‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 88 sur 433 · LES GUERRES DES DIEUX · texte numérisé non relu

LES GUERRES DES DIEUX

rotou ou romilou (1. 26-27) c’est-à-dire les Égyptiens mettent à son service leurs bras et leurs arcs : un grand combat commence contre les ennemis de Rà, c’est-à-dire sans doute les hommes étrangers à l'Égypte ; mais Rà arrète le carnage (1. 30-36) et permet aux coupables de se racheter par les sacrifices d'animaux".

La guerre d'Horus contre Sit est connue par des allusions perpétuelles dans les hymnes ou les textes funéraires des Pyramides et des papyrus, par une stèle du British Museum? et par un récit détaillé gravé au temps des Ptolémées sur les murs du temple d'Edfou *. Allusions et récits présentent la lutte sous des aspects très différents. Dans les textes funéraires, tantôt c’est une querelle personnelle où les deux adversaires se prennent corps à corps, tantôt leurs partisans les soutiennent et se battent avec eux, souvent interviennent des témoins et des arbitres qui départagent les rivaux. Les récits d'Edfou racontent plutôt la grande guerre, avec marches et contremarches, batailles rangées, prises de villes, conquête du pays entier ; cependant la tradition toujours flottante et trois séries de tableaux, d'hymnes et de narrations opposent de très notables variantes. Les Grecs“ ont tant bien que mal amalgamé des détails pris aux divers états du mythe.

Dans les deux légendes de Rà et d’Horus, la même cause suscite la guerre : complot ou conspiration (oua) des hommes « qui » trament des choses mauvaises » *, ou des ennemis d'Horus « qui » conspirent contre leur seigneur » ‘. La qualification de « rebelles » mesiou bachoudou ou badachou, « fils de la rébellion » ou « fauteurs de rébellion >’ est souvent donnée par le Livre des

1 Les modernes qui n’admettent pas la primordialité du sacrifice expiatoire expliquent : « On remplaça alors le sacrifice du dieu par le sacrifice au dieu ou au mort : l'être adoré » ne reçut plus le « coup » consécrateur qui faisait de lui une victime divine; ce fut » l’auteur de la mort des dieux et des hommes, Sit et ses substituts les animaux typho- » niens qu'on immola dans le service sacré. » (Morer, Royauté, p. 155; cf. Huserr et Mauss, Le Sacrifice, p. 128).

2 Stèle de Chabaka (cf. supra, ch. xx1, p. 107, n. 5).

3 Navizze, Mythe d'Horus, 1870, pl. 12; J. ne RouGé, Mél. Arch., II, 299-301; Bruescx, Die Sage von der geflügellen Sonnenscheibe; Masrero, B. Eg., H, p. 313-336 ; Wienogmann, Religion, p. 38-42.

4 Hérovore, IL, 444, 156; Dionore, I, 21, 25; PLuranque, De side, 19 et passim.

5 Destruction, 1. 12.

6 Navizze, Mythe d'Horus, pl. xu, 4.

1 Cf. pe Roucx, £tude sur le Rituel funéraire, p. 56; Cuaras, Mél., IT, 87-88.

Morts aux ennemis d’Osiris et de Rà. Sit est «le chef des rebelles » qui lance dans les espaces célestes son cri de guerre malfaisant”. Diverses allusions montrent «lesrebelles » paralysés, immobilisés, impuissants?, détruits dans Sakhem”, anéantis sur l’escalier de Chmounou ‘, décapités par Râ Ÿ, écrasés par Sokhmit-Bast°. Parfois ils remportent quelques victoires passagères, « un jour d'avan- » tage pour les enfants de la rébellion » * et célèbrent une fête à cette occasion . Aussi sont-ils redoutés *. Mais les ennemis du dieu échouent dans une défaite finale ; ils sont renversés, massacrés, égorgés!; ceux qui ne périssent pas dans le combat sont garrotés!!, confiés à la garde de Gab (Sib)*, remis à des bourreaux qui les torturent, les décapitent, les dépècent en les plongeant dans des fournaises *, ou exécutés par Horus luimème qui les renverse, les traine du lieu où ils sont tombés à la chambre d’immolation de l'Orient, coupe leurs têtes, sépare leur cou, tranche leurs cuisses et les livre au Grand anéantisseur de la Vallée #.

Terrible aux vaincus, la guerre apportait aux vainqueurs agréments et profit. Les mythes de Rà et d'Horus, ce dernier surtout, avec leur aspect historique et religieux, l’expliquèrent et la légitimèrent. Une origine reculée au temps des dieux lui donnait ce caractère traditionnel, signe infaillible de vérité et de justice aux yeux des Égyptiens.

Aussi est-ce à l'exemple des dieux que les rois font la guerre. Pour eux, successeurs et descendants des dieux, venger la cause des dieux sur les impies est un devoir de famille inéluctable et pressant”. Tous les ennemis des dieux dans le monde invisible comme dans le monde visible sont leurs ennemis, par héritage : les combattre prouvera la légitimité de leur pouvoir, en même

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4 Jbid., XNII, 3, 48. L 1 Zbid., XVIX, 53; XVII, 3.

5 Jbid., CXL, 11. 12 Jbid., XIX, 14; CXLV, 78.

6/7bid, CLXEN, "3. 5) Ibid, XNA, 57 sq. 65 sq.

7 Pap. Sallier, IV, 6, 8. 14 Jbid., XIX, 13-14.

SANT US XCIITS 5 A6: 15 Cf. supra, chap. u, $ 4, p. 81-92.

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