‹ Le règne animal (volume 2)Chapitre 63 sur 105 · LES OISEAUX DE PROIE NOCTURNES · texte numérisé non relu

LES OISEAUX DE PROIE NOCTURNES

Ont la tête grosse , de très grands yeux dit igés en avant , entourés d'un cercle de plumes effilées, dont les antérieures recouvrent la cire du bec . et les postérieures l'ouverture de l'oreille. Leur énorme pupille laisse entrer tant de rayons qu'ils sont éblouis par le plein jour. Leur crâne épais, mais d'une substance légère , a de grandes cavités qui communiquent avec l'oreille et renforcent probablement le sens de l'ouïe ; mais l'appareil relatif au vol n'a pas une grande force ; leur fourchette est peu résistante ; leurs plumes à barbes douces , finement duvetées, ne font aucun bruit en volant. Le doigt externe de leur pied se dirige à volonté en avant ou en arrière. Ces oiseaux volent surtout pendant le crépuscule et le clair de lune. De jour, quand ils sont attaqués , ou frappés de quelque objet nouveau, sans s'envoler ils se redressent, prennent des postures bizarres et font des gestes ridicules.

Leur gésier est assez musculeux , cjuoique leur proie soit tout animale, consistant en Souris, petits oiseaux, insectes; mais il

(1) Espèces étrangères : VAcoli, Vaill. Afr. xxxi. (F aie acoli^ Sh.). — Letchoug, id.xxxn, etSonnerat,II,CLxxxii. (F .melanoleucos). — (F .palusfris, Pr.flIax.col.22. — Le Grenouil- /orrf, Vaill. Afr.xxiii. (i^. ranir!orns,?>\\.). — Le B«sBre? row^r, Vieill. Araér. pi. ix, que cet auteur regarde comme le même que le F. hudsonius , Edw. cvn. — Le Busard d'hiver. (Circtis hiemalis)., Vieill. Amer, lxxi, qui ne paraît pas le même que le F. hieinalis, Vf ils. IV, XXXV, I. — Le Busard à croupion blanc {Cire, europogistus) , Vieill. Amer, vni . Probablement aussi le F. uliginosus, Edw. cccxci, appartiennent à ce sons-genre; mais tant que l'on n'aura pas suivi les mutations que l'âge apporte à leur plumage , il sera difficile d'en déterminer les espèces, fli. Ch. Bonaparte dit que le F. uliginostis est une jeune femelle du Cyaneus.

(2) flI. Vieillot a changé ces noms en Opliiothvros , Gai. pl.cczx.

est précédé d'un grand jabot; les cœciims sont longs et élargis à leur fond , etc. Les petits oiseaux ont contre ceux-ci une antipathie naturelle , et se réunissent de toutes parts pour les assaillir, ce qui fait qu'on les emploie pour attirer les oiseaux aux pièges ; on n'en a fait qu'un genre,

Strix, Lin.,

Que l'on peut diviser d'après leurs aigrettes , la grandeur de leurs oreilles , l'étendue du cercle de plumes, qui entoure leurs yeux , et quelques autres caractères.

Les espèces qui ont autour des yeux un grand disque bien complet de plumes effilées, entouré lui-même d'un cercle ou collerette de plumes écailleuses, et entre deux une grande ouverture d'oreille , sont plus éloignées pour la forme et pour les mœurs des oiseaux de proie diurnes que celles où l'oreille est petite , ovale , et recouverte par des plumes effdées, qui ne viennent que de dessous l'œil. On voit des traces de ces différences jusque dans le squelette.

Parmi ces premières espèces , nous nommerons

Hiboux ( Oxus , Cuv. )

Celles qui ont sur le front deux aigrettes de plus, qu'elles relèvent à volonté ; dont la conque de l'oreille s'étend en demi-cercle, depuis le bec jusque vers le sommet de la tête , et est munie en avant d'un opercule membraneux. Leurs pieds sont garnis de plumes jusqu'aux ongles. Tels sont en Europe :

Le Grand Hibou à huppes courtes. {Str. ascalaphus. Savigny. Eg. ) Brit. Zool. , tab. B, ni.

D'un quart plus grand que le suivant; comme lui fauve, tacheté de brun , et vermiculé sur les ailes et le dos , mais le ventre rayé en travers de lignes étroites , et des aigrettes très courtes. Il est proprement d'Afrique, mais il en paraît quelquefois en Europe (1).

Le Hibou coinmun ou moyen Duc . Buff. {Str. otus. L.) Frisch. xcix. Brit. Zool. Tab. B, iv, f. i. Nauni. xxxiv, 1.

Fauve, avec des taches longitudinales, brunes, sur le corps et dessous ; vermiculé de brun sur les ailes et le dos , des aigrettes longues comme la moitié de la tête, huit ou neuf bandes brunes sur la queue.

La Chouette ou le moyen Duc à huppes courtes. {Str. ulula et Str. hrachyotos. Gm.) Enl. 458. Frisch, c. Naum. xlv, 2. Brit. Zool. tab, B, iv , f. 2. Wils. IV, xxxin , 3.

Presque semblable au précédent pour les couleurs; le dos non rélicidé, mais des lignes longitudinales étroites sur le ventre , et quatre ou cinq bandes brunes sur la queue. Les huppes ne se trouvent que dans le mâle ; elles sont si petites , et il les relève si rarement, qu'elles n'ont presque jamais été remarquées, et qu'on a long-temps laissé cet oiseau parmi les espèces sans

(1 ) Témoin cehii que représente la Zoologie britannique, et dont la figure a tant embarrassé les naluralistcs.

huppes , ou qu'on en a fait deux espèces. 11 est répandu presque sur toute la terre (1).

On pourrait réserver le nom de

Chouettes (Ulula, Cuv. )

Pour les espèces qui ont le bec et l'oreille des Hibous, mais non leurs aigrettes. Nous n'en possédons point de telles ici ; mais il y en a dans le nord des deux continents , par exemple •

La grande Chouette grise de Laponîe {Str. laponica. Gm.).

Presque de la taille de notre Grand-Duc ; mélangée de gris et de brun dessus, blanchâtre , à taches longitudinales gris-brun dessous. Elle habite les montagnes du nord de la Suède (2).

Les Effrayes (Strix, Savigny)

Ont l'oreille aussi grande que les Hibous , et pourvue d'un opercule qui l'est encore plus que cekii de ces derniers; mais leur bec alongé ne se courbe que vers le bout, tandis que. dans tous les autres sous-genres, il est arqué dès la pointe. Elles manquent d'aigrettes; leurs tarses sont emplumés, mais elles n'ont que des poils à leurs doigts. Le masque, formé par les plumes effilées, qui entourent leurs yeux, a plus d'étendue, et leur donne une physionomie plus extraordinaire encore qu'aux autres oiseaux de nuit.

L'espèce commune en France ( Str. flammea, L. ) , enl. 440 ; Frisch , xcvii , Naum. xLvii, 2, paraît répandue sur tout le globe. Son dos est nué de fauve et de cendré ou de brun, joliment piqueté de points blancs, enfermés chacun entre deux points noirs ; son ventre est tantôt blanc, tantôt fauve, avec ou sans mouchetures brunes. Elle niche dans les tours , les clochers , et c'est elle que Je peuple regarde plus spécialement comme un oiseau de mauvais augure (3).

Les Chats-Huants (Syrnium, Savigny)

Ont le disque de plumes effilées, et la collerette comme les précédents ; mais leur conque se réduit à une cavité ovale qui n'occupe pas moitié de la hauteur du crâne; ils n'ont point d'aigrettes, et leurs pieds sont emplumés jusqu'aux ongles.

Le Chat-Huant de ce pays-ci (Str. aluco et stridula, L.), Hulotte, Chouette des bois, etc. , enl. 441 , 437; Frisch, xciv, xcv, xcvi ; Naum. xlvi et XLVII , 1 ,

Est un peu plus grand que le Hibou commun , couvert partout de taches

(1) Ajoutez le Hibou d'Amérique {Str. mexicana, Gm., ouiî^r. clamator, Vieill. Am. xx , ou Str. longirostris , Spix , ix;" qui ne diffère presque de notre Hibou commun que par des taches plus noires, moinslavées.— Le Hibou tacheté du Cap {Str. africana , T. col. 56) , Str. 5«acM/o«ffl, Vieill. Gai. xiii. — Le Hibou à gros bec { Str. viacrorhynchos , T. col. 62). — Le Hibou à joues blanches {Str-^ leucotis, T. col. 6.) — Le Hibou à joues fauves {Str. otus.) Wils. VI, Li , 3 , différent de VOtus d'Europe. — Le Hibou tacheté cl'Amérique { Str. imvia , Lath.) , Wils. III , xix , dont le Str. asio, id. IV , xlii, 1 , est probablement la femelle ou le jeune. — Le Hibou à clapiers ( Str. cunicularia, Ch. Bonap. Am. I, VII, 2.

(2) Aj. La Chouette grise du Canada {Str. nebidosa , Gm.) Vieill. xvii; Wils. IV, xxxiii. 2.

(ô) Ajout. {Str. badia, T. col. 54). — N. B. La Chouette à queue, fourchue du Brésil, col. 432, ne paraît différer de l'Effraye que par rempaillajje.

longitudinales brunes, déchirées sur les côtés en dentelures transverses; il a des taches blanches aux scapulaires et vers le bord antérieur de Taile. Le fond du plumage est grisâtre dans le mâle , roussâtre dans la femelle ; ce qui les avait fait long-temps considérer comme deux espèces (1). Ces oiseaux nichent dans les bois , ou pondent souvent dans des nids étrangers , et se tiennent dans de vieux troncs d'arbres (2).

Nous réservons le nom de

Ducs (BuBO, Cuv.)

Aux espèces qui , avec la conque aussi petite et le disque de plumes moins marqué que les Chats-Huants , possèdent des aigrettes. Ceux qu'on connaît ont de gros pieds emplumés jusqu'aux ongles ; tel est

Le Grand-Duc des naturalistes. {Str. bvbo.) Enl. 344; Frisch. xcm. Naum. xLiv.

Le plus grand des oiseaux de nuit; fauve, avec une mèche et des pointillures latérales brunes sur chaque plume ; le brun est plus abondant dessus, le fauve dessous , les aigrettes presque toutes noires (3).

Les Chouettes a aigrettes (Vaill. Afr. xlui)

Ne sont que des Ducs dont les aigrettes, plus écartées et placées plus en arrière , ne se relèvent que difficilement au dessus de la ligne horizontale. Il y en a dans les deux hémisphères (4).

Les Chevêches (Noctua , Savigny)

N'ont ni aigrettes , ni conque de l'oreille évasée et enfoncée ; l'ouverture en est ovale , à peine plus grande que dans les autres oiseaux; le disque de plumes effilées est moins grand et moins complet encore que dans les Ducs. Leurs rapports avec les oiseaux de proie diurnes se montrent jusque dans leurs habitudes.

Quelques-unes se font remarquer par une longue queue étagée ; elle ont les doigts très emplumés; on les nomme Chouettes Eperviers (Surnia, Dumer.). Il paraît qu'il en existe , dans tout le nord , quelques espèces ou variétés très voisines et assez mal distinguées, sous les noms de Str.funerea, Imdsonia, uralensis, accipUrina, etc.

L'espèce la mieux connue (Str. nîsorîa, Wolff) enl. 473; Naum. xlh, 2. ,

de tout le nord du globe , de la taille de l'Epervier , brun noirâtre dessus .

avec des taches blanches en gouttelettes sur la tête, en barres transversales

sur les scapulaires , rayée transversalement de blanc et de brun en dessous ,

(1) Les Str. syhestris, ni fa, noctua, alba, de Scopoli , et le Str. soloniensis , que Ginelin a intercalés dans son système , sont trop peu déterminés pour être considérés comme autre chose que des variétés du Chat-Huant. Il est bon de savoir que, dans tout ce genre, les femelles sont jJus rousses que les mâles , ce qui a fait quelquefois multiplier mal à propos les espèces.

(2) Ajout, le Str. pagodarum , Temm. col. 220.

(3) On ne peut admettre le Str. scandiaca, L. qui ne repose que sur une figure laissée parRudbek , et faite probablement d'après une variété du Grand-Duc. Ajout. Str. magel- /awîca^ enl. 585, dont le Str. rirginiana jJ^axiA. II,xni, etWils. Am. VI, i. , 1 , ou Str. pinicola , Vieill. Am. xix, ne diffère que par des teintes plus rousses. — Str. lactea , T. col. 4.

(4) Str. griseata, Sli.; Vaill. Afr. xi.iii, de la Guiane. — Str. strepitans, T. col. 174 et 229: de Batavia.

avec dix ligues Irausverses blanches sur la queue , chasse plus le jour que la nuit.

L'espèce des monts Ourals {Str. iiralensis , Pall.), Naum. 42, 1. , est presque aussi grande mie\e harfang , brune dessus , avec des taches blanchâtres; blanche dessous , avec des taches longues brunes , cinq bandes grises en travers de la queue. Elle chasse aussi de jour, et se voit quelquefois en Allemagne. C'est probablement VHybris ou Ptynx d'Aristote, L. IX , C. 12.

On y voit aussi quelquefois l'espèce dite d'Acadie ( Str. acadica ) i Naum. XLiii , f. 1 et 2; Wils. Am. IV, xxxiv, 1 , mais qui appartient également à tout le nord du globe. C'est la plus petite des Chouettes; elle surpasse à peine le Moineau. Le jour ne l'effraie pas non plus; Vaillant a fait connaître une de ces Chouettes-Eperviers d'Afrique {Choucou , n" xxxvm), toute blanche en dessous, à quatorze ou quinze lignes sur la queue, et qui, selon lui, est plus nocturne encore que les autres Chouettes.

D'autres Chevêches ont lacjueuecourteetles doigtsemplumés. La plus grande, et eu même temps le plus grand oiseau de nuit sans aigrettes , est

Le Harfang {Str. nyctea , L. ) , enl. 458 ; Wils. IV, xxxii, 1 ; Naum. xli ,

Qui égale presque le Grand-Duc pour la taille. Son plumage, blanc déneige, est marqué de taches transversales brunes , qui disparaissent à mesure que l'animal vieillit. Il habite le nord des deux continents; il niche sur des rochers élevés ; il chasse aux Lièvres , aux Coqs de bruyère , aux Lagopèdes , etc. (1). 11 y a des espèces beaucoup plus petites, telles que

La Chevêche à pieds emplumés. {Str. tengmalmî. Gm. Str. dasypus. Bechsl. ) Naum. xLviii , f. 2 et 5.

A dos brun semé de gouttes blanches ; dessous plus pâle, à taches blanches

plus larges ; quatre lignes^ilanches en travers de la queue ; elle se tient dans

les bois. La Chevêche rousse ( Str. passerina, Meyer et Wolff ) est sa femelle.

Cependant le plus grand nombre de ces petites espèces n'a aux doigts que

des poils clair-semés. Telle est

hdi Chevêche commune. {Str. passerina. Gm. Str. pygmœa. Bechsl.) EnL 459. Naum. XLviii, 1.

Un peu plus petite que la précédente, mais presijue du même plumage; la queue un peu plus courte et avec cinq barres pâles plus larges ; elle niche souvent dans les vieux murs. Il y a plusieurs espèces très voisines en Amérique, aux Indes, etc. (2).

Il y a des Chevêches à doigts sans plumes, qui approchent de nos Chats- Huants pour la taille. Cayenne en fournit plusieurs belles espèces, et notamment les trois suivantes :

La Chevêche fauve {Str. cayennensls, Gm.), enl. 442,

Irrégulièrement et finement rayée en travers de brun sur un fond fauve.

(1) La Chouette blanche, Vaill. Afr. xlv , n'est qu'un vieux Harfang. Les différences alléguées dans les proportions tiennent à l'empaillage.

(2) Str. Brama, T. col. 68, qui diffère à peine du Passerina. — Str. Sonnerait, T. col. le. — Str. uriccurea , id., dont le Str. grallaria, id., col. lôG , est la femelle. — Str. castanoptera, Hoff. , ou Sir. spadicca, Reinw. col. 98. — Str. pumila, lllig., ou Cabouré d'Azz. col. 39, dont le Str. passerina ides, col. 344, est probablement le mâle. — Str. fcrrufjinca, pr. Max. col. 199. — Str. hirsitta, T. col. 289. — Str. occipitalis. — Le Sir. Maugei, col. 46, devient déjà assez grand.

La Ckevècke noire ou Huhul (Vaill. Afr. xli ) , Str. lineata. Sh.; Str. albomarginata , Spix, x ,

Rayée en travers de blanc sur un fond noir, quatre lignes blanches sur la queue. Elle fuit si peu la lumière, qu'on l'appelle Chouette de jour. La taille de ces deux espèces est celle de notre Chouette commune.

La Chevêche à collier ( Str. torquata , Daud. ), Vaillant , Afr. xlii ,

Brune dessus , blanchâtre dessous ; le tour des yeux et un ruban sur la poitrine bruns; la gorge et les sourcils blancs. Elle surpasse le Chat-Huant en grandeur; c'est le Nacurutu sans aigrettes de d'Azzara. Il y en a enfin en Amérique qui ont les tarses nus aussi bien que les doigts : telle est la Chevêche nudipêde {Str. nudipes , Daud. ), Vieill. Amer. xvi.

Enfin les Scops (Scops, Savigny)

Ont, avec les oreilles à fleur de tête, les disques imparfaits et les doigts nus des précédentes, des aigrettes analogues à celles des Ducs et des Hibous.

Il y en a un dans ce pays-ci {Str. scops) enl. 456, Naum. xliii , 3, à peine grand comme un Merle ; à plumage cendré, plus ou moins nue de fauve; joliment varié de petites mèches longitudinales noires, étroites, et de lignes transversales vermiculées, grises , avec une suite de taches blanchâtres aux scapulaires, et six ou huit plumes à chaque aigrette : c'est un joli petit oiseau (1).

Certaines espèces étrangères, d'assez grande taille, ont les jambes nues comme les doigts (2).

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