LE PREMIER ORDRE DES REPTILES,OU LES CHELONIENS
Plus connus sous le nom de Tortues, ont le cœur composé de deux oreillettes, et d’un ventricule à deux chambres inégales qui commuüuniquent ensemble. Le sang du corps entre dans l'oreillette droite ; celui du poumon, dans la gauche; mais les deux sangs se mêlent plus où moins en passant par le ventricule.
Ces animaux se distinguent au premier coup-d'œil par le double bouclier dans lequel le corps est enfermé, et qui ne laisse passer au dehors que leur tête, leur cou, leur queue et leurs quatre pieds.
Le bouclier supérieur , nommé carapace, est formé par leurs côtes , au nombre de huit paires, élargies et réunies ensemble et à la porüon annulaire des vertèbres dorsales, par des sutures dentées, en sorte que toutes ces parties sont privées de mobilité. Le bouclier inférieur, appelé plastron , est formé de pièces qui représentent le sternum, et qui sont ordinairement au nombre de neuf (1).
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(1) Voyez Geoffr, Ann. du Mus, t, XIV, p. 6.
CHÉLONIENS. 7 Un cercle de pièces osseuses qui paraissent analogues à la partie sternale ou cartilagineuse des côtes , entoure ordinairement la carapace en ceignant et réunissant toutes les côtes qui la composent. Les vertèbres du cou et de la queue sont donc les seules mobiles.
Les deux enveloppes osseuses étant recouvertes immédiatement par la peau ou par les écailles, lomoplate et tous les muscles du bras et du cou, au lieu d’être attachés sur les côtes et sur l’épine, comme dans les autres anintaux , le sont dessous; il en est de même des os du bassin et de tous les muscles de la cuisse, ce qui fait que la tortue peut être appelée , à cet égard, un animal refourné.
L’extrémité vertébrale de l’omoplate s’articule avec la carapace et l'extrémité opposée de la clavicule avec le plastron, en sorte que les deux épaules forment un anneau dans lequel passent l’œsophage et la trachée.
Un troisième os, plus grand que les deux autres et dirigé en bas et en arrière, représente, comme dans les oiseaux, l’'apophyse coracoïde.
Les poumons sont fort étendus et dans la même cavité que les autres viscères (1). Le
(1) Remarquez que dans tousles reptiles où le poumon pénètre dans
thorax étant immobile dans le plus grand nombre, c’est par le jeu de la bouche que la tortue respire , en tenant les màchoires bien fermées, et en abaissant et élevant alternativement son os hyoïde; le premier mouvement laisse entrer l’air par les narines, et la langue fermant ensuite leur ouverture intérieure , le deuxième mouvement contraint cet air à pénétrer dans le poumon.
Les tortues n’ont point de dents; leurs mâchoires sont revêtues de cornes comme celles des oiseaux, excepté dans les chélydes, où elles ne sontgarmies que de peau. Leur caisse et leurs arcades palatines sont Éxées au rime: éthmmobiles ; leur langue est courte, hérissée de filets charnus ; leur estomac simple et fort ; leurs intestins de longueur médiocre et dépourvus de cœcum. Elles ont une fort grande vessie.
Le mâle a une verge simple et considérable, creusée seulement d’un sillon; la femelle produit des œufs revêtus d’une coque dure. On reconnait souvent le mâle à l'extérieur, parce que son plastron est concave.
Yabdomen , et le crocodile est le seul où cela ne soit pas , il est enveloppé, comme les intestins, par un repli du péritoine , qui le sépare de la cavitéabdominale.
CHÉLONIENS. ta
Les tortues sont très-vivaces ; on en a vu
se mouvoir sans tête pendant plusieurs se-
maines ; il leur faut très-peu de nourriture,
et elles peuvent passer des mois entiers et même des années sans manger.
Les chéloniens tous réunis par Linnæus dans Île
senre des TorTUES ( Tesrupo. L.)
Ont été divisés en cinq sous-£eures, principalémeut d’après les formes et les tégumens de leur Carapace et de leurs pieds.
Les Torturs DE TERRE. ('TEsrupo. Bronon.)
Ont la carapace bombée, soutenue par une charpente osseuse toute solide, et soudée par la plus grande partie de ses bords latéraux au plasiron ; les jambes comme tronquées , à doigts courts réunis de très-près jusqu'aux ongles, pouvant, ainsi que la tête, se retirer entièrement entre les boucliers ; les pieds de devant ont cinq ongles, ceux de derrière quatre, tous gros et coniques. Plusieurs espèces se nourrissent de matières végétales.
La Tortue grecque. ( Test. græca. Lin. Schæptl.) Pl MIT, Ex.
Est l'espèce la plus commune en Europe; elle vit en Grèce en Italie, en Sardaigne, et à ce qu'il paraît toui autour de la Méditerranée. On la distingue à sa carapace irès-bombée, à écailles relevées, tachetées de noir et de jaune par grandes marbrures; et à son bord postérieur qui a dans son milieu une proéminence recourbée sur la queue. Elle atteint rarement un pied de long; vit de feuilles, de fruits, d'insectes , de vers ; se creuse un lrou pour y passer l'hiver; s’accouple au printemps, et pond quatre ou cinq œufs semblables à ceux de pigeon.
La Tortue des Indes. (Test. Indica. Vosm.) Schœpf. torts, ph XXIr,
Est la plus grande espèce de ce sous-genre : sa carapace approche quelquefois de trois pieds de longueur; elle est comprimée en avant, et le bord antérieur se relève audessus de la tête. Sa couleur est un brun foncé.
La Géométrique. (Test. Geometrica Li.) Lacep. L HR es Schœpf. x.
Est une petite tortue dont la carapace noire a chacune de ses écailles régulièrement ornée de lignes jaunes en rayons partant d’un disque de même couleur (1).
2°. Les TorTuss D'EAU pouce. (Emys. Brongn. ) (2).
N'ont d’autres caractères constans pour les distinguer des précédentes, que des doigts plus séparés , terminés par des ongles. plus longs, et dont les intervalles sont occupés par des membranes , encore ÿ a-t-ildes nuances à cet égard. On leur compte de même cinq ongles devant et quatre derrière. La forme de leurs pieds leur donne des habitudes plus aquatiques. La plupart vivent d'insectes de petits poissons, etc. Leur enveloppe est assez généralement plus aplatie que celle des tortues de terre.
La Tortue d'eau douce d'Europe. ( Testudo Europæa. Schn. ) Schæptf. pl. [. (3).
Est l’espèce la plus répandue; on l’observe dans tout le midi et lorient de l’Europe jusqu’en Prusse. Sa ca-
(1) Ajoutez : Test. marginata , Schœæpf. tortues , pl. xr. — D Eu bulata , id, X11. — T. radiata, Shaw. HIT, vint , ou le coui, Daud. IT, xxvi. — TT. elegans , Schœpf. xxv.— T. rotunda , Lacép. L, v. — T. areolata , Schœpf. xxur. — T. denticulata , id. xxXV11x,
(2) D’éxvs (tortue).
(3) C’est la même que la verte et jaune. Lacép.
rapace est ovale, peu convexe, assez lisse, noirâtre , toute semée de points jaunâtres disposés en rayon. Elle atteint jusqu’à dix pouces de long ; on mange sa chair, et on en élève pour cela avec du pain, de jeunes herbes; elle mange aussi des insectes, des limas, de petits poissons , etc. Marsigli dit que ses œufs sont un an à éclore. |
La Tortue peinte. ( Test. picta. Schæpf. pl. 1v.)
Est une des plus jolies espèces ; elle est lisse , brune, et chacune de ses écailles est entourée d’un ruban jaune, fort large au bord antérieur. On la trouve dans l'Amérique septentrionale le long des ruisseaux, sur les rochers ou les troncs d’arbres d’où elle se laisse tomber dans l’eau sitôt qu'on approche (1).
Il est nécessaire de distinguer parmi les tortues d’eau douce.
Les TORTUES A BOITE.
Dont le plastron est divisé en deux battans par une articulation mobile et qui peuvent fermer entièrement leur carapace quand leur tête et leurs membres y sont retirés.
Les unes ont le battant antérieur seulement mobile (2). Dans d’autres les deux battans se meuvent également.
Telle est La Tortue à boîte d’Amboine. Daud. II. 309 (3).
Ï! y a au contraire des tortues d’eau douce dont la queue
(1).Ajoutez : Test. centrata, Schœpf. tort. XV. — Scripta, id. HU. — Pulchella , id, XXVI, — Planiceps, id. XXVII. — Serrata, Daud. rept. IT, xx. — Rubescens , id. XXIV , 1. — Scabra, Schæpf. IT , x. — Cinerea , ib.2, 3.
(2) Test. subnigra , 1, var, 2. — T. clausa , Schœpf, VIT.
(3) Ajoutez : Test, tricarinata, Schœpf. Il. — Test. Pensilsanica, id, XXIV.
longue et les membres volumineux ne peuvent rentrer entièrement dans les boucliers. Elles se rapprochent en cela des sous-genres suivans, et surtout des chelydes, et méritent par Conséquent aussi d’être distinguées. Telle est
La Tortue à longue queue. ( T. serpentina. L. ) Schœpf. pL'vI
Que lon reconnaît à sa queue presque aussi longue que sa carapace, hérissée de crêtes aiguës et dentelées, et à ses écailles relevées en pyramides. Elle habite les parties chaudes de l'Amérique septentrionale, détruit
| beaucoup de poissons et d’oiseaux d’eau, s’écarte assez loin des rivières, et pèse quelquefois au-delà de vingt livres.
3°. Les Torrues DE Mer. ( CueLonrA (1). Brongn.)
Ont leur enveloppe trop petite pour recevoir leur tête et surtout leurs pieds qui sont extrêmement allongés (principalement ceux de devant), aplatis en nageoires et dont tous les doigts #nt étroitement réunis par une membrane. Les deux premiers doigts de chaque pied ont seuls des ongles poinius qui tombent même assez souvent l’un ou l’autre à un certain âge. Les pièces de leur plastron ne forment point une plaque continue , mais sont diversement dentelées , et laissent de grands intervalles qui ne sont occupés que par du cartilage. Les côtes sont rétrécies et séparées l’une de Pautre à leur partie extérieure ; cependant le tour de la carapace est occupé en entier par un cercle de pièces correspondantes aux côtes sternales. La fosse temporale est couverte eu dessus d’une voûte formée par les pariétaux, et d’autres os, en sortie que toute la tête est garnie d’un casque osseux continu. L’œsophage est armé partout en dedans de pointes cartilagineuses et aiguës dirigées vers l'estomac.
(1) Chelonia, de yenwrs.
La Tortue franche ou Tortue verte. ( Testudo mydas. éd Lin. (1) 7° viridis. Schn.) Lacep. L 7.
Se. distingue par. ses écailles verdätres au nombre de treize qui ne se recouvrent point en tuiles.
Elle a jusqu’à six ou sept pieds de long et jusqu’à sept et huit cents liv. de poids. Sa chair fournit un aliment agréable et salutaire aux navigateurs dans tous les parages de la Zone Torride. Elle paît en grandes troupes les algues au fond de la mer ,.et se rapproche des embouchures des fleuves pour respirer. Ses œufs qu’elle dépose dans le sable au soleil sont très-nombreux et excellens à manger, mais on n'emploie point son écaille.
Le Caret. (Testudo imbricata. T1) Lac. I. 11. Schæpf. XVIII. A. .
Moins grande que la tortue franche, portant treize écailles fauves et brunes qui se recouvrent comme des tuiles; cette espèce a la chair désagréable et mal-saine, mais ses œufs sont très-délicats, et c’est elle qui fournit l'écaille de tortue qu’on emploie dans les arts. On la trouve dans les mers des pays chauds.
La Caouane. ( Test. Caouana.) Schæpf. pl. xv1.
Est plus ou moins brune ou rousse, et a quinze écailles dont les mitoyennes sont relevées en arêtes, surtout vers leur extrémité ; la pointe du bec supérieur crochue , et les pieds de peer plus longs et plus étroits que dans les espèces voisines et conservant deux ongles plus marqués. Elle vit dans plusieurs mers et même dans la Méditerranée , se nourrit de coquillages , a la chair mauvaise et l'écaillé peu estimée , mais fournit une huile bonne à brüler.
(1) Ce nom de Mydas a élé pris, par Linnæus, dans Niphus, Schneider le croit corrompu d’éuvs.
14 REPTILES Le Luth, (Testudo coriacea. L.) Lacep.Ï. 111.
N'a point d’écailles du tout, mais seulement une sorte de cuir brun qui revet ses deux boucliers comme le reste de son corps : sa carapace ovale et pointue en arrière, présente trois arêtes longitudinales , saillantes au travers du cuir. Cette espèce, qui devient fort grande, n’habite que la Méditerranée.
4°. Les Ceripes ou TorTUES À GUEULE ( Chelys. Dumer. )
© Ressemblent aux Emydes par les pieds et par les ongles; leur enveloppe est beaucoup trop petite pour recevoir leur tête et leurs pieds, qui ont beaucoup de volume; leur nez se prolonge en une petite trompe; mais le plus marqué de leurs caractères, consiste en ce que leur gueule fendue en travers n’est point armée d’un bec de corne comme celle des autres chéloniens, et ressemble à celle de certains batraciens , nommément du Pipa.
La Matamata. (Testudo fimbria. Gm.) Bruguières. Journ. d’'Hist. nat. I. xr11. Cop. Schæpf. xx.
À carapace hérissée d’éminences pyramidales ; Île corps bordé tout autour d’une frange déchiquetée. On la irouve à la Guiane. |
5°. Les Tortues mortes. (TrionNyx. Geoff.)
N’ont point d’écailles, mais seulement une peau molle pour envelopper leur carapace et leur plastron, lesquels ne sont ni l’un ni Mautre complétement soutenus par desos, les côtes n’atteignant pas les bords de la carapace et n’étant réunies entre elles que dans une portion de leur lououeur , les parties analogues aux côtes sternales étant remplacées par un simple cartilage, et les pièces sternales en partie dentelées comme dans les tortues de-mer, ne remplissant point toute la face inférieure. On aperçoit après la mort, au travers de la peau desséchée , que la surface des
côtes est très-raboteuse. Les pieds, comme dans les iortues d’eau douce , sont palmés sans être allongés ; mais trois de leurs doigts seulement sont pourvus d'ongles; la corne de leur bec est encore revêtue en dehors de lèvres charnues, et leur nez se prolonge en une petite trompe.
. Leur queue est courte et l’anus percé à son extrémité. Elles vivent dans l’eau douce, et les bords flexibles de leur enveloppe les aident dans Îa natation.
Le Tyrsé ou Tortue molle du Nil. ( Testudo triunguis. Forsk et Gmel.) Zrionyx ægyptiacus. Geoff. Ann. du Mus. XIV. tr.
Quelquefois longue de trois pieds’; d’un vert moucheté de blanc, à carapace peu convexe. Elle dévore les petits crocodiles au moment où ils éclosent, et rend par là plus de services à l’Esypte que la mangouste (r).
C'est probablement la même que l’on trouve dans l’'Euphrate. Oliv.-Foÿ. pl. XLI.
La Tortue molle d'Amérique. ( Testudo ferox. Gm.) Penn. Trans. Phil. LXI. x. 1-3. Cop. Lacep. I. vir. : Schæœpf. XIX.
Habite les rivières de la Caroline, de la Géorgie, de la Floride et de la Guiane; se tient en embuscade sous les racines des joncs, etc. , saisit les oiseaux , les reptiles',etc., dévore les jeunes caïmans et devient la proie des grands. Sa chair est bonne à manger (2).
sf PRAUAT
Gi) Sonnini, Voy. en Eg. Tome II, p. 335.
(2) ‘Ajoutez: Les espèces décrites par M. Geoftroy. Ann. du Mus, XIV, 1120.
N. B..La tortue de Bartram , Voy. en Am. Sept. trad. fr. I, pl.2, mie patait le téstudo ferox , auquel le dessinateur a donné , par megarde , deu oügles de trop à chaque pied.
16 REPTILES à
LE DEUXIÈME ORDRE DES REPTILES, OU - LES SAURIENS (ir).
Ont le cœur composé, comme celui des chéloniens, de deux oreillettes, et d’un ventricule quelquefois divisé par des cloisons imparfaites.
Leurs côtes sont mobiles, en partie attachées au sternum , et peuvent se soulever ou s’abaisser pour la respiration.
Leur poumon s'étend plus ou moins vers l'arrière du corps; il pénètre souvent fort avant dans le bas-ventre, et les muscles transverses de l'abdomen se glissent sous les côtes et jusque vers le col,pour l'embrasser. Ceux qui lont très- grand exercent la faculté singulière de changer les couleurs de la peau, suivant qu'ils sont émus par leurs besoins ou par leurs passions.
Leurs œufs ont une enveloppe plus ous moins dure. Les petits en sortent avec la forme qu'ils doivent toujours conserver.
Leur bouche est toujours armée de dents;
(1) De oxÿpos (lézard) , animaux analogues aux lézards,
SAURIENS. y
leurs doigts portent des ongles, au moins en partie; leur peau est revèêtue d’écailles plus ou moins serrées ; ils s’accouplent , tantôt par deux verges , tantôë par une seule , selon les genres. ;
Tous ont une queue plus ou moins longue, presque toujours fort épaisse à sa base ; le plus grand nombre a quatre jambes, quelquesuns seulement n'en ont que deux.
Ils ne formaient dans Linnæus que deux genres, les Dragons et les Lézarps ; mais ce dernier a dû être divisé en plusieurs, qui diffèrent par le nombre des pieds , celui des verges , les formes de la langue, de la queue et des écailles, au point qu’on est obligé d’en faire même plusieurs familles.
La première, ou celle
DES CROCODILIENS.
Ne comprend qu’un seul genre ; savoir :.
Les Crocopies. (CrocopiLus. Br.)
Ïs ont une grande stature; la queue aplatie par les côtés ; eimq doigts devant, quatre derrière , dont les trois internes seulement armés d’ongles à chaque pied, tous plus ou moins réunis par des membranes ; un seul rang de dents pointues à chaque méchoire; la langue charnue , plate, et attachée jus- que très-près de ses bords : ce qui a fait croire aux