas ferme, mais détalèrent; leurs archers lâchèrent leurs ares; » le cœur de leurs fantassins défaillit à la marche. Ils délièrent leurs tentes et les » jetèrent à terre; ils prirent leurs sacs et en abandonnèrent le contenu. Le chef vil et » vaincu des Libyens, il s'enfuit à la faveur des ténèbres, tout seul, point de panache sur » sa tête; ses jambes se dérobaient..…. Il est au pouvoir de tous les dieux seigneurs de » Memphis; le seigneur de Memphis a rendu son nom maudit. » (Chant triomphal de Ménéptah, st. d'Israël, L. 5-6 et 8-9 : SrreceLBerc, Æ. Z., XXXIV, 2-3, 12; Perraie, Six Temples, p. 13-14).

2 Stèle d'Amasis, an IT, 1. 6-7 (Daressv, 2. Tr., XII). — Cf. « J'accorde que les peuples » d’au-delà de la Méditerranée soient saisis de tes craintes, de manière que ta crainte » circule en tous les pays, et que tes épouvantements soient dans leurs cœurs... Je » tai donné que l'Occident et l'Orient s’inclinent devant tes esprits, qu'ils viennent le » dos plié à ta face. » (Table de Ficoroni, sous Nectanébo IL : Maspero, ap. Laraye, Divinités d'Alexandrie, p. 333).

3 « Le seigneur de l'Egypte était le feu de Soknmit contre eux, leurs os se calei- » nèrent dans leurs corps.» (Inscr. de Médinet-Habou, Ramsès IIL : Dümicuen, Æ. L., 22-27; CHapas, Et., p. 140).

4 Hymne à Râ (Pap. Boulaq, col. 3, L 6-7 : Manette, t. un, pl. 41; Grépaur, 140: CHRONO ET):

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