‹ Le Régiment des géants [microforme]Chapitre 8 sur 22 · PT · texte numérisé non relu

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taient à leur livrer le nécessaire à prix d’argent.

Pas n’était besoin de tant de misères; au milieu même du bien-être et de l’aisance, le highlander souffre loin de ses montagnes. Il y avait une tristesse morne dans les six compagnies, et quand les cornemuses sonnaient le pibroch on voyait des larmes dans tous les yeux. L’atmosphère de ces pays égoistes et inhospitaliers pesait comme un écrasant fardeau sur toutes les poitrines. Chacun jetait en arrière des regards mélancoliques; mais, hélas! si loin que le regard pût se porter, c’étaient maintenant les vertes pelouses et les horizons plats de l’Angleterre ennemie.

La haute dentelle des monts ne festonnait plus le ciel sourcilleux, et, en fait de bruyères, on ne voyait que des landes factices, aménagées au milieu de l’opulence des parcs pour la commodité de la chasse an renard.

Ils cueïllaient en passant ces fleurs de bruyère, comme eux exilées, et les fixaient à leurs bonnets après les avoir pressées contre leurs lèvres.

Et ils allaient, doux comme la force, silencieux devant l’outrage, opposant la patience militaire à la brutale grossièreté de leurs insulteurs. Les ordres sévères des chefs étaient ponctuellement exécutés. Durant toute la route, il n’y eut qu’un acte de violence: le caporal Mac-Rea, entouré de mauvais sujets armés de bâtons qui voulaient ni arracher son mousquet, prit le dirck à la main et les mit en fuite comme une volée d’oiseaux de basse-cour. Il fut puni par le: canitaine.

Les quatre derniers détachements atteignirent Londres le denxième jour d'octobre, et l’on se tint. prêt pour passer la revue du roi le lende-

main, selon la promesse solennelle que leur avaient faite à Edimbourg le major général Clayton, lord John Howard et le marquis de Breadalbane. Ces trois hauts personnages avaient affirmé en effet, au nom du roi, que le voyage de Londres était, de la part de Sa Majesté, une marque éclatante d'affection envers ses fidèles sujets des highlands. Le roi voulait voir “ les géants ” et les haranguer en personne, comme un père parle à ses enfants, et telle était la bonne foi de ces coeurs simples et vaillants que non seulement ils avaient cru, mais encore que cette. assurance amicale les avait à demi ramenés.

Désormais Georges de Brunswick aurait pu acheter leur dévouement au prix d’un sourire.

Mais, au lieu de ce roi, ce fut le général Wade qui les passa en revue sous les sombres créneaux de la Tour, et ils apprirent que le roi, par une offensante coincidence, s'était embarqué pour la Hollande, le jour même où les quatre derniers détachements avaient mis le pied sur le pavé de Londres.

L’état-major anglais du général Wade regarda par dessns l’épaule leur sévère et martial uniforme. Ces jeunes favoris, qui jamais n’avaient entendu que les mousquetades de l'exercice à Finchley-Common, rirent à gorge déployée en voyant les rudes fourreaux des clavmores et surtout les haches d'armes des sergents. La populace de Londres, la plus infime et la plus infâme de toutes les lies, s’autorisa de ces rires insolents et fit entendre des huées :

— Mendiants à jambes nues! chiens d’Ecossais! scélérats de papistes! Géants pour rire!

Il y eut des projectiles lancés lâchement et

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quelques plaids furent souillés de boue par derrière,

Les six compagnies restèrent immobiles et impassibles, l'arme au bras; mais le rouge était à tous les fronts, et sous quelques-unes de ces pauvières baissées il y avait des larmes.

Après la revue, le général Wade placé au milieu du carré, dit :

— L'ordre du roi est que le 42e de ligne se tienne prêt à partir sous trois jours. Longue vie au Roi!

— [is n'auront pas le temps de voir les curiosités de Londres, crièrent les voix moqueuses des cokneys.

Mais le long des lignes droites et parfaitement régulières formées par le Régiment des Géants, les paroles du général avaient ramené la sérénité sur tous les visages.

Il s'agissait bien des curiosités de Londres!

Londres n’eût-il pas été la capitale la plus indigente du monde en fait de beautés, Londres eüt-il eu à montrer pour un instant tous les miracles de Paris, les officiers et les soldats du Reicudan-Dhu n'auraient encore eu qu'un souci:

fuir ses murailles abhorrées !

Ce n'était pas la laideur proverbiale de Lon:res qui les repoussait, c'était la honte du mensonge royal et li méchanceté des coeurs.

Car le roi avait menti du haut de son trône, et l'Angleterre trahissait envers eux toutes les lois de l'hospitalité.

Partir! revoir la montagne et les chers sourires de la famille! Il suffisait de cet espoir pour payer la dette de bien des jours tristes. En rega- «nant leurs quartiers, les soldats de la Garde- Noire firent la sourde oreille aux sarcasmes des

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badauds, et ne voulurent point voir les gestes burlesques ou obscènes de la cohue en guenilles.

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