LA VEUVE
Catherine Blane prit le deuil pour ne le plus jamais quitter. Alpine le Rouge s'était vanté. Il ne vint point chercher le prix de sa trahison. Ma mère l’attendait. Elle avait fait, dans l’étoffe même de sa robe noire, un fourreau pour le dirck qui s'était déjà rougi de son sang. Elle at. tendit en vain.
Dans la salle basse du manoir de Gléneil, elle disposa en trophée les armes de mon pére. Je la'ssai de côté la lecture et l’écriture; j ’*eus pour précepteur un soldat, Yan Ogilvie, qui, six heu. res durant, chaque jour, m’enseignait à manier la claymore, le pistolet et le dirck, soit à pied. soit à cheval. Ma mère ne manqua jamais une seule fois d'assister à ces leçons. Quand j'avai: bien fait, elle m’embrassait et me disait :
— Baderaigh, tu vengeras ton père.
Les années s’écoulèrent et parmi elles 1745.
qui vit périr à Culloden le dernier espoir de l'E. cosse. J'avais voulu partir avec ceux de notre clan quoique je fusse encore un enfant, mais m: mère m’ordonna de rester. Sa vie n’avait qu’ur but, son coeur qu’un sentiment: la vengeance.
Depuis longtemps je la voyais pâlir et maigrir. bien qu’à mes yeux elle restât merveilleusemen: belle. Souvent elle était obligée de s’asseoir pen dant que Yan me donnait ma leçon.