TOME
quatre pieds antérieurs courts, dont les deux premiers arqués ; enfin par leur pièce carrée , qui n’a ni oreillette ni brosse soyeuse. Leurs organes sexuels se présentent sous la forme de deux cornes, en partie d’un jaune rougeâtre, accompagnées d’un penis terminé en palette et de quelques autres pièces. Si on fait sortir de force ces organes, l’animal périt sur-le-champ.
L'intérieur de l’abdomen des femelles et des ouvrières offre deux estomacs, les intestins et la fiole à venin. Une ouverture assez grande, placée à la base supérieure de la trompe, au-dessous du labre et fermée par une petite pièce triangulaire, nommée langue par Réaumur, l’épipharynx ou l’épiglosse par Savigny, sert de passage aux alimens et conduit à un œsophage délié, traversant l’iniérieur du corselet, et de là à l'estomac antérieur, qui renferme le miel. L’estomac suivant contient le pollen des étamines ou la matière cireuse, suivant Réaumur, et a des rides annulaires et transverses, en forme de cerceaux, à sa surface. Cette cavité abdominale renferme, en outre, dans les femelles, deux grands ovaires , composés d’une multitude de petits sacs, contenant chacun seize à dix-sept œufs ; chaque ovaire aboutit à l’anus, près duquel il se dilate en une poche, où l'œuf s'arrête et reçoit une humeur visqueuse, fournie par une glande voisine. D’après les observations de M. Huber fils’, les demi-anneaux inférieurs de l’abdomen des ouvrières, à l'exception du premier et du dernier, ont chacun, sur leur face interne , deux poches où la cire se secrète et se moule en forme de lames, qui effluent ensuite par les intervalles des anneaux. Au-dessous de ces poches est une membravre particulière, formée d’un réseau trèspetit, à mailles hexagonales, s’unissant à la membrane qui revêt les parois de la cavité abdominale. Ces observations sur l’anatomie intérieure des abeilles, sont communes, à quelques modifications près, aux bourdons proprement dits. La cire, d’après les expériences du
même naturaliste, ne serait qu’une élaboration du miel, et le pollen , mêlé d’un peu de cette substance, ne servirait qu'à la nourriture de ces insectes et de leurs larves.
M. Huber distingue deux sortes d’abeilles ouvrières ; les premières , qu'il nomme cirières, sont chargées de la récolte des vivres, de celle de tous les matériaux deconstruction et de leur emploi; les secondes ou les nourrices, plus petites et plus faibles, sont faites pour la retraite, et toutes leurs fonctions se réduisent presque à l’éducation des petits, et aux soins intérieurs du ménage.
Nous avons vu que les abeilles ouvrières ressemblent aux femelles en plusieurs points. Des expériences curieuses ont prouvé qu’elles sont du même sexe, et qu’elles peuvent devenir mères, si étant sous la forme de larves, et dans les trois premiers jours de leur naissance, elles reçoivent une nourrituresparticulière, celle qui est fournie aux larves des reines. Mais elles ne peuvent acquérir toutes les facultés de ces dernières, qu’étant alors placées dans un loge plus grande ou semblable à celle de la larve de la femelle propre, la cellule royale. Si, étant nourries de cette manière, leur demeure reste la même, elles ne peuvent donner naissance qu'à des mâles, et diffèrent en outre des femelles par leur taille plus petite. Les abeilles ouvrières ne sont donc que des femelles dont les ovaires, à raison de la nature des alimens qu’elles ont pris en état de larve, n'ont pu se développer.
La matière’ qui compose leurs gâteaux ne pouvant résister aux intempéries de l’air, ces insectes n'ayant pas d’ailleurs l’instinct de se construireun nidouune enveloppe générale , ils ne peuvent s’établir que dans les cavités où leur ouvrage trouve un abri naturel. Les ouvrières chargées seules du travail, font avec la cire ces lames composées de deux rangs opposés de cellules hexagonés , à base pyramidale, et formée de trois rhombes. Ces cellules ont reçu le nom d’alvéoles, et chaque lame celui
de gâteau où de rayon. Ils sont toujours perpendiculaires ; parallèles, fixés par leur sommet ou par une des tfanches, et séparés entre eux par des espaces qui permettent le passage à ces insectes. La direction des alvéoles est ainsi horizontale. D’habiles géomètres ont fait voir que leur forme est à la fois la plus économique sous le rapport de la dépense de la cire, etla plus avantageuse quant à l'étendue de l’espace renfermé dans chaque alvéole. Les abeilles savent cependant modifer cette forme, selon les circonstances. Elles en taillent et en ajustent les pans, pièce à pièce. Si l’on excepte l’alvéole propre à la larve et à la nymphe de la femelle, ces cellules sont presque égales, et renferment les unes le couvain, et les autres le miel et le pollen des fleurs. Parmi les cellules à miel, les unes sont ouvertes, et les autres, ou celles de la réserve, sont fermées d’un couvercle plat ou peu convexe. Les cellules royales , dontle nombre varie de deux à quarante, sont beaucoup plus grandes , presque cylindriques, un peu moins grosses au bout, et ont de petites cavités à leur surface extérieure. Elles pendent ordinairement , en manière de’stalactites , sur les bords des gâteaux, de façon que la larve s'y trouve dans une situation renversée. Il y en a qui pèsent autant que cent cinquante cellules ordinaires. Les abeilles prolongent toujours leurs rayons de haut en bas. Elles calfeutrent les petites ouvertures de leur habitation avec une espèce de mactic, qu’elles cueillent sur différens arbres, et qu’on nomme la propolis.
L'accouplement se fait au commencement de l'été, hors dela ruche,et suivant MM. Huber, la femelle rentre dans son habitation, en portant à l'extrémité de son abdomen les parties sexuelles du mâle. Cetie seule fécondation vivifie, à ce que l’on croit, les œufs qu’elle peut pondre dans le cours de deux ans, et peut-être même pendant sa vie entière. Les pontes se succèdent rapidement et ne cessent qu’en automne. Réaumur évalue à douze
mille le nombre des œufs qu’une femelle pond, au printems, dans l’espace de vingt jours. Guidée par soninstinct, elle ne se méprend point sur le choix des alvéoles qui leur sont propres. Quelquefois cependant, comme lorsqu'il n’y a pas une quantité suffisante d’alvéoles , elle met plusieurs œufs dans le mème. Les ouvrières en font ensuite le triage. Ceux qu’elle produit au retour de la belle saison, sont tous des œufs d’ouvrières qui éclosent au bout de quatre à cinq jours. Les abeilles ont soin de donner aux larves la pâtée nécessaire, proportionnée à leur âge , et sur laquelle elles se tiennent, ayant le corps courbé en arc. Six ou sept jours après leur naissance, elles se disposent à subir leur métamorphose. Enfermées dans leurs cellules par les ouvrières qui en ont bouché l’ouverture avec un couvercle bombé, elles tapissent les parois de leur demeure d’une toile de soie, se filent une coque, deviennent nymphes, et au bout d'environ douze jours de réclusion, se dégagent et se montrent sous la forme d’abeilles. Les ouvrières aussitôt nétoyent leurs loges, afin qu’elles soient propres à recevoir un nouvel œuf. Mais il n’en est pas ainsi des cellules royales ; elles sont détruites, etles abeilles en reconstruisent d’autres s’il est nécessaire. Les œufs contenant des mâles sont pondus deux mois plus tard, et ceux des femelles bientôt après ceux-ci.
Cette succession de générations forme autant de s0ciétés particulières, susceptibles de fonder de nouvelles colonies , et que l’on connaît sous le nom d’essaims. Une ruche en donne quelquefois trois à quatre; mais les derniers sont toujours faibles. Ceux qui pèsent six à huit livres * sont les meilleurs. Trop resserrés dans leur habitation ;, ces essaims quittent souvent leur mère patrie. Quelques signes particuliers annoncent au cultivateur la perte dont il est menacé, et il tâche de la prévenir, ou de faire tourner à son avantage l’émigration. :
Les abeilles se livrent quelquefois entre elles de violens
combats. À une époque où les mäles deviennentinutiles, les femelles ayant été fécondées (du mois de juin à celui d'août ), les ouvrières les mettent à mort, et le carnage s'étend jusqu'aux larves et aux nymphes des individus de ce sexe.
Les abeilles ont des ennemis intérieurs et extérieurs; elles sont sujettes à plusieurs maladies.
Le cultivateur instruit donne à ces animaux une attention particulière, choisit parmi les différentes sortes de ruches qu’on a imaginées, celle qui est la moins dispendieuse dans sa construction, la plus favorable à l’éducation des abeilles, la plus propre à les conserver; il étudie leurs habitudes , prévoit les accidens dont elles sont menacées ou atteintes, et n’a point lieu de se repentir de ses peines et de ses sacrifices.
Toutes les abeilles proprement dites ne se trouvent que dans l’ancien continent, et celles de l’Europe méridionale et orientale, de l'Egypte, diffèrent déjà de la nôtre, qu’on a transplantée en A mérique et dans diverses autres colonies , où elle s’est acclimatée.
L'espèce qui se trouve à l'ile de France et à Madagas- ‘car ( 4. unicolor, Lat,) donne un miel très-estimé, qu’on désigne par l’épithète de vert (r). j
. Le dernier sous-genre des apiaires sociales, celui
Des Méripones.(MeLipona.lIllis. Lat. —TriGonA. Jur.)
Est distingué du précédent par la forme du premier article des tarses postérieurs, plus étroit à sa base, ou en triangle renversé, et sans stries sur la brosse soyeuse de sa face interne.
On trouve ces hyménoptères dans l'Amérique méridiopale. Ils établissent leurs nids au sommet des arbres.
(1) Voyez pour les autres espèces Lair, dans les Obs. Zool. et Anat, de MM, Humbold et Bonpland.
Celui de la HZ. amalthée a la forme d'une cornemuse. Son miel est très-doux, fort agréable, mais très-liquide et se corrompt facilement. IL fournit aux Indiens une liqueur spiritueuse qu’ils aiment beaucoup (1).
On peut donner une idée générale des intestins des hyménoptères, en disant qu'ils ont deux estomacs, dont le second allongé ; de nombreux vaisseaux biliaires s’insérant près du pylore, un intestin court, le plus souvent terminé par un cloaque élargi.