‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 64 sur 433 · BEAUTÉ DU ROI · texte numérisé non relu

BEAUTÉ DU ROI

et force, puissance et courage, sagesse et bienfaisance. Plus que les qualités réelles des souverains, inscriptions officielles, ou exercices de composition des scribes, lettres privées, odes, épopées, récits romanesques, célèbrent les qualités dont les souverains voulaient passer pour dotés. On y voit sinon ce qu'ils furent, du moins l'idéal qu'ils se proposaient. L'histoire dédaignerait ; une étude morale ne saurait y méconnaitre un profit autre mais non moindre.

Par sa vue seule le roi réjouit l'Égypte. Sa beauté, sa prestance, sa vigueur charment les yeux. On ne se lasse point de le voir; on ne se fatigue point de l'entendre. La nature entière s’unit à la population égyptienne dans cette joie, car dans le Pharaon elle reconnait le Fils de ce Soleil qui la rend heureuse. Les hymnes célèbrent la beauté, la face radieuse du Soleil : or, comme Ptah le créateur, comme Rà qui se manifeste dans l’astre du jour, le roi paraît toujours « beau de visage » no/fri-ho, dieu « au frais » visage »'. La poésie et la langue vulgaire même multiplient les comparaisons entre sa beauté et celle du Soleil”. Elles prêtent à son visage les mêmes rayons qu’à l’astre, et l'uræus de sa coiffure les symbolise. Son palais est comme le point du ciel d’où s’épanche toute lumière :

« Le roi paraît comme le soleil de l'Egypte ; on aime son image ; sa demeure est

» comme l'horizon lorsque le soleil s'y trouve ; Amon-Rà se réjouit en voyantses splen- » deurs à ».

Son noble aspect inspire partout l'admiration et met le monde en fête :

« Que ton apparition est belle, Ô roi vainqueur comme Rà brillant au matin... Tous » les hommes adorent ta force ; nous te faisons les millions de fêtes que Rà accorde à » ta royauté À ».

À le regarder, la gaîté se répand. « Il est éclatant de la lumière

1 Statue de Zod-Khonsou-aoufânkh à Louqsor (Daressv, R. 77., XVI, p. 58-59). Sur le sens solaire de ce titre, cf. Gnésaur, Hymne, p. 279.

2 Cf. chap. I, p. 13-16.

3 Médinet-Habou, mur $. (Daressy, p. 181).

ID d Ep 1197

» d’Aton (le disque solaire); le plaisir d’Aton qui brille dans » le ciel, il met en joie la terre... La terre en s’éveillant, » manifeste sa joie de posséder sa personne... » ; et ses bons serviteurs « sont réjouis en le voyant, sans que leurs » yeux cessent de voir Aton journellement »'. L’entendre non moins que le voir fait les délices des favoris : « Qu'il est beau » le jour de ton arrivée! Que ta voix est douce en parlant!» ° Les termes qui, à Médinet-Habou célèbrent cette beauté, le cèdent à peine en enthousiasme à ceux qui chantent la vaillance de Ramsès [IT :

« Admirable dans sa royale élévation, semblable au fils d'Isis.….; gracieux avec la » couronne blanche et avec la couronne rouge : beau de visage avec la double plume » comme Toum ; il est aimable comme Phrà à son lever matinal ; gracieux lorsqu'il est » assis sur son palanquin, semblable à Osiris orné de ses parures ; les couronnes d’Horus, » de Sit, du vautour, de l'uræus, du Midi et du Nord ont pris place sur sa tête; ses » mains tiennent la crosse et le fouet... Il est très aimable en roi, semblable à Shou fils » de Phrà. À son lever on se réjouit en lui, comme au lever de l’astre solaire ? ».

Tel il apparaissait à ses peuples, lorsqu'il se montrait à eux environné du pompeux cortège qui défile dans les peintures de la grande cour à Médinet-Habou. Tel encore, quand il partait en guerre « admirable à voir sur le champ de bataille » *.

Théoriquement, tous les rois d'Égypte sont des dieux beaux : en fait, plus d’un d’entre eux étaient de beaux hommes. Volontiers ils exaltent leur force comme leur beauté, et « taureau fort » n'entre pas que par métaphore dans la série de leurs titres.

Nous pouvons les juger comme {els de nos contemporains, mieux certes que ne le pouvaient leurs sujets, tenus à distance par leur respect et la garde royale. Les momies royales trouvées

1 T. de Aï à Hagi-Qandil (Daressy, R. Tr., XV, p. 46-49).

? Epitre d'Amonemapt (Pap. Anastasi III, pl. 6-7, Capas, Æ4., p. 219). — À plus forte raison la reine « celle qui a la voix douce, et dans les mains de laquelle il est beau » de voir les sistres. » ([nscr. d’Aï, Hagi-Qandil, 1. 20-21 : À. Tr. XV, 49.)

3 Médinet-Habou, Inser. de l'an VIII, 1. 7-10 (CHABAs, p. 247-248). — Cf. Inscr. de l'an XI, 1. 14-17 (Dümicnen, Æ. Z.; pl. 18; Lier, À. Tr., I, 97; Daressy, p. 81) : «Il » est beau lorsqu'il paraît sur le trône de Toum, on l’acclame, on se réjouit; c’est » un dieu bon, un divin enfant admirable, .…. beau dès l'enfance, comme le fils d’Isis. »

: Ménéptah, stèle d'Israël, 1. 2 (Srreceserc, Æ. Z., 1896, p. 1; Pernie, Six femples, pl. 13).

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