PATRIOTISME
Josèphe. Aménôthès fils de Paapis, ministre d'Aménôthès I, avait prémuni les frontières du Nord contre les invasions! que repoussèrent plus tard Ménéptah et Ramsès [I ; la légende fit de lui un mage qui réclama l'expulsion des Impurs au roi quand celui-ci voulait contempler les dieux, puis se tua pour appuyer ses prophélies sur les maux de l'Égypte. En effet, les Impurs, réunis à Avaris, organisés par Osarsyph ou Moïse, alliés aux Pasteurs de Jérusalem, brulèrent les villes et les temples, égorgèrent et mangèrent les animaux sacrés et ne se retirèrent qu'après treize ans, battus par Aménophis et Ramsès, pour former en Syrie la nation juive.
Mythes anciens, souvenirs historiques et légendes entretenaient chez les Égyptiens un patriotisme religieux. Ils aimaient leur pays, et, quelque aventure qui les promenät par le monde, c'était toujours « le lieu où leur cœur séjourne »; ils souhaitaient y revenir morts ou vifs, et, par dessus tout, qu'un jour « leur » corps reposàt au pays où ils étaient nés »*°. Ils étaient fiers de leur patrie et applaudissaient Thotmès déclarant qu'il avait fait « de l'Egypte une souveraine tandis que les autres pays n'étaient » que des serfs » “. Ils aimaient et admiraient l'Egypte non seulement comme la plus douce des patries, le plus grand et le plus beau des pays, mais comme le royaume des dieux, ou, selon leur propres expressions, « le doux verger d’Osiris, le siège de Rà-Har- » makhis, le bel horizon de la Fortune »*. Les luttes contre les étrangers furent donc à la fois guerres nationales et guerres saintes, vraies croisades contre les mécréants.
Le prosélytisme n’échauffait pourtant point les Égyptiens, pas plus qu'aucun peuple de l'antiquité. Leur dévotion était jalouse.
1 « Je mis des équipes à l'entrée des routes pour repousser les étrangers s'ils s’ar- » rêtent, car ils entourent des deux côtés l'Egypte, afin que ceux-là pussent observer les » allées et venues des Bédouins. De même aux bouches du Nil, tenues fermées par mes » officiers avec les équipages de la marine royale. » Stat. Caire, n° 212, 1. 32 (MarieTte, Karnak, pi. 37; Brucscn, Gesch., 404; Ægypt., 257).
2 ManÉTaon, ap. Josèpne (Muczer-Dinor, Fr. Hist. Gr., H, 578-681); Tu. ReINacn, Textes relatifs au Judaïsme, p. 13-20, 5T, 115-120, 195-128, 253-254, 303-304; Maspero, H40r, IT, 448-449.
3 Aventures de Sinouhit (Masrero, Contes, p. 109-110).
4 Stèle du Caire (pe Roucé, Z. A., pl. 22, 1. 31; Masrero, A. Or., I, 327, n. 1). 5 Conte de Sénosiris (Masrero, J. d. Savants, 1901, p. 482; Contes, 3e éd., p. 142).
Chacun avait ses dieux dont il ne songeait guère à partager les faveurs avec des néophytes étrangers, Puisqu’on attribuait à ses dieux ses propres succès, c’eût été folie et trahison envers soimême que d'abandonner aux vaincus de la veille le gage de la victoire.
Les rois égyptiens ou leurs lieutenants contraignent, il est vrai, leurs ennemis à rendre hommage aux dieux de l'Égypte. Ramsès IIT est fier d’avoir « déraciné » les nations étrangères et de les avoir ramenées en Égypte « esclaves agenouillés, soumis à ses » divinités »'. Déjà sous la vi° dynastie, Hirkhouf annonçait aux générations futures qu'il avait persuadé les Nubiens de l’Amamit et les Timihou du désert « d’adorer tous les Esprits de Pharaon » *. La xvin dynastie fit davantage ; elle ne se contenta pas d’un hommage quelconque à ses dieux ; Thotmès [IT édifia dans plusieurs villes de Syrie des temples d’Amon et du roi : là les Asiatiques soumis apportaient avec leurs adorations leurs tributs annuels”. Peut-être en avait-il été de même dès la x1° dynastie, s’il faut voir un rapprochement intentionnel dans les dernières lignes de stèle d’Antouf, où il raconte qu'après une expédition au pays de Aal..., y étant resté comme gouverneur d’une ville, il « la » rendit plus prospère qu’une ville d'Égypte, la purifia, la sanc- » tifia, y établit les mystères et la religion dans ses temples et le » demeures de ses habitants », et « régla les tributs des princes » f. Les Égyptiens voulaient forcer les étrangers à reconnaitre leur propre suprématie en les prosternant devant les dieux de l'Égypte, nullement les convertir, les faire changer de culte et délaisser Beal pour Amon. Ne valait-il pas mieux laisser les vaincus invoquer des protecteurs déjà humiliés et partant peu dangereux ?
Dans une scission religieuse qui eût lieu à Napata, la mort
1 Médinet-Habou, 2° pyl. S., face O., Inscr. de l'an V, 1. 17-18 (Daressy, p. 410). 2 Tombeau d'Hirkhouf (Serxe, Urkunden, I, 124; Masrero, Rev. Crit., 1899, II,
H. 0. 1., 439). à $ Pap. Harris, pl. 68 À, 1. 1 et pl. 9, 1. 1-3. — Lettre des habitants de Tounipa (BezoLp- Bupce, n° 41, p. Lxx-Lxx1). — Inser. de Ramsès II (Brucsen, Rec., IL, pl. 64; Gesch.,
p. 514. — Cf. Masrero, A. O., II, 271).
# Si, de plus, la stèle d’Antouf (Louvre C 26 : ne Roucé, Catalogue, p. 89 ; Preur, /nscr., p. 12; AméuiNeau, Zvolution, p. 146 et 362) ne date pas dé la xvime dynastie.