‹ Le régime synodalChapitre 4 sur 6 · SYNODE ADMINISTRATIF ET DISCIPLINAIRE · texte numérisé non relu

SYNODE ADMINISTRATIF ET DISCIPLINAIRE

On entendrait par là un Synode officiel dont les décisions doctrinales ne seraient pas soumises à la sanction du gouvernement, et dont l'autorité, en matière dogmatique, serait purement morale. Dans les questions d'un autre ordre, son autorité demeurerait entière; il exercerait une haute discipline et réprimerait tout ce qui pourrait troubler et scandaliser l'Eglise. C'est cet ordre de pensée qui a plus ou moins inspiré les deux projets de transac-

tion qui depuis le dernier Synode ont été formés pour rapprocher les orthodoxes des libéraux, le projet de Paris et celui de Rouen. « Les bases du premier de ces projets étaient les suivantes (1) : Les délégués du parti libéral s'engageaient à reconnaître l'autorité doctrinale du Synode et son droit d'édicter, au nom de l'Eglise, des déclarations de foi. Ils reconnaissaient, dans la déclaration votée le 20 juin 1872, l'expression de la foi générale de l'Eglise, et ils afiirmaient qu'elle ne pouvait être, ni en elle-même, ni en son contenu, l'objet d'attaques de la part des pasteurs dans l'exercice de leurs fonctions. De leur côté, les délégués du parti orthodoxe renonçaient à exiger des candidats au ministère pastoral une déclaration expresse d'adhésion à la déclaration de foi; ils se bornaient à stipuler que l'acte de consécration constaterait que la déclaration de foi a été lue au candidat avant sa consécration. » Ce projet d'accord, proposé en mai 1876, fut l'objet de très vives attaques du côté orthodoxe, et d'autre part les libéraux réunis en conférence pastorale à Nîmes en donnèrent une interprétation qui le fit abandonner. On alla même jusqu'à dire qu'il reposait sur un véritable compromis de conscience et qu'il y avait quelque chose de peu sincère dans cet

(1) Nous le résumons dans les termes mêmes du Rapport des Jurisconsultes.

engagement pris par un candidat de respecter des articles de foi auxquels il se réservait de refuser son adhésion intérieure. Le reproche était exagéré. ( >n peut en effet ne pas adhérer par une conviction intime à tous les points d'un symbole et reconnaître cependant sincèrement que ce symbole doit être respecté. Mais, en pareille matière, il faut éviter jusqu'à l'apparence de l'équivoque, et le fait même que ce projet a été d'emblée interprété en deux sens opposés montre qu'il manquait de clarté. Celui qui fut proposé quelques mois plus tard à Rouen supprimait l'article qui exigeait l'adhésion des futurs pasteurs à la déclaration de foi synodale, il ne voulait de cette adhésion préalable ;ï aucun titre, ni directement, ni indirectement sous forme d'engagement à la respecter; il demandait que le Synode autorisât tout formulaire de consécration qu'il ne trouverait pas en contradiction avec la foi de l'Eglise. Le Synode n'aurait donc plus eu d'autorité préventive en matière de doctrine, mais il aurait gardé toute son autorité répressive. Il n'aurait pu ('■dicter d'avance aucun formulaire restrictif de la liberté de pensée ; il aurait pu, en se plaçant sur le terrain de la discipline, sévir contre toute manifestation d'opinions qui auraient troublé l'Eglise et scandalisé les âmes (I).

(1) Voir le remarquable rappjrt de M. le professeur buliatier sur

Je ne veux pas entrer dans un examen approfondi de ce dernier projet d'accord. Il était inspiré par un sentiment très profond et très juste de la situation douloureuse de l'Eglise, par un désir très sincère d'arriver à une solution équitable de nos difficultés, mais sur deux points il prêtait le flanc à des attaques qui sont venues de deux points opposés. Tout d'abord, il était conçu en termes vagues, et le vague ici c'est l'arbitraire ; or, dans un projet de conciliation, rien n'est dangereux comme l'arbitraire qui ouvre la porte à tous les malentendus. Il est dangereux d'accorder à une assemblée une autorité qu'on appelle morale et qui n'est pas clairement délimitée, car cela peut être tout', et cela peut n'être rieu.

La seconde critique que l'on a adressée au compromis de Rouen portait sur la distinction qu'il prétendait faire entre l'action préventive et l'action répressive du Synode. Il lui refusait la première, le Synode ne pouvait rien empêcher d'avance, il ne pouvait, par exemple, édicter aucun formulaire obligatoire, mais il pouvait sévir contre telle ou telle manifestation publique de la pensée qui eût troublé les âmes. A l'appui de cette idée, le projet alléguait que c'est la tendance toujours plus marquée

les dangers qui menacent l'Eglise réformée et les moyens de rétablir la paix dans son sein. Paris, 1876.

des Etats modernes de substituer la simple répression à la prévention. Nous accordons qu'il en est ainsi en matière civile, politique ou criminelle ; mais on nous concédera qu'en matière d'éducation morale au contraire tout l'effort de la pensée contemporaine tend, en sens inverse, à substituer la prévention à la répression, à prévenir le mal pour n'avoir pas ù Le réprimer. C'est de ce côté-la qu'il aurait fallu chercher des analogies; chacun conviendra qu'il est plus loyal et plus digne d'une société religieuse de tracer d'avance à ceux qui veulent la servir les limites qu'ils ne doivent pas franchir, que d'attendre qu'ils' les aient franchies pour sévir contre eux, et pour sévir au nom de quoi, au nom de cette chose élastique et indéfinie qui s'appelle la conscience de l'Église. Une déclaration de foi, nettement proclamée, est (qu'on veuille bien le remarquer) une protection pour le prédicateur en même temps qu'une sauvegarde pour l'Église. C'est en ce sens que les Églises protestantes ont toujours entendu en faire usage. Le projet de Rouen tendait à substituer à l'autorité de la déclaration de foi celle du Synode lui-même ; comme on l'a remarqué avec raison, c'était, malgré la volonté expresse de ses auteurs, glisser vers le catholicisme, car ce Synode, non lié par une charte, non limité dans ses attributions, risquait de tomber dans l'arbitraire et de se trans-

former en concile. On lui donnait trop et trop peu.

Ajoutons enfin que le projet d'accord de Rouen, comme celui de Paris, a ét6 accusé d'engager les consciences dans la voie dangereuse et antiprotestante des compromis et des restrictions mentales. Ses auteurs demandaient en effet aux membres évangéliques du Synode d'approuver, à côté du formulaire de consécration exprimant la foi de l'Eglise, les autres formulaires dont les libéraux pourraient se servir; c'était trop vouloir exiger d'eux. Approuver en vue d'une consécration un formulaire qui se tairait sur la rédemption au moment où on vient d'en approuver un autre qui exprime toute la réalité de ce fait, serait un acte peu digne d'hommes de conscience et de foi. Des Synodes qui entreraient dans cette voie compromettraient bientôt leur autorité.

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