‹ Le régime socialisteChapitre 16 sur 57 · tj · texte numérisé non relu

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La rétribution annuelle du travailleur du métier B est neuf fois plus forte que celle du métlër~ST " ' "

Donc en règle générale, dans le régime socialiste l'écart des rémunérations, au-dessus ou au-dessous de la rémunération normale, tendra à croître ou à décroître en progression^géométrig^ue de^récart^ entre le temps de travaiTITôurni et le temps 3ëTr à vaH normal.

Comment une pareille inégalité dans la rétribution ne tendrait-elle pas à se détruire elle-même ? Comment l'afllux des travailleurs vers les métiers manquant d'bommes ne viendrait-il pas, et très vite, rétablir l'équilibre? Il est évident qu'en régime socialiste :

P Le nombre des travailleurs s'oITrant pour chaque métier ;

2*^ La quantité de travail à fournir pour chaque travailleur dans les divers métiers ;

S*" Les diirérents coefficients de valeur de l'heure de travail dans les divers métiers ;

4** Finalement la rétribution annuelle de chaque travailleur dans les divers métiers, graviteront naturel-

lement dans un cercle étroit autourdu nombre normal, de la quantité normale, du coeflicient normal (coefficient 1), de la rétribution normale, et que la quasiégalité économique tendra à se réaliser d'elle-même.

Il faut nous occuper maintenant de la seconde catégorie de choses que nous avons réservée : celles qui sont limitées en quantité de telle façon que la demande ne peut être couverte par un surcroît immédiat de travail.

Quelle sera leur valeur?

Un élément nouveau est introduit ici, la rareté; rareté naturelle^ dans le cas d'un produit dont les qualités lîënhent à certaines qualités du sol ou du climat, comme il arrive pour le chambertin ou le closvougeot; rareté humaine, dans le cas d'un produit qui doit sa supériorité aux facultés éminentes de l'auteur, comme il arrive pour une œuvre d'art.

Par ce seul fait qu'il y a rareté, c'est-à-dire que la quantité des produits ne peut satisfaire à la demande qui en est faite, le besoin non satisfait reparaît et intervient pour faire varier la valeur ; la concurrence entre demandeurs agit, suivant la vieille et fameuse loi de l'offre et de la demande, pour faire baisser ou hausser le prix de la chose à évaluer ^

Mais là aussi il est aisé de trouver un régulateur automatique de ces variations. Il suffit de modifier la valeur normale de l'objet par un nouveau coefficient, qui, cette fois, représentera, non plus le rapport de la demande à l'offre du travail^ mais le rapport de la demande à l'offre du produit.

Lb. récolte annuelle a fourni, par exemple, 10,000 bou-

^ Voir ITyndman t Economies of socialism, p. 244, note (London, The twenUiieth century yress. 1896).

teilles de clos-vougeot. Pour déterminer le prix d'une bouteille, nous calculons, suivant la formule, le prix normal d'après le nombre d'heures qu'en a coûté , la production. Mais supposons qu'il y ait 100.000 demandes, le prix normal doit être multiplié par le

coefficient ,^ !. ^ , c'est à-dire 10.

On dira : Tel objet rare, un tableau, un livre peut être désiré par deux ou trois personnes seulement, mais avec une telle intensité de désirs qu'elles soient prêtes à de grands sacrifices pour l'acquérir. En cas pareil suffira-t-il du coefficient obtenu suivant la méthode que nous venons d'indiquer pour modifier et élever à la hauteur du désir ressenti la valeur de l'objet désiré? Et encore, si l'objet est unique et disputé, à qui l'attribuera-t-on?

Il est aisé de répondre à cette objection. Le coefficient déterminé d'après le rapport de l'offre à la demande du produit fixe seulement le prix social de l'objet, ou, pour parler plus clairement, sa mise à prix. La société est alors comme un propriétaire qui vend au plus offrant; le prix réel peut être au-dessus ou audessous de la mise à prix, suivant que les demandeurs retireront ou maintiendront leurs offres après la détermination mécanique de ce prix de vente moyen, destiné à donner un point de départ aux enchères L'objet ou les objets disputés seront, en définitive, adjugés à celui ou à ceux qui les auront cotés le plus haut.

De la sorte, les choses rares s'acquièrent au moyen d'une surenchère, comme dans la société actuelle; la différence (et elle est notable, d'ailleurs) est qu'en régime socialiste la société entière bénéficie du surplus de valeur donné aux choses; que par conséquent le surcroît du prix payé pour les acquérir augmente le

total du revenu social et se répartit entre tout le monde. Libre à qui en a envie de se procurer des choses rares, dans les limites de ses ressources ! Seulement, celui qui se paie une jouissance supérieure à la moyenne apporte aux autres, à tous les autres, une compensation, en leur fournissant par là même de quoi augmenter le nombre et la qualité des jouissances qu'ils peuvent se procurer à leur tour. Il y a ainsi une terï-» dance naturelle à l'équilibre du superflu.

§ 3. Za rémunération du travail. — Une fois que nous savons déterminer la valeur d'une chose quelconque, et, par suite, l'équivâTëïïcelîesïïifl'ei^ënts produits en heuresje^tjiavan, le problème de la rémunération du travail peut se résoudre aisément.

Répartition du travail et répartition des fruits du travail doivent se faire exactement pendant; ce sont^ à proprement parler, deux aspects d'une même organisation, considérée tour à tour du point de vue de la production et du point de vue de la consommation.

Pour la répartition du travail on a dressé un budget de la besogne à exécuter. On a calculé d'avance le nombre d'heures de travail nécessaires à satisfaire les besoins de la nation entière, ce que nous avons déjà appelé le besoin social] l'entretien des services publics et celui de l'outillage rentrent dans le total prévu. On a pu déterminer ainsi pour chacun un temps de travail normal qui peut être modifié, nous l'avons vu, par l'afflux plus ou moins grand des travailleurs dans tel ou tel corps de métier.

Pour la répartition des fruits du travail il faut, par un procédé analogue, calculer d'abord, non plus avant, mais après le travail accompli, VQn^^QuûÀQ au revenu social en produits agricoles et manufacturés. Ce total est indispensable pour établir les dividendes que la

société aura ensuite à répartir entre tous ses membres. Non pas qu'il y ait lieu de partager intégralement cette richesse entre tous les travailleurs qui l'ont créée. La formule courante qu'en régime socialiste l'ouvrier recevra le produit intégral de son travail est une formule inexacte. Il est bien Vrai qu'il n'y aura plus, comme de nos jours, de prélèvement capitn liste, allant à quelques privilégiés, sous prétexte qu'ils ont le monopole de la terre et des moyens de production. Mais il est vrai aussi que la société devra prendre sur le montant de la richesse sociale de quoi remplir certaines obligations qui lui sont imposées.

1° Il est sage de garder en magasin, pour parer à une insuffisance possible de la récolte, une partie de la récolte rentrée. Il est bon, en un mot, d'instituer régulièrement une épargne collective^ qui permettra de faire face à des dangers éventuels.

2*^ Il est nécessaire de réserver une certaine quantité de produits destinés à l'échange international, diminution qui sera d'ailleurs compensée par une quantité équivalente d'autres produits. C'est un simple virement. Puis il y a lieu d'ajouter au nombre des producteurs directs de la richesse nationale un certain nombre de personnes qui, àdeux titres divers, ont droit aussi à une part des dividendes.

Ce sont d'abord ceux qui ne peuvent pas ou ne peuvent plus travailler (enfants, vieillards, malades, infirmes). Ce sont ensuite tous les membres de la société dont le travail, quoique producteur d'utilités sociales, ne laisse après lui aucun produit matériel susceptible d'être réparti (tels les pr(>fesseurs, les médecins, les employés d'administrations publiques, etc.). Une fois qu'on a établi de la sorte le nombre des coparlageants et la somme des produfts~à partager mesurée par la somme des heures de travail qui ont

servi à les créer, une simple division du dernier chiffre par le premier donne le revenu normal ou moyen de chaque individu. — ^^^^;=___.— ~

Il n'y a plus, après cela, qu'à opérer la répartition au prorata des heures de travail accomplies par chacun, el le revenu de chacun devient alors, suivant le coefficient de son métier, égal, inférieur ou supérieur, mais toujours dans des limites fort restreintes*, au revenu normal.

Ce revenu est toujours suffisant et plus que suffisant, puisque la somme dé" travail a été calculée de façon à satisfaire non seulement les besoins essentiels, mais les autres. Et de plus il doit être grossi de la quantité des jouissances que la société offrira gratuitement à tous ses membres.

Le jevenu de .chaque individu se compose donc, à vrai dire, de deux parties : i° d'une somme de jouissances qui sont collectives en ce sens qu'il les partage avec tous les membres de la société ; 2° d'une somme de jouissances personnelles qui est proportionnelle à son travail personnel.

Ces règles générales posées, il reste pourtant quelques cas particuliers qui méritent attention.

Quelle part de revenu sera accordée à ceux qui n'auront pas travaillé? Le montant en peut varier selon la générosité de la nation. Elle seule peut le fixer. Mais, comme tout le monde a intérêt à ce que vieillards et enfants soient bien traités, comme toute famille est aussi exposée qu'une autre à avoir ses malades et ses infirmes, la lésinerie est peu à craindre en pareille matière.

Quant à ceux dont les services no se traduisent pas

* Voir page 174.

en produits palpables, la rémunération peut être, la plupart du temps, calculée d'après les mêmes principes que celle des autres travailleurs. Il est facile, par exemple, de compter les heures de travail d'un employé de chemin de fer comme celles d'un ouvrier d'usine. Il est facile aussi de déterminer, d'après le rapport du travail offert au travail demandé, le coefficient spécial qui donnera sa valeur définiLive à l'heure de cet employé.

Sans doute il peut subsister encoie quelques difficultés de détail. On peut se demander si, pour calculer les heures de travail du professeur, on prendra seulement l'heure de la leçon, l'heure brute, pour ainsi dire, ou si l'on y ajoutera, comme il serait juste, les heures de préparation. On peut se demander comment il sera possible d'évaluer les heures de travail d'un médecin ou d'un pompier, de tous ceux qui ont à la fois des occupations discontinues et l'obligation de se tenir en permanence à la disposition du public.

Il me paraît que pour les professions de ce genre la société pourra et devra intervenir. Imposant, comme de nos jours, des conditions de capacité qui seront de nature à réduire le nombre des concurrents, elle aura par là même le droit de fixer directement par son vole des honoraires qui seraient autrement très difficiles à évaluer.

On peut en dire autant des savants, des artistes, des inventeurs. La valeur souvent énorme des résultats de leur labeur ne pouvant se mesurer au temps qu'ils auront coûté, la société sera toujours libre d'encourater une activité si précieuse pour elle en leur octroyant largement les moyens d'existence et de travail, en leur assurant des loisirs féconds et heureux comme à des êtres rares ayant bien mérité de la nation. La société, par les primes qu'elle offrira ainsi au travail

vraiment créateur, décidera elle-même des progrès qu'elle voudra réaliser et du rang qu'elle voudra occuper parmi les peuples civilisés.

§ 4. Echange et distribution. — La rémunération des travailleurs réglée (et c'est le point capital), il faut encore dire quelques mots du mécanisme de l'échange et de la distribution.

La société met en circulation une somme de bons sociaux correspondant à la somme des heures de travail représentées par la somme des produits à distribuer. Ces bons sont, par les soins de chaque corps de métier, répartis entre les travailleurs de ce métier. Ils sont personnels, nominatifs, incessibles, et ils expirent avec celui qui en est titulaire. Chaque travailleur a son carnet, son compte courant, pour ainsi dire, où sont marqués d'une part ce qu'il a droit de réclamer et d'autre part ce qu'il demande au fur et à mesure de ses besoins.

Les bo7is sociaux deviennent ainsi une monnaie de valeur invariable et garantie par des produits existant réellement en magasin. Ils remplacent avec avantage en cet office l'or et l'argent qui ont toujours cet incorrigible défaut d'avoir deux valeurs ditférentes, l'une réelle et l'autre nominale, puisque les métaux précieux sont en même temps une marchandise soumise aux variations de l'offre et de la demande et une matière monétaire devant à la loi une fixité de prix toute conventionnelle ^

Où ces bons sociaux pourront-ils s'échanger contre ce qu'ils représentent? Plus de boutiques innombrables et concurrentes, où tout achat est un combat de ruse et de patience entre le vendeur et le client ; où le temps

* Il se peut que l'or serve encore à parfaire la différence, ou, comme on dit, à faire la soulte dans les échanges internationaux.

se gaspille d'une part à faire rarticle et de l'autre à marchander interminablement ; où la nécessité de prélever sur le prix des choses la dime de l'intermédiaire aboutit au renchérissement de tout, et, mauvaise conseillère, pousse au hideux frelatage de denrées qui a empoisonné tant de générations ! La société devient l'intermédiaire unique entre consommateurs et producteurs ; elle économise ainsi une quantité de forces et de peines actuellement perdues par l'éparpillement du commerce.

Partout où cela est nécessaire, et là seulement, s'élèveront des entrepôts, nationaux ou communaux, où figureront, avec leur prix de revient et leur qualité fidèlement estimée, les échantillons de tous les produits sociaux. Les « grands magasins » d'aujourd'hui peuvent déjà donner une idée approximative de ces vastes bazars où chacun pourra faire son choix à l'aise et échanger des bons contre des objets d'une valeur correspondante. C'est une simple affaire d'aménagement intérieur de mettre à la portée aes villages, au moyen de succursales, de télégraphes, de téléphones, les facilités d'approvisionnementjusqu'ici réservées aux villes. Les frais de transport, qui aujourd'hui font monter si fortement le prix des choses, rentreront dans les frais généraux supportés par la communauté et pourront même être réduits à néant, s'il lui plaît d'organiser l'exploitation des messageries en service public gratuit.

Je ne m'amuserai pas d'ailleurs à suivre dans le détail infini de leur application les principes que je me suis attaché à établir, à montrer, par exemple, comment entre les entrepôts et les différents corps de métiers'établira un va-et-vient distribuant les produits, au mieux de l'intérêt général et particulier, sur toute la surface du territoire ; comment chacun sera libre de satisfaire ses goûts et pourra, s'il le veut, voyager hors G. Rbnard. 11

de son pays en se faisant donner sur l'étranger une lettre nationale de crédit, qui, par une simple opération de comptabilité, rentrera dans la balance de l'échange international. Avec un peu d'imagination il est aisé de se figurer le fonctionnement des rouages secondaires, dont sera nécessairement compliquée l;i machine sociale ; il me suffit d'avoir indiqué, aussi nettement que je l'ai pu comment est possible et praticable rageusement des pièces maîtresses.

Le voyageur sur le point d'arriver au sommet de lu inontagneiiiiil a patiemment gravie se retourne souvent pour embrasser du regard l'espace qu'il a parcouru. Ainsi veux-je, en achevant cette étude, jeter un coup d'oeil rapide sur la route que j'ai suivie.

Elle se divise en trois étapes. J'ai passé en revue, dans la première^,, une série de principes généraux fournis par la science de l'homme et par celle des sociétés; dans la seconde et la troisième, les consé-quences sociales qui en découlent." "'

Autrement dit, dans la première partie de ce travail, j'ai tâché d'établir sur un terrain solide les fondations philosophiques et juridiques de la société q^ui se côns^ truit lentement, non pas seulement dans le cerveau des penseurs, mais sur le terrain de la réalité, derrière la façade lézardée de la société contemporaine. J'ai mis à" nu et à l'épreuve les assises sur lesquelles reposera cette vaste Coopérative nationale où le bien-être et la liberté des individus doivent résulter de rassociation des hommes et de la socialisation des choses. La règle étant que dans toute grande transformation historique le droit idéal de la veille devienne le droit positif du lendemain, je pourrais dire que, en vue de la revi-

sion nécessaire et prochaine du droit ayant eu cours au xix'^ siècle, j'ai préparé pour la Constitution sociale du siècle qui vient les matériaux dont peut se former une Déclaration nouvelle des Droits politiques et économiques de V homme et du citoyen.

Dans les deux dernières parties, sans prétendre à dessiner un tableau complet de la société future dans son infinie complexité, j'ai tracé les grandes lignes de la double organisation qui permettra de faire passer ces droits au rang des réalités vivantes.

Je m'arrête au seuil d'une étude toute différente, qui serait le complément naturel de celle-ci : Quels sont les voies et moyens les meilleurs pour passer de ce qui esta ce qui doit être?

Une profonde transformation sociale comme celle du régime capitaliste et bourgeois en régime socialiste et vraiment démocratique, peut s'accomplir de deux façons différentes, non contradictoires, par révolution brusque et violente, par évolution lente et douce.

Une révolu tion ne se fait pas suivant un programme. L'impi-evu y joue un rôle immense; l'élan fougueux des uns et la résistance aveugle des autres ont pour résultante un mouvement cahoté qui semble fantasque et incohérent à défier tout calcul.

L'évolution, marche normale des sociétés, se prête seule aux calmes études des théoriciens et seule est susceptible d'un tracé méthodique.

Tout homme aimant l'humanité doit, sans aucun doute, préférer l'évolution et souhaiter que la force intervienne le moins possible dans le règlement des affaires humaines. Mais, comme les souhaits les mieux intentionnés ne suffisent pas à garantir un dénouement pacifique au conQit des intérêts et des volontés, j'estime, ainsi que disait mon ami Malon, qu'il Jaut, être « révolutionnaire au besoinet réformiste toujours ».

Cela signifie que, pour préparer l'avènement de la société nouvelle, il faut concevoir et réclamer une | SQrie de réformes progressives, tout en se tenant prêt »" à profiter des crises qui peuvent accidenter la marche régulière des choses.

11 y aurait, par suite, deux ordres de questions h. traiter pour qui voudrait étudier la transition d'Aujourd'hui à Demain :

1° Quelle organisation donner au parti socialiste, pour qu'il soit fort et solidement uni aux jours de la lutte décisive?

2^ Quelles modifications successives. apporter à la société actuelle pour en adoucir et en accélérer la m'elàmorphose? II faudrait alors sur chacun des points que nous avons touchés au cours de ce travail un projet, presque un devis.

Cela fait (et cela serait matière à de nomhreuses études de théorie appliquée dont quelques-unes ont été déjà tentées), il resterait encore une autre tâche à remplir. Il faudrait, parmi les réformes possibles, choisir, pour en poursuivre la réalisation immédiate, les plus urgentes et les plus mûres; il faudrait, pour mener à bien chacune d'elles, travailler à faire converger les diverses actions exercées par les dilférents groupes socialistes; il faudrait discuter les ententes possibles avec les groupes voisins ; il faudrait, en un mot, résoudre, à mesure qu'ils se posent, les délicats problèmes d'une tactique qui, dans chaque pays, varie nécessairement au jour le jour, suivant la conduite des adversaires et les circonstances intérieures et extérieures. Mais, sans nier l'importance et l'intérêt de ce genre de problèmes, je crois qu'ils sont du ressort des hommes d'action et de la polémique journalière plus que des théoriciens et du livre.

J'ai limité mon ambition à dresser devant les yeux

ile tous ceux que préoccupe la question sociale une vue d'ensemble de ce qui me paraît juste, raisonnable et possible. Si l'on me demande à quoi est uli!c cette esquisse d'une société qui, tout en ayant ses racines dans la société actuelle, s'élève au-dessus d'elle et est ainsi à demi idéale, je répondrai que montrer l'idéal, c'est d'abord créer une tendance à le réaliser ; que c'est ensuite fournir à ceux dont la poussière du combat peut troubler et gêner la vision le seul moyen pratique de discerner si telle ou telle mesure proposée est bien orientée dans le sens de l'avenir. Chaque fois qu'une société fait un pas, on ne peut juger si c'est un recul ou un progrès sans regarder à l'horizon le point où elle doit aboutir. Pour savoir si l'on est dans le bon chemin, il faut savoir où l'on veut aUe.r.

L'œuvre que j'achève, pourimparfaite qu'elle soit, aura répondu au désir qui me l'a fait entreprendre, si elle dissipe quelques-uns des préjugés et des malentendus qui divisent les chercheurs de bonne volonté, si elle aide surtout les hommes à s'acheminer au bonheur par la liberté, et à la liberté par une organisation sociale équitable et rationnelle.

Et maintenant va et suis ton destin, petit livre, où j'ai mis le meilleur de moi-même, ma pitié pour ceux qui souffrent, ma foi en l'avenir, mon amour de la juslice et de la vérité. Puisses-tu faire penser ceux qui te liront et susciter en eux, avec les critiques fécondes qui corrigent et complètent l'ouvrage critiqué, la résolution calme et inlassable de rendre plus humaine, plus fraternelle, plus rayonnante la société où vivront nos successeurs sur la terre !

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