A LA BRANCHE DE HOUX
On veille tard au rez-de-chaussée. Sans doi les trois champions convcertaient ensemble le: plans d'attaque et de défense. étais déjà an quand mon ami Gillie vint me trouver pour sou dernier pansement, Na blessure était désorm:
cicatrisée, mais un effort violent pouvait la r vrir.
Gillie lexamina et dit:
— Le Mac-Intvre doit être encore étendu son matelas.
— Gillie, dis-je avec reproche, vous n'avez 1 songé à revurder, ce soir, du côté du château Duncaw.
Ileut un bon sourire pendant que sa joue di pait un peu pâle,
— Je vous confierai mon dernier adieu, VW ter, murmura-t-il, Je l'ai écrit d'avance, po cas où la chance ne serait pas pour nous den: Vous avez bon cœur, et je vous remercie d'av pensé à ma pauvre Marr.
Comme j'exprimais un regret d'avoir éveillé lui cette pensée triste, il me serra Ja main et répondit :
Je ne suis pas triste, Walter. Si je meurs main, tout est préparé pour sa fuite, Elle ner tera pas chez ceux-là qui ont trahi la foi de !:
pères; elle ira en France se faire religieuse, car elle aime Dien de tout son coeur.
Il ajouta presque aussitôt gaiement :
-Toi, mon petit Wat, je te lègne ma poire à poudre et mon fusil de chasse qui est léger comne une plume. Mais je te préviens que tu ris-
nes d'attendre longtemps mon héritage... Dors jen, petit Wat, et va faire une promenade dejnin matin. avec le vieux Colquhoun, du côté de , mer. s
Certes, non, je ne dormis pas bien. Vers deux heures après minuit, je perdis connaissance un
tant. Il me sembla que j'entendais, au traes de mon sommeil, un bruit dans la cour, du até des écuries: puis la porte extérieure s'ouvrit
le pas d'un cheval sonna sur les cailloux du emin.
Ce devait être un râfve, du moins je le crus.
Quand je me réveillai, le soleil faisait étince-
e déjà les carreaux humides, La maison était Honciense Je sautai hors de mon lit et je m’ha- Lila en un clin d'œil. Sur ma table de nuit, il
avait une lettre cachetée dont l'enveloppe porait le nom de Marx Mae-Alpine,
Gillie, mon pauvre Gillie!
Hs étaient partis! et loin, bien loin déjà ! peutêtes gur Ja bravère de Donesgail, entre le buisson Le houx et la croix brisée...
Le vienx Colanhoun vint me demander si je
ulais faire une promenade dun côté de la mer. lu ne sais ce ane je répondis, mais je pris ma
urse dans la direction opposée.
J'allais sans penser et sans vouloir.
Je traversai la lande en droite ligne, et j'arrivai hors d'haleine au bois d'aioncs énormes qui fcrmait la bruyère de Donegail,
Au moment ou je pénétrais dans les l uissons.…. Mais il est temps, mesdames, et je dois vous ex pliquer ici le sens mystérieux de cette locution: Planter la branche de houx.
Le laird avait dit, vous vous en souvenez: “ .J:: ne voudrais pas nous voir réduits à planter là branche de houx contre les trois fils d’Alpine !: Rouge. ” :
Dans le highland, les rencontres particulières ne ressemblent pas tout à fait à ce qu'on appelle “une affaire d'honneur ” sur le continent, «:
même en Angleterre, En France, vous tirez |
pée pour de pures bagatelles, et vos combats sin guliers ont presque toujours un côté chevaler que avec un envers qui frise Penfantillage:s cn Allemagne, deux braves étudiants se ealfeutrein d'étoupes et de cuir des pieds à la tête, pour
échanger de grandissimes coups de sabre entre deux pipes et quatre pots de bière; en Espagn.. on lance le couteau catalan, genou contre 2:
nou; en Anbleterre enfin, le duel tend de plus «: plus à devenir une gageure, de telle sort que n°: gentlemen joueront bientôt à tête ou pile un so: per de mort aux rats.
L’Ecosse, au contraire, a gardé les moeurs (| vieux jours et se bat encore pour tout de bon.
Les duels y sont de véritables mêlées où toui armes se peuvent emplorer, et où l'égalité 0: nombre n'est même pas de rigueur. L’'assien.: tion du rendez-vous est étroite, c’est-à-dire qu ne peut changer sous aucun prétexte ni le li ni le moment de la rencontre. T1 n'v a point de cuse recevable, et l’on doit se passer de l'hom: ou de larme qui manque.
De là cette étrange coutume de la branche ::
houx, plantée pour remplacer le combattant 1!
sent dans la ligne de bataille, et aussi pour avertir les passants qu'une claymore attend ici un bras de bonne volonté pour l’emmancher.
Non seulement il n’est pas rare que ce signal chevaleresque soit entendu, car là-bas le cliquetis du fer met la fièvre dans toutes les jeunes tétes, mais on peut poser en règle générale l’empressement de tout highlander à prendre fait et cause dans une querelle qui n'est pas la sienne.
La branche de houx a, dans nos montagnes, ul caractère solennel et presque sacré; c’est la requête muette, mais impérieuse, du brave qui va succomber écrasé sous le nombre.
On a vu des ennemis du champion accourir et se placer près de lui, quitte à reprendre plus tard la vieille haine, un instant étoutrée par le cri généreux de l'honneur; on a vu aussi des amis et des parents de la partie adverse prendre position, l'épée à la main, contre leurs parents et leurs amis, pour abattre la branche de houx, selon l’expression consacrée.
En regard de ce sentiment d'honneur si profondément enraciné, il est sant doute étrange de voir qu'aucune note d’infamie ne s'attache au uom de ceux qui, profitant de leur avantage à toute outrance, forcent l'adversaire plus faible à combattre dans des conditions inégales. Cela est ainsi; c'est la loi. Ceux-là même qui s’élancent au secours du parti en détresse le forceraient, dans une semblable occasion et sans miséricorde, à planter la branche de houx.
La branche de houx se met en terre après une demi-heure d'attente. Elle tient matériellement la place du combattant absent; en conséquence, elle doit avoir la hauteur d’un homme; six pieds au plus, avec un pavillon, aux couleurs du parti
en détresse; ce signal parle un langage que toi le monde comprend, depuis le golfe de Clyde ju qu’au détroit de Pentland.
Ordinairement, la branche plantée support:
suspendue à ses rameaux, une panoplie highla daise complète, pour armer le champion «qi Dieu et la Vierge enverront.
Il y a plus: ce combattant inanimé ne ais.
pas d’apporter à son parti un secours effect: L'espace ‘couvert par la branche de houx et « rameaux est, en effet, inviolable: on ne peut : toucher la branche de houx, ni la franchir, : sorte que le champion abandonné a du moi:
pour s’y adosser un mur impénétrable.
La tradition écossaise cite des exemples cé!
bres de branches de houx plantées et abattu: E n1716, dans une rencontre entre le clan Ch: tan et les Mac-Gregor Campbell de Glenmore, : y avait cinq branches de houx dans les rangs d: Campbell, sur treize combattants. Parmi ce qui vinrent se mettre en ligne et abattre le hou on comptait trois hommes qui portaient le pr pre nom de Chattan.
Plus récemment, au mois de mars 1779, hu Mac-Intosh se trouvèrent à l’assignation contr six Gillian qui plantèrent deux branches de hou Lord John Douglas, alors âgé de quinze ans, 4 cendit le carrosse avec son gouverneur, abat! les deux branches et donna victoire aux Gilli: après avoir reçu plusieurs blessures,
Mais d’autres fois la branche de houx, avec « pavillon, appelle en vain dans le désert.
sonne ne voit, personne ne vient. Alors, c'es la grâce de Dieu.
Au moment où j’entrais dans le bois d’ajon je m’arrêtai pour écouter, mais le bruit de mo
coeur qui battait m’étourdit comme un fracas. Il me sembla entendre des cliquetis de fer avec des cris de rage ou de détresse. Le vent qui passait au-dessus de moi et autour de moi dans les branches hérissées des genêts résonnait, large et profond comme le grand vacarme de la mer, attaquant la plage un jour de tourmente. Toute perception s’altérait et s’amplitiait pour mes sens au point de produire sur chacun d'eux une angoisse ou une terreur. Par intervalles, je croyais voir un mouvement tumultueux au travers des troncs immobiles, et mes narines révoltées sentaient la tiède odeur du : 1ng.
Cela dura quelques minutes à peine, mais ce fut long comme un siècle. Au bout de ce temps je ’éveillai péniblement, comme on fait de ces terribles rêves qui laissent le corps abattu et l’esprit paralysé. Je vis bien que j'avais été le jouet d'une illusion. Tout était autour de moi immobile et muet: le vent lui-même semblait se taire et murmurer plus sourdement dans le feuillage des gigantesques ajoncs. Je fus soulagé par ce silence: puis une sueur froide inonda mes tempes; j'aurais donné de mon sang pour entendre, ear cette absence de tout bruit c'était peut-être que déjà ils étaient morts...
Je me traînai au travers du bois: il faut vous souvenir, mesdames, que j'étais un pauvre enfant bien chétif et bien faible. Ce que je souffrais, c'était une agonie,
J'aperçus d’abord entre les troncs grêles le ciel chargé de nuages argentés, et coupé carrément par la sombre ligne de ces montagnes qui formaient trois hautes murailles. Le temps était calme et chaud, mais par dessous les nuages blancs quelques vapeurs orageuses glissaient
leurs contours bizarres et leurs nuances de plomb.
Je regardai cette bruyère de Donegail qui m'é tait revenue dans mes rêves: c'était une immense tombe à ciel ouvert.
Et tout à coup, au fond de ce sépulcre, les vi. vants m’apparurent, les gladiateurs, morituri, ceux qui allaient mourir. J'avais mal calculé le temps, car, au lieu d’être finie, la bataille n’avait pas commencé encore. Les deux camps ennemis étaient à une soixantaine de pas l’n: de l’autre, séparés par la ligne qu’on aurait tirée de la croix en ruine au buisson de houx.
Les trois fils d’Alpine le Rouge me faisaient face et je mettais facilement leurs noms sur leurs visages farouches, par la description qu’on m'a
vait ‘faite de chacun d’eux. Il y a dans les hishlands, le pays des guerriers à la taille héroiq ue, une race également robuste peut-être, mais trapue et portant sa force, comme le boeuf, dans la partie supérieure du corps.
Les trois Mac-Alpine, comme leur père, appartenaient à cette race.
Ils-étaient bas sur jambes tous les trois, noueux dans l'énorme carrure de leurs épaules.
Roderick, l'aîné, devait avoir quarante ans; ses jambes et son visage étaient velus mais cette toison épaisse ne pouvait voiler l’étonnante ‘igueur du réseau musculeux qui saillait hors de sa peau. [Il avait la taille un peu plus élevée que celle de ses frères, qui évidemment reconnais saient son autorité. C'était une figure bilieuse, aux traits découpés rudement: son oeil cave avait un regard fixe et féroce. Alpine, le second, portait sur sa grosse tête la chevelure rouge «le son père, et Robin, le troisième, large, court,
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membré comme un taureau, rappelait exactement ces gens qui vont levant des poids impossibles dans les foires.
Auprès des trois Mac-Alpine, il y avait trois mousquets en faisceau, trois targes, trois haches de Lochaber.
Mon regard s'arrêta sur eux bien moins de temps qu’il ne m'en a fallu ici pour vous les décrire. Quand mes yeux revinrent en arrière, cherchant les Ogilvie, j'eus comme un amer pressentiment. Auprès d’un faisceau d'armes tout pareil, trois mousquets, trois targes et trois haches de Eochaber, deux hommes seulement étaient debout: Eachin et Gillie, droits et fiers, appuyés sur leurs claymores nues.
Hamish-Dhu, le mercenaire, manquait à lappel.
Et je me souvins en ce moment du bruit qui avait troublé mon sommeil inquiet de la nuit précédente. J'avais entendu ouvrir la porte des écuries, puis les nas précipités d'un cheval; je n’a-
one
vais pas rêvé. s’était le fanfaron qui prenait la fuite, emportant avec lui le prix de son épée.
Les Mac-Alpine échangèrent quelques paroles à voix basse, puis Roderick demanda tout haut:
— Laird de Baderaigh, estimez-vous que nous avons assez attendu ?
— Oui, répondit sans hésiter le vieil Ogilvie.
— Plantez donc la branche de houx, laird de aderaibh, poursuivit l'aîné des Mac-Alpine, et que Dieu nous juge!
Sans répliquer, Eachin prit sa hache et marcha vers le buisson qui était entre lui et ses ennemis. D’un seul coup, il trancha une maîtresse branche, couverte d’une multitude de rameaux d'un vert sombre et luisant sur lequel se déta-
chaïit le corail des graines. Il fit une pointe an gros bout de la branche, à l’aide de sa claymore, et la piqua en terre à égale distance du houx «t de la croix.
Puis, se tournant successivement vers les qui: tre points cardinaux, il cria de sa voix qui son. nait comme un Cor:
— À la branche de houx pour Ogilvie contre Mac-Alpine!
Les fils de Dunecaw regardaient cela d’un air dédaigneux et froid. A l’appel de Baderaigh, ils eurent tous les trois le même sourire sombre +1 cruel. Hamish, le mercenaire, avait-il reçu deux récompenses, et emportait-il aussi l’argent de «.« Mac-Alpine?
"Le laird répéta son appel trois fois. Entre chaque cri, un court intervalle s’écoulait.
Mais cette bruvère de Donergail, cette tombe !:1 gubre dont chaque paroi était une montagne, <: trouvait loin de toute habitation et loin aussi 4! tout chemin, La vieille Homna avait eu bin raison de me dire qu'il n’y avait point de rou pour aller à la bruvère de Donersail!
Chaque fois que le laird criait, on entend:
pour tonte réponse le vent dans les eimes 4 hauts ajones et les bouillonnements graves de !: Shaw perdue tout au fond de l’abîme. Jéc:
tais,j'attendais, j’appelais plus haut que Jui fond de mon coeur.
Quand le troisième appel eut retenti, le lair! resta immobile perdant une minute, puis il r: vint vers son fils qu'il prit par la main.
Tous deux marechèrent vers la branche de ho tandis que les Mac-Alpine faisaient de leur eût: Ja moitié du chemin. Les armes restaient 61
ES
faisceau les combattants n'avaient que le dirck et la claymore.
Roderick Mac-Alpine se signa et dit:
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je jure que le terrain situé entre le gué de la Shaw et la pierre carrée, produisant genêts et bruyères, mesurant douze pieds écossais de larveur sur dix de longueur, est à moi légitimement, du chef de mon père. Je combattrai quiconque viendra contre mon droit.
I] coucha son épée au-devant de lui.
Le laird coucha la sienne en travers de manière à former une croix et repartit:
__ Je viens contre toi pour mon droit, jurant, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que le terrain situé entre le gué de la Shaw et la pierre carrée est à moi légitimement, et acceptant le combat jusqu'à ce que tu dises: C’est assez, j'ai menti, le bien ne m'appartient pas.
Roderick ramassa son épée et s'éloigna. Avant d'en faire autant, Baderaigh se tourna vers Gillie et me montra, pour la première fois, son visage que je devinais abattu et qui était rayonnant d’ardeur. Je le voyais rajeuni de vingt ans.
__ Enfant, s'écria-t-il avec une: gaieté qui arréta le souffle dans ma gorge, je suis le père, tu es le fils, et voici le Saint-Esprit qui va déployer nos couleurs!
[1 était en train de nouer son plaid blanc et rouge au sommet du rameau de houx. Gillie répondit avec une foi franche et ferme:
__ C'est la meilleure aide: ainsi soit-il!
Et tous deux revinrent vers le faisceau d’armes où ils choisirent deux mousquets, le troisième devant rester pour le défenseur qui viendrait de Dieu.
— Y êtes-vous, gentlemen? demanda Roderick.
— Nous y sommes, répondirent les deux Ogilvie du même cri.
Les cinq mousquets tombèrent en joue à la fois, mais les Mac-Alpine tirèrent les premiers, et tous les trois visèrent le vieux Baderaigh; je le vis tressaillir à la triple détonation; il était blessé.
Aussitôt après avoir déchargé leurs armes, les Mac-Alpine dégaînèrent, mais au moment où le laird pressait la détente de son mousquet ils se jetèrent à plat ventre d’un commun mouvement.
—A toi, Roderick! dit Gillie qui seul restait armé.
I1 visait à loisir la tête de son ennemi étendu dans la bruyère. Le coup partit. Le Mac-Alpine bondit sur ses pieds avec un cri de rage et retira pleine de sang la main qu’il avait portée à son crâne.
Mais la blessure était légère, car il brandit son épée et marcha le premier vers le vrai champ de bataille, situé entre le buisson et la croix. Ses frères le suivirent. Baderaigh avait du rouge à l'épaule gauche, mais il n'avait rien perdu de sa force, car sa voix vibra, éclatante, quand il cria:
— À la branche de houx pour Ogilvie! En avant garçon! quand il y en aura un d’abattn, nous ferons partie carrée!
Ce n’était plus de l’épouvante qui était en moi. Je cherchais mes terreurs et je ne les trouvais plus. J'étais debout et droit sur la lisière du bois. Quand les mousquets des trois fils de Duncaw s'étaient abaissés vers moi, me montrant ! trou noir de leurs canons, je n’avais ni courbé la tête ni cherché un abri derrière le tronc voisin. Ces fièvres de bataille sont contagieuses. 11 fond de ma faiblesse, je bondissais par la pente
entre mes deux amis et l'éclair de l'acier m’attirait comme un charme...
Gillie n'avait pas besoin qu’on lui dit: En avant! Jusqu'à ce moment, je ne l'avais jamais vu, Sa haute taille se dressait si droite et si fière qu'il semblait avoir grandi d’une coudée.
J'entendis, pendant qu'il marchait à l'ennemi, le râle avide et joyeux de sa poitrine.
Les lions rauquent ainsi quand leurs bonds dévorent l’immensité du désert.
Ils disent que, dans mes livres, j'ai défié la force physique. C’est que je suis faible; c’est qu'il m’a été donné d'admirer ce merveilleux bienfait de Dieu, sans lequel le courage n’est qu'un flambeau éteint. C'est que j'essayai, Ce jour-Ià même, de soulever une hache de Lochaber pour défendre nn frère mourant, et que mon bras débile retomba le long de mon flanc. C’est que le mot vaillance et le mot valeur, aux temps chevaleresques, signifiaient force; c'est que, plus loin de nous encore, aux jours homériques, le mot force était synonyme du mot vertu!
jillie! I1 fallait le voir! Pour sa fauve ardeur, c'était ici la plus joyeuse de toutes les fêtes. Son pas allait souple et eracieux; le vent de sa course faisait flotter sa blonde chevelure; Sa lourde épée semblait une plume dans sa main.
A les contempler ensemble, le vieillard et le jeune homme, le coeur se rassu ait et s’exaltait. Il n’y avait pas trop contre eux de ces trois Mac- Alpine!
Les pistolets furent déchargés presque à bout portant, sans arrêter la violence du choc. Gillie devança son père, parce qu’il lui fallait Roderick, le tuteur, le tyran de Mary, le lâche qui abusait de son autorité sur l’orpheline pour la traîner à
me po
l'autel. Alpine, le second frère, et Roderick se réunirent contre lui, espérant le mettre hors de combat d’un seul coup, tandis que Robin, le tri. sième, arrêtait Baderaigh.
En ce premier instant, je n'avais d’yeux que pour mon noble Gillie, vers qui tout mon être sé. lançait. C'était autour de sa tête comme un «er. cle de feu, car le soleil perçait un nuage, arr: chart aux claymores des milliers d’éclairs. Les coups roulaient sur sa targe, rapides et distincts comme le battement des fléaux sur l’aire. Je dis. tinguais son épée au-dessus des deux autres épées, et je distinguais ses coups plus sonores parmi les autres coups. Ses adversaires étaient deux hercules, mais quand il faisait un pas on avant tous deux reculaient,.
Il était highlander, il haissait, il aimait:
jeune, il combattait pour sa tendresse et pour sa haine. Je vous l’ai dit: c'était grande fête,
— À la branche de houx pour Ogilvie!
Le laird avait terrassé Robin d’un coup de la che et marchait au secours de son fils. Un cri de triomphe montait de mon coeur à ma gorge. [ls étaient les plus forts, malgré l’infériorité de leur nombre et l’avantage déloyal dont profitaient leurs adversaires. C'était assez de Gillie contre Alpine et Roderick; la venue du laird allait «11. buter la balance: c'était trop. Rien qu’à son à} proche, je voyais les deux fils de Duncaw recul r et plier.
— À la branche de houx pour Mac-Alpin!
cria Baderaigh d’un ton railleur. Trois autres du même clan pour égaliser la partie. Jusqu'i fuirez-vous fils d’assassin ?
Roderick et Alpine fuyaient, en effet, ou du moins rompaient à larges enjambées; mais 41
moment où la claymore du laird allait fendre la tète d’Alpine il se retourna, parce que Gillie avait poussé un cri de douleur.
Gillie n'avait pas suivi son père; Gillie était toujours à la même place, debout, mais les deux mains sur sa poitrine.
Ce n'étaient pas les deux Mac-Alpine qui l’avient vaincu. Je devinais: c'était sa blessure à peine cicatrisée qni venait de se rouvrir, répandant le sang à flots. La claymore s’échappa de «es mains: je le vis chanceler, puis tomber sur C4 genoux.
Je fis comme lui et mes genoux fléchirent, car mon coeur m’abandonnait.
A la plainte de Gillie, trois cris de triomphe répondirent, car, au moment où il tombait, Robin Mac-Alpine, revenant de son étourdissement, se relevait et ressaisissait sa claymore.
aderaigh était senl contre trois, comme Horave, et ses trois adversaires n'étaient pas Séparés par l'inégalité de leurs blessures.
11 resta un instant immobile, non pas qu’il fût éoouvanté; je ne sache rien au monde capable d'épounvanter ces hommes de fer, mais parce qu’il fallait un instant de raison à son coup d’oeil rapide pour juger la situation. Je crus d’abord que ls trois Mac-Alpine allaient se réunir pour V'attiquer, mais telle n'est point la tactique impitoyable de ces luttes à outrance. On achève d’abord le blessé.
&i le laird eût agi de même, Robin n'aurait pas
doux mains et laissait pendre sur sa poitrine sa tète défaillante. Le laird avait prévu leur des-
sein. Comme il avait moins de chemin à faire pour se rapprocher de son fils, il fut arrivé le premier, et le terrible moulinec de sa hache (!: Lochaber entoura le blessé d’un mur d’acier.
— À la branche de houx, garçon! cria-t-il sui sissant son bras de la main gauche.
Et pendant qu’il se frayait une route vers :: frêle asile je vis qu’il était pâle et que ses pat vres yeux se détournaient malgré lui de l’ennen:i pour suivre la large trace rouge que Gillie lai sait derrière lui. Sa voix tremblait quand il er: encore, mais du fond de son angoisse paternel: cette fois:
— Highlanders, à la branche de houx por Ogilvie contre Mac-Alpine!
— Les highlanders, répliqua Roderick avec un éclat de rire sauvage, ne se battent pas pour dl: misérables mendiants venus d'Irlande!
Alpine et lui se fendirent à la fois comme :| achevait. Le laird para les deux coups du mn me mouvement, et le tranchant de sa hache le: rejeta à distance. Quelques pas encore, il attci. guait la branche de houx.-
Sa large poitrine s’emplit d'air et se vid:
bruyamment quand il eut déposé Gillie avec pre caution sur la bruyère.
— Si personne ne vient, dit-il en saisissant un roche qui siffla et s’en alla terrasser de nouve: Robin, dont le rôle était de tourner la position pour assaillir le blessé par derrière, nous feronnos affaires tout seul!
— Toi, s’écria-t-il avec un élan qui me relei: sur mes pieds galvanisé par l’angoisse, l’horreu: la curiosité, l’admiration, toi, bois poussé sur !: terre de mon père, tu es ici pour nous et tu do: nous servir!