‹ Le Régiment des géants [microforme]Chapitre 12 sur 22 · USA · texte numérisé non relu

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pâles et les yeux baissés, répondirent à l’oraison selon le rite de l’église romaine.

— Portez armes! commanda Alpine le Rousr.

En respirant, la cohue fit un grondement sourd.

Les trois condamnés se relevèrent et repoussirent le bandeau qu’on voulait mettre sur leurs fronts. Leurs trois têtes étaient droites, et Ba: deraigh, regardant en face le capitaine Mac-Al. pine, dit sans emphase ni colère:

— Duncaw, je ne changerais pas de place avec vous.

Le Mac-Alpine était livide, mais il souriait. 1! fit le commandement de préparer les armes.

— Ïl y a juste sept semaines, murmura le vieil Allan-Blane, ce même jour, un mercredi, nous tuâmes une biche, à l'affût, devant le gué de Lochmohr... J’aurais voulu entendre encore une fois le pibroch d’Ogilvie avant de mourir!

— Nous l’entendrons, cousin! s’écria le capo ral Mac-Rea; il y a là-bas vingt mille dircks et autant de claymores qui sauteront d'eux-mêmes hors du fourreau pour nous venger! Nous entendrons les pibrochs des clans! L’Ecosse pour toujours; et que Dieu sauve le roi qui ne ment pa:

— Genou... terre! prononça la voix stridente du Mac-Alpine.

Il s'était rapproché des condamnés, en ayant soin de se tenir en dehors de la ligne du tir.

Le détachement des fusiliers écossais était à vingt-cinq pas. Les crosses des vingt mousqueis heurtèrent le sol, tandis que le premier rang mettait un genou en terre,

— Ma dernière pensée à Catherine Blane, ma chère femme, dit le laird de Baderaigh, et à Hec-

tor Ogilvie, mon enfant bien-aimé, que je recommande tous les deux à la bonté de Dieu!

— Voici que je te tue comme j'ai tué ton chien Léan, dit rapiäement Alpine le Rouge. Ta veuve sera Ma femme, et ton fils orphelin, mon valet!

Puis sa voix tonna pour commander:

— Joue! feu!

L'horloge de l'église Saint-Olave sonnait huit heures. ;

Vingt coups de mousquets retentirent. Baderaigh resta debout le dernier, oscillant comme un chêne dont le bûcheron a tranché la base.

Il tomba, et les tambours battirent.

Ronald Ogilvie et deux autres hommes du clan mirent les trois corps au cercueil, pendant que la foule s'écartait repue.

tonald coupa une boucle des cheveux blonds de Baderaigh et lui creusa une tombe sous les murailles de la Tour de Londres, loin, bien loin, hélas! du champ béni où les aieux écossais dorment sous le bruyère...

— Mesdames, fit observer ici Walter Scott en changeant de ton si brusquement que la duchesse, suspendue à ses lèvres, laissa échapper un cri de surprise, la Revue d'Edimbourg et le Quart- ‘rly me reprochèrent dans mes livres chaque personnage et même chaque objet, ce qui allongue le récit à des proportions démesurées. Lord Byron “ompare, dans sa bienveillance, mes contes à cette boisson des cclléges, “ l'abondance; ” où il y a un peu de vin et beaucoup d’eau. Il est rare qu'on ne puisse découvrir quelque chose de vrai äu fond de la critique même la plus partiale; aussi fais-je tous mes efforts pour guérir cette maladie de mon esprit.

Néanmoins il y a des nécessités, et je ne puis

reculer devant celle de mettre un peu en lumière mon père et ses hôtes au moment où Hector Ogil vie de Baderaigh achevait cette page d’histoire : l’assassinat juridique des trois gentilshommes highlanders.

Un morne silence régnait autour de la table desservie. Mon père était triste comme peut l’étre tout Ecossais, sans distinction d’opinion religieuse ou politique, quand on parle de ces hon:mes lâches et sanguinaires qui, vingt heures après la bataille, firent massacrer par milliers des prisonniers de guerre sur la bruyère de Culloden.

Il n’aimait point qu’on rappelât devant lui, ni surtout devant moi, les infâmes commence.

ments de cette dynastie de Hanovre qui est maintenant le lustre de l’Angleterre moderne.

Moi, j'écoutais, muet de colère. Entre tous les monstres qui portèrent la couronne, j’ai toujours hai ce lourd et plat Hollandais, dont la recette pour régner fut la perfidie poltronne et impitoryable.

Je voyais, tant l’impression était vive, je vorais de mes yeux ces trois pauvres vaillants highlanders debout derrière leurs cercueils ouverts, et je ne puis rendre l’horreur que m’inspirait cette barbare mise en scène. J’aurais voulu, conime Néron (belles dames, je n’ai jamais tué une mouche en ma vie), j'aurais voulu avoir un glaive et le pouvoir de trancher d’un seul cou les cent mille têtes idiotes de la populace london nienne.

Gillie avait les yeux baissés; pas un atome üe sang n’animait sa joue; ses deux mains pâles se crispaient sur sa poitrine.

Le laird, la tête haute et les narines gonfilées, jetait des éclairs par les yeux.

Il emplit son verre jusqu'aux bords et le tendit à Gillie. C’était du vin qu’il avait versé.

— Bois cela, Ogilvie! s’écria-t-il; n’en laisse pas une seule goutte: c’est ainsi que tomba ton aieul. Je vais te dire maintenant quelle fut la fin de ta grand’mère.

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