LE DIXIEME ORDRE DES INSECTES
Celui des LÉPIDOPTÈRES. (GLossara.
Fab.) si
TFermine la série de ceux qui ont quatre ailes et nous montre deux caractères qui lui sont exclusivement propres.
Les ailes sont recouvertes, sur leurs deux surfaces, de petites écailles colorées, semblables à une poussière farineuse et qui s’enlève au toucher. Une trompe, à laquelle on a donné le nom de Zangue , roulée en spirale,
entre deux palpes hérissés d’écailles où de *
(1) Voyez Lat. Gen. Crust. et Insect, IV, p. 182, genus melipona et trigona ; ainsi que l'ouvrage ci-dessus,
poils, forme la partie la plus importante de leur bouche, l'instrument avec lequel ces insectes soutirent le miel des fleurs, qui est leur seule nourriture. Nous avons vu dans les généralités de la classe des insectes (pag. 129) que cette trompe étoit composée de deux filets tubulaires, représentant les màchoires, et portant chacun, près de leur base extérieure, un très-petit palpe (les swpérieurs ); il a la forme d’un tubercule. Les palpes apparens ou‘z2férieurs, ceux qui sont pour la trompe, une sorte de gaine, tiennent lieu des palpes labiaux des insectes broyeurs; ils sont cylindriques ou coniques, ordinairement relevés, et composés de trois articles. Deux petites pièces, à peine distinctes, cornées et plus ou moins ciliées, situées, une de chaque côté, au bord antérieur et supérieur du devant de la tête, près des yeux, semblent être des vestiges de mandibules; enfin on retrouve, et dans des proportions pareillement très-exigués , le labre ou la lèvre supérieure.
Les antennes sont variables et toujours composées d’un grand nombre d'articles. On découvre dans plusieurs espèces deux yeux lisses, mais cachés entre les écailles Les trois sesgmens, dont le tronc desinsectes hexapodes
LÉPIDOPTÈRES. 537 est formé, se réunissent en un seul corps; le premier est très-court; les deux autres se confondent l’un avec l’autre. Les ailes sont simplement veinées, de figure, de grandeur et de position variables; dans plusieurs, les inférieures ont quelques plis longitudinaux, vers leur bord interne. L’abdomen, composé de six à sept anneaux, est attaché au corselet par une très-petite portion de son diamètre, et n'offre ni aiguillon, ni tarière analogue à celle des hyménoptères. Dans plusieurs femelles cependant, comme les cossus, les derniers anneaux se rétrécissent et se prolongent, pour former un oviducte, en forme de queue pointue et rétractile. Les tarses ont constamment cinq articles. Il n’y a jamais que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles. Ceux-ci placent leurs œufs, souvent très-nombreux , sur les substances ordinairement végétales, dont leurs larves dgivent se nourrir, et ils périssent bientôt après.
Les larves des lépidoptères sont connues sous le nom de chenilles. Elles ont six pieds écailleux ou à crochets, qui répondent à ceux de l’'insecte parfait, et, en outre, quatre à dix pieds membraneux, dont les deux derniers sont situés à l'extrémité postérieure du corps,
près de lanus; celles qui n’ont en tout que dix à douze pieds ont été appelées, à raison de la manière dont elles marchent, géornètres ou arpenteuses. Elles se cramponnent au plan de position au moyen des paites écailieuses, puis élevant les articles intermédiaires du corps, en forme d’anneau ou de boucle, elles rapprochent les dernières pattes des précédentes, dégagent celles-ci, s’accrochent avec les dernières , et portent leur corps en avant, pour recommencer la mème manœuvre. Plusieurs de ces chenilles arpenteuses et dites en bééon sont fixées, dans le repos,aux branches deségétaux , par les seuls pieds de derrière; elles ressemblent par la direction, la forme et les, couleurs de leur corps, à un rameau et se tiennent longtemps dans cette situation sans donner le moindre signe de vie. Une attitude si gènante suppose une force musculaire prodigieuse ; et Lyonnet a, effectivement, compté dans la chenille du saule { cossus ligniperda), quatre mille quarante-un muscles. Quelques cheuilles à quatorze on à seize pattes, mais dont quelques-unes des membraneuses intermédiaires sont plus courtes, ont été nommées dermi-arpenteuses, où fausses -géomètres.
Les pieds membraneux sont souvent terminés par une couronne plus ou moins complète de petits crochets.
Le corps de ces larves est, en général, allongé, presque cylindrique, mou, diversement coloré, tantôt nu ou ras, tantôt hérissé de poils, de tubercules, d’épines , et composé, la tête non comprise, de douze anneaux, avec neuf stigmates, de chaque côté. Leur tête est revèêtue d’un derme corné ou écailleux et offre de. chaque côté six petits grains luisans, qui paroissent être de petits yeux lisses; elle a, de plus, deux antennes trèscourtes et coniques, une bouche composée de fortes mandibules, de deux mäâchoires, d’une lèvre et de quatre petits palpes. La matière soyeuse, dont elles font usage, s’élabore dans deux vaisseaux intérieurs, longs et tortueux , dont les extrémités supérieures viennent, en $’amincissant, aboutir à la lèvre; un mammelon tubulaire et conique, situé au bout de cette lèvres est la filière, qui donne issue aux fils de la soie.
= La plupart des chenilles se nourrissent des feuilles de végétaux; d’autres en rongent les fleurs, les racines, les boutons, les graines; la partie ligneuse ou la plus dure des arbres
sert d’alimens à quelques-unes. Elles la ramollissent au moyen d’une liqueur qu’elles y dégorgent. Certaines espèces rongent nos draps, nos étoffes de laine, les pelleteries, et sont pour nous des ennemis domestiques trèspernicieux : le cuir, la graisse, le lard, la cire ne sont même pas épargnés. Plusieurs vivent exclusivement d’une seule matière ; mais il en est de moins délicates, et qui attaquent diverses sortes de plantes ou de substances.
Quelques-unes se réunissent en société et souvent sous une tente de soie qu’elles filent en commun, et qui leur devient même un abri pour la mauvaise saison. Plusieurs se fabriquent des fourreaux, soit fixes, soit portatifs. On en connait qui se logent dans le parenchyme des feuilles, où elles creusent des galeries. Le plus grand nombre se plait à la lumière du jour. Les autres ne sortent de leurs retraites que Îa nuit. Les rigueurs de l'hiver, si contraires à presque tous les insectes, n'atteignent pas quelques phalènes; elles ne paraissent qu'à cette époque.
Leschenilles changentordinairement quatre fois de peau avant de passer à l'état de nymphe ou de chrysalide. La plupart filent alors une coque où elles se renferment. Une li-
L'ÉREDO PTE RES 01. SE queur souvent rougetre, une espèce de méconium que les lépidoptères jettent par l'anus, au moment de leur métamorphose, attendrit un des bouts de la coque et facilite leur sortie ; communément encore une des extrémités du cocon est plus faible ou présente, par la disposition des fils, une issue propice. D’autres chenilles se contentent de lier avec de la soie des feuilles, des molécules de terre, ou les parcelles des substances où elles ont vécu, et se forment ainsi une coque grossière. Les chrysalides des lépidoptères diurnes, ornées de taches-dorées qui ont donné lieu à cette dénomination générale de chrysalides, sont à nu, et fixées par l'extrémité postérieure du corps. Les nymphes des lépidoptères offrent un caractère spécial et que nous avons exposé dans les généralités de la classe des insectes. Elles sont ermauillotées ou en forme de #n0mie. Celles de plusieurs lépidoptères, particulièrement des diurnes, éclosent-en peu de jours; souvent même ces insectes donnent deux générations par année. Mais à l'égard des autres, leurs chenillés ou leurs chrysalides passent l'hiver, et l’insecte ne subit sa dernière métamorphose qu'au printemps ou dans l'été de l’année suivante. En général, les œufs
pondus dans l’arrière-saison n’éclosent qu’au printemps prochain. Les lépidoptères sortent de leur chrysalide, à la manière ordinaire, ou par une fente qui se fait sur le dos du corselet.
L’intestin des chenilles consiste en un gros canal sans inflexions, dont la partie antérieure est quelquefois un peu séparée en manièré d'estomac, et dont la partie postérieure forme un cloaque ridé; les vaisseaux bihiaires , au nombre de quatre et très-longs, s’insèrent fort en arrière. Dans l’insecte parfait, on voit un premier estomac latéral ou jabot , un second estomac tout boursouflé, et un intestin grêle assez long, avec un cœcum près du cloaque (a
Les larves des ichneumonides et des chalcidites nous délivrent d’une grande partie de ces insectes destructeurs.
Nous partagerons cet ordre en trois familles, quisépondent aux trois genres dont il se compose dans la méthode de Linnæus.
(1) Voyez sur l'anatomie de la chenille, l’'admirable ouvrage de LyoNxET ; elsur le développement des organes dans la chrysalide et le papillon, celui de M. Heron , intitulé Histoire du Développement des Papillons, en allemand , Cassel et Marburg , 1815.
(a LS CU
- La première famille, celle Des Drvrxes. ( DiurxA.)
Est la seule où le bord extérieur des ailes inférieures n'offre point une soie roide, écailleuse, ou une espèce de frein, pour retenir les deux supérieures; celles-ci et même le plus souvent les autres sont élevées perpen- | diculairement dans le repos; les antennes sont | tantôt terminées par un renflement en forme de bouton ou de petite massue, tantôt presque de la même grosseur, où même plus grêles et en pointe crochue à leur extrémité. Cette famille comprend le genre y
Des ParizLons-(PaAriL10) de Linnæus.
Leurs chenilles ont constamment seize pieds, Leurs chrysalides sont presque toujours nues, attachées par la queue , et le plus souvent anguleuses, L’insecte parfait, toujours pourvu d’une trompe, ne vole que pendant le jour ; les couleurs du dessous
de leurs ailes ne le cèdent pas à celles qui ornent leur face supérieure.
Nous les partagerons d’abord en deux sections.
Ceux de la première n’ont qu’une paire d’ergots ou d'épines à leurs jambes , savoir celle de leur extrémité postérieure. Leurs quatre ailes s'élèvent perpendiculairement dans le repos. Leurs antennes sont tantôt renflées à leur extrémité, en manière de bouton ou de petite massue,
tronquée ou arrondie à son sommet, tantôt presque filiformes.
Cette section renferme le genre PAPILLON et les Hes- PÉRIES ruricoles de l’entomologie systématique de Fabricius.
On peut diviser cette coupe, très-nombreuse en espèces, de la manière suivante :
1°. Ceux dont le troisième article des palpes inférieurs est tantôt presque nul, tantôt très- distinct , mais aussi fourni d’écailles que le précédent; dont les crochets des tarses sont très-apparens ou saillans.
Leurs chenilles sont allonsées, presque cylindriques. Leurs chrysalides sont presque toujours anguleuses, quelquefois unies, mais renfermées dans une coque grossière.
Il y en a parmi eux qui ne marchent que sur les quatre pieds de derrière, les deux premiers étant beaucoup plus courts et repliés ou courbés sur la poitrine, en manière de palatine, soit dans les deux sexes, soit plus rarement dans les mâles seuls.
Les ailes inférieures s’avancent ordinairement sous l’abdomen, l’embrassent et lui forment une gouttière ou un canal où il se loge.
Leurs chrysalides sont simplement attachées par l’extrémité postérieure de leur corps, et suspendues verticale ment, la tête en bas.
Tels sont :
Les NymPpHALes. (P. NympxaLres. Lin.)
Dont les palpes, s’élevant notablement au-delà du chaperon, ou longs et avancés, sont très-rapprochés l’un de l'autre , et qui ont les crochets des tarses bifides ou comme doubles.
Leurs ailes inférieures embrassent toujours l’abdomen et lui forment un canal.
Plusieurs espèces exotiques, souvent remarquables par
la grandeur de leur taille, et dont plusieurs font partie de la division des papillons chevaliers (equites) de Linnæus, s’éloignent des autres par leurs antennes presque filiformes ou à peine et graduellement plus grosses vers leur extrémité. Leurs chenilles, ainsi que celles des nymphales des quatre premières subdivisions suivantes, ont souvent le corps nu ou peu épineux, et terminé par deux pointes, en forme de fourche. Fabricius a composé (Sysé. glossat.), avec ces espèces à antennes presque filiformes , plusieurs genres, mais que Latreille réunit en un seul, sous le nom de morphe (morpho ) (1).
Les nymphales qui suivent ont les antennes terminées en bouton ou en une massue très-sensible.
Plusieurs ont les palpes inférieurs très-comprimés, avec la tranche antérieure presque aiguë ou fort étroite. Ils comprennent le genre des saéyres (satyrus) de Latreille, ‘et forment ceux de brassolis et d’Aipparchia de Fabricius. Leurs ailes inférieures sort presque toujours rondes. Notre pays offre un grand nombre d'espèces de ce dernier genre de Fabricius (2).
Dans les autres nymphales, les palpes inférieurs sont peu comprimés ; leur côté antérieur est aussi large ou guère plus étroit que ses faces latérales.
Ces palpes sont longs et avancés dans les Zibythées de Fabricius (3),ses biblis (4) et ses mélanites (5). Les femelles
(1) Les P. achilles, menelaus , hecuba, teucer, idomeneus, phidippus, lena, piera, diaphanus , de Fab. (Entomw. Syslem.), etc. Voyez les figures de Cramer qu’il a citées.
(2) Les P. galathea, mœæra, hermiona , hyperanthus, manto, pamphailus, arcarius, davus, janira, bathseba , eudora , pilosellæ , etc. de Fabricius. Parmi les espèces exotiques : les pap. arete, mycæna, beroe, etc. de Cramer ; les pap. sophoræ , cassiæ, etc. de * Fabricius.
(3) Les P. celtis, carinenta, etc.
(4) P. Biblis, Fab.
(5) P. ariadne, undularis, Fab.