DEUXIEME ORDRE DES REPTILES
LES SAURIENS (ô)
Ont le cœur composé , comme celui des Chéloniens, de deux oreillettes , et d'un ventricule quelquefois divisé par des cloisons imparfaites.
Leurs côtes sont mobiles, en partie attachées au sternum, et peuvent se soulever ou s'abaisser pour la respiration.
Leur poumon s'étend plus ou moins vers l'arrière du corps ; il pénètre souvent fort avant dans le bas-ventre ;, et les muscles transverses de l'abdomen se glissent sous les côtes et jusques vers le col pour l'embrasser. Ceux qui l'ont très grand, exercent
(1) Sonnini , voyage en Egypte , tome II , p. 5ôô.
^2) Aj. Trionix jaianicus , Geoffr. Ann. du Mus. xiv; — Tr. carinatus , id . ; — Tr. stellatus , id. ; — Tr. euphraticus, Olivier , Voyage en Turq. , etc. , pi. xlu; — Tr. gan- (jeticiis, Duvaucel; — Tr. granosus , Leach. ou test, granosa , Schœpf. xxx, A et B.
N. B. La Tortue de Bartram, Voyage en Am. sept. , trad. fr. . I, pi. 2, me paraît Je Tv.itudo fcrox, auquel le dessinateur a donné , par mégarde , deux ongles de trop à chaque pied.
(ô) De (Taupct; (Lézard ). animaux analogues aux Lézards.
T. r. -iT
la faculté singulière de changer les couleurs de la peau , suivant qu'ils sont émus par leurs besoins ou par leurs passions.
Leurs œufs ont une enveloppe plus ou moins dure. Les petits en sortent avec la forme qu'ils doivent toujours conserver.
Leur bouche est toujours armée de dents ^ leurs doigts portent des ongles, à très peu d'exception près: leur peau est revêtue d'écailles plus ou moins serrées, ou au moins de petits grains écailleux • ils s'accouplent , tantôt par deux verges, tantôt par une seule , selon les genres.
Tous ont une queue plus ou moins longue , presque toujours fort épaisse à sa base^ le plus grand nombre a quatre jambes : quelques-uns seulement n'en ont que deux.
Ils ne formaient dans Linnœus que deux genres, les Dragons et les Lézards ^ mais ce dernier a dû être divisé en plusieurs , qui diffèrent par le nombre des pieds , celui des verges , les formes de la langue , de la queue et des écailles , au point qu'on est obligé d'en faire même plusieurs familles.
La première , ou celle
Des Crocodiliens.
Ne comprend qu'un seul genre , savoir :
Les Crocodiles. (Crocodilus. Br.)
Ils ont «ne grande stature, la queue aplatie par les côtés, cinq doigts devant , quatre derrière , dont les trois internes seulement armés d'ongles à chaque pied , tous plus ou moins réunis par des membranes ; un seul rang de dents pointues à chaque mâchoire; la langue charnue, plate et attachée jusque très près de ses bords , ce qui a fait croire aux anciens qu'ils en manquaient; une seule verge; l'ouverture de l'anus longitudinale ; le dos et la queue couverts de grandes écailles carrées, très fortes, relevées d'une arête sur milieu ; une crête de fortes dentehu'es sur la queue , double à sa base. Les écailles du ventre carrées , minces et lisses. Leurs narines, ouvertes sur le bout du museau, par deux petites fentes en croissant que ferment des valvules , donnent , par un long canal étroit percé dans les palatins et dans le sphénoïde, jusque dans le fond de l'arrièrebouche.
La mâchoire inférieure se prolongeant derrière le crâne , il semble que la supérieure soit mobile , et les anciens l'ont écrit ainsi ; mais elle ne se meut qu'avec la tête tout entière.
Leur oreille extérieure se ferme à volonté par deux lèvres charnues; leur œil a trois paupières. Sous la gorge sont deux petits trous, orifices de glandes , d'où sort une pommade musquée.
Les vertèbres du cou appuient les unes sur les autres , par de petites fausses côtes qui rendent le mouvement latéral difficile : aussi ces animaux ont-ils de la peine â changer de direction , et on les évite aisément en tournoyant. Ce sont les seuls Sauriens qui manquent d'os claviculaires ; mais leurs apophyses coracoïdes s'attachent au sternum , comme dans tous les
autres. Outre les côtes ordinaires et les fausses eûtes, il y en a qui protègent l'abdomen sans remonter jusqu'à l'épine, et qui paraissent produites par l'ossification des inscriptions tendineuses des muscles droits.
Leurs poumons ne s'enfoncent pas dans l'abdomen , comme ceux des autres reptiles , et des fibres charnues , adhérentes à la partie du péritoine qui recouvre le foie , leur donnent une apparence de diaphragme, ce qui , joint à leur cœur divisé en trois loges, et oii le sang qui vient du poumon ne se mêle pas avec celui du corps aussi complètement que dans les autres reptiles, rappi'oclic un peu plus les Crocodiles des quadrupèdes à sang chaud.
Leur caisse et leurs apophyses ptérygoïdes sont fixées au crâne, comme dans les Tortues.
Leurs œufs sont durs et grands comme ceux de nos Oies, et les Crocodiles j)assent pour les animaux dont les deux extrêmes de grandeur sont le plus différents. Les femelles gardent leurs œufs , et quand ils sont éclos , elles soignent leurs petits pendant quelques mois.
Ils se tiennent dans les eaux douces , sont très carnassiers , ne peuvent avaler dans l'eau , mais noient leur proie , et la placent dans quelque creux sous l'eau, où ils la laissent putréfier avant de la manger (1).
Les espèces , plus nombreuses qu'on ne le croyait avant nous , se rapportent à trois sous-genres distincts.
Les Gavials , Cuv.
Ont le museau grêle et très alongé ; les dents à peu près égales : les quatrièmes d'en bas passant, quand la bouche est fermée , dans des échancrures, et non pas dans des trous de la mâchoire supérieure; le» pieds de derrière dentelés au bord externe et palmés jusqu'au bout des doigts; deux grands trous aux os du crâne, derrière les yeux , que l'on sent au travers de la peau. On n'en a encore observé que dans l'ancien continent. Le plus connu est
Le Gavial du Gant/e. ( Lac. f/an/yelica. Cm. ) Faujas. llist. de la Mont, de St. -Pierre , pi. xlvi , Lacep. I , xv.
Espèce qui devient fort grande . et qui , outre la longueur de son museau , se fait remarquer par une grosse proéminence cartilagineuse qui entoure ses narines, et se rejette en arrière (2).
(1) Les Crocodiles diffèrent assez des autres I^ézards , pour cpie plusieurs auteurs récents aient ciu devoir en faire uu ordre particulier. Ce sont les Loeicata de Merrem , et de Fitzinger,lee Emydosaurikns de Blaiiiville.
(2) C'est cette proéminence qui avait fait dire à Elien (Ilist. au. lxii , c. 41) , qu'il existe dans le Gange des Crocodiles ([ui ont une corne sur le bout du museau. Fotjei eu la description et les figures, par M. Geoffroy St.-IIil. , Mém. du Mus. , XII , p. 97.
Ajoutez le petit Gavial ( Croc, tetiuirostris , Cuv. ) , Faujas . loc. cit. , pi. xlviu , si toutefois c'est une espèce distincte.
N. B. Les Schistes calcaires de Bavière ont donné un petit Gavial fossile, d'une espèce particulière , qui a été décrit par M. Sœmmering dans les Mém. de l'Académ. de Munich , pour 1814.
J'ai fait connaître des crânes et d'autres parties de Crocodiles fossiles , \oisins du Gavial , trouvés à Caen , à Ronfleur et en d'autres lieux, et j'ai marqué les points par lesquels l'ostéologiede leur crâne diffère de celle du Gavial actuel, yotjcz mes Recherches sur les ossem. foss.,V , 2<= part. 11 y a aussi des observations analogues faites en Angleterre, par y\. Conybcare. D'après ces différences qui tiennent surtout à l'arrière du palais , M. Geof-
Les Crocodiles (1) proprement dits
Ont le museau oblong et déprimé, les dents inégales, les quatrièmes d'en Las passant dans des échancrures et non pas dans des trous de la mâchoire supérieure , et tous les autres caractères des Gavials. Il y a des espèces de cette forme dans les deux continents.
Le Crocodile vulgaire , ou du Nil. {Lac. crocodihis. L.) Geofir. Descr. de l'Eg. Rept. II , I , Ann. Mus. X, III , i , Cuv. ibid. X, pi. i, C. 5 et 11, f. 7 , et Ossem. loss. V, part. 2, même pi. et fig.
Si célèbre chez les anciens, a six rangées de placjues carrées, et à peu près égales , tout le long du dos (2).
froy a cru devoir faire de ces animaux perdus, deux genres , qu'il nomme Theleosaurus et Steneosaorcs , et néanmoins il paraît croire que les Gavials actuels peuvent en descendre, et que leurs différences peuvent résulter du changement des circonstances atmosphériques. Mém.du3Ius.,Xn.
(1) qvi craint le rivage , nom donné par les Grecs à un Lézard commun chez eux; ils l'appliquèrent ensuile , à cause de la ressemblance, au Crocodile d'Egypte , quand ils voyagèrent dans ce dernier pays. Hérodot. , lib. IL M. Merem a changé ce nom de sous-genre en Cuampses qui était le nom égyptien de cet animal selon Hérodote.
(2) N. B. On trouve depuis le Sénégal jusqu'au Gange et au-delà, des Crocodiles très semblables au vulgaire , et qui ont , les uns le museau un peu plus long et plus étroit , les autres quelques variétés dans les plaques ou écailles qui garnissent le dessus de leur cou ; mais il est très difficile de les distribuer en espèces distinctes , à cause des nuances intermédiaires. Les petites écailles isolées, qui forment une rangée transverse, immédiatement derrière la crâne, varient de deux à quatre et à six ; les plaques rapprochées , qui composent le bouclier de la nuque , sont généralement au nombre de six ; mais il y en a quelquefois une plus petite, à peu de distance de chaque angle antérieur de ce bouclier, et d'autres fois , celle-là est contiguë au bouclier, ce qui lui donne huit plaques. M. Geoffroy nomme Croc. sucJms, ceux qui ont le museau plus étroit et plus alongé ; Cr. marginatus , ceux où l'on compte six écailles à la rangée de derrière le crâne; il y en a parmi eux qui ont six plaques au bouclier^ d'autres qui en ont huit; Cr. lacunosus, un individu qui ne lui a offert que deux écailles derrière le crâne , et six plaques au bouclier ; enfin , Cr. Coniplanatus, un individu dont les caractères tiennent à quelques proportions de la tête.
Ces différents Crocodiles ont bien aussi quelques variations dans les formes de détail du museau , et dans les écailles latérales du dos ; mais à cet égard , et surtout pour le museau, les variétés seraient encore bien plus nombreuses , et M. Geoffroy reconnaît que rie/i n'est plus fugitif que les formes des Crocodiles. C'est au point que je n'ose élever au rang d'espèce, des Crocodiles envoyés du Bengale par M. Duvaucel, quoique leur tête soit plus convexe que dans tous les autres.
J'ai une autre discussion avec le savant naturaliste que je viens de citer; il suppose que l'espèce ou variété à museau plus étroit, demeure plus petite, qu'elle est douce et inoffensive, que sa petitesse fait qu'elle est portée plutôt sur le rivage lors des inondations , dont elle est ainsi un précurseur , et d'après ces idées qu'il s'en est faites , il pense que c'était particulièrement à elle que les Egyptiens rendaient des honneurs religieux, et que le nom de Suchus ou de Suchis lui appartenait comme espèce. Je crois , au contaire, avoir prouvé par Aristote et par Cicéron que les Crocodiles vénérés en Egypte, n'étaient pas moins féroces que les autres; il est certain aussi que le Crocodile à museau étroit, n'était pas soigné exclusivement par les prêtres; car, d'après les recherches très exactes de M. Geoffroy lui-même , il se trouve que les trois Crocodiles embaumés qui existent en ce moment à Paris, ne sont justement pas le Suchus , mais bien le marginatus , le lacunosus et le complanatus; enfin , tout me fait croire que Souc ou Souchis , qui , selon M. Champollion, était le nom égyptien de Saturne , était aussi le nom propre du Crocodile que l'on entretenait à Arsinoë ; comme Apis était le nom du bœuf sacré de Memphis, et Mnevis celui du bœuf d'Hermopolis.
On peut consulter , sur ce point d'antiquité , les différents écrits de M. Geoffroy , et celui ou u les a résumés dans le grand ouvrage sur l'Egypte , ainsi que mes Recherches sur les ossements fossiles, tome V, 2e part. p. 45. Ce dernier article ayant été fait avant celui de l'ouvrage sur l'Egypte , je n'ai pu y faire entrer l'argument tiré de la différence des Croco-
Le Crocodile à deux arêtes, ( Croc, blporcatus. Cuv. ) Ami. du Mus. X , 1,4 et II , 8 , et Osseni. f'oss. V, 2" part, mêmes pi. et fig.
A Juiit rangées de plaques ovales le long du dos , et deux arêtes saillantes sur le haut du museau; se trouve dans plusieurs îles de la mer des Indes, et probablement aussi dans les deux presqu'îles. On l'a reçu principalement des Séchelles.
Le Crocodile à museau effilé ( Croc, acutus. Cuv.) Geoffr. Ann.
Mus. II , XXXVII.
S. museau plus long , bombé à sa base ; à plaques du dos rangées sur quatre lignes : les extérieures disposées irrégulièrement et avec des arêtes plus saillantes. C'est l'espèce de Saint-Domingue et des autres grandes Antilles. La lemelle place ses œufs dans la terre, et les découvre au moment où ils doivent éclore (1).
Les Caïmans (2) (Alligator. Cuv. )
Ont le museau large, obtus , les dents inégales, dont les quatrièmes d'en bas entrent dans des trous , et non dans des échancrures de la mâchoire supérieure ; leurs pieds sont à demi palmés seulement et sans dentelure. On n'en connaît encore pour sûr qu'en Amérique.
Le Caïman à lunettes. {Croc, sclerops , Schn. ), Seb. I , civ, 10. Cuv. , Ann. du Mus. X, I, 7 et 16 , et II , 3.
Ainsi nommé d'une arête transversale, qui réunit en avant les bords saillants de ses orbites, est l'espèce la plus commune à la Guiane et au Brésil. Sa nuque est cuirassée de quatre bandes transverses de l'ortes écailles. La femelle pond dans le sable , couvre ses œufs de paille ou de feuilles , et les défend avec courage (3).
dites embaumés, arj^ument qui m'est fourni par 31. GcoCFioy, et qui me paraît singulièrement corroborer ma manière de voir.
(1) Le Croc, à mus. effilé a été particulièrement observé par M. Descom'tils. — Aj. :1e Crocodile à losange {Croc, rlwmbifer) ; Cuv. Ann. du Mus. XII, pi. 1 , 1 ;— le Crocodile à casque {Croc, galeati/s); Perrault. Méra. pour servir à l'Hist. des an. , pl.Lxiv, si toutefois cette espèce, qui n'est connue que par cette figure, est une espèce constante; le Crocodile à deux boucliers {Croc, biscutatus) ; Cuv. Ann. du Mus. X, n, 6, et Ossem. foss., t. V, part. 2, pi. II, f. 6, dont on n'a vu qu'un ou deux individus ; — le Croc, à nuque cuirassée {Croc, cataphraclus , Cuv.); Oss. foss, V, 2" part., pi. v, f. 1 et 2.
(2) Le nom de Caïman est celui que des nègres de la Guinée donnent aux Crocodiles. Les colons français l'emploient pour désigner l'espèce de Crocodile la plus commune autour de leur habitation. Les colons anglais et hollandais emploient , dans le même sens, le mot alligator, corrompu du portugais lagarto, qui vient lui-même de lacerta.
(3) Il y a aussi des Caïmans de plusieurs sortes, qui ont cette arête transverse en avant des orbites, et qui forment peut-être, comme les Crocodiles voisins du vulgaire, des espèces différentes , mais difficiles à bien caractériser.
Les uns ont le museau plus court, plus arrondi , l'arête transverse concave en avant, et se prolongeant de chacfue côté sur la joue. Je leur compte treize dents de chaque côté en haut; leur crâne n'est point élargi en arrière; leur corps est vert, pointillé et tach-eté de noir, avec des bandes noires sur la queue.
D'autres ont la même tête , le^ mêmes dents , mais leur corps est noir , avec des bandes étroites , jaunâtres comme dans le Jacaré noir de Spix , pi. iv.
si autres encore ont le museau moins élargi ; l'arête concave se prolonge moins; je leur trouve quinze dents; leur cou est mieux cuirassé; je les prendrais volontiers pour le Cr. jissipes de Spix, pi. m.
tnhn, il y en a à museau encore moins large , à crâne un peu élargi en arrière , dont I nrefe transverse est convexe en avant, cf ne se prolonge pas sur la joue; leurs écailles du
^7i REPTILES.
Le Caïman â iiutsean de brochet, ( Croc, lucîus , Cuv. . Anii. du Mus. X. I , 8 et 15, et II , 4.
Ainsi nommé de la forme de son museau , se distingue encore par quatre plaques principales, qu^il porte sur la nuque. Il habite dans le midi de l'Amérique septentrionale. Il s'enfonce dans la vase et tombe en léthargie dans les grands froids. La femelle dépose ses œufs par couches , avec des lits de terre (1).
La deuxième famille , ou celle
Des Lacertiens (â).^
Est distinguée par sa langue mince , extensible et terminée en deux filets, comme celle des couleuvres et des vipères ; leur corps est alongé ; leur marche rapide ; tous leurs pieds ont cinq doigts armés d'ongles, séparés, inégaux , surtout ceux de derrière; leurs écailles sont disposées, sous le ventre et autour de la queue , par bandes transversales et parallèles ; leur tympan esta fleur de tête ou peu enfoncé, et membraneux ; une production de la peau fendue longitudinalement , qui se ferme par un sphincter, protège leur œil; sous l'angle antérieur est un vestige de troisième paupière; leurs fausses côtes ne font point de cercle entier; les mâles ont une double verge; l'anus est une fente transversale.
Leurs espèces étant fort nombreuses et fort variées , nous les subdivisons en deux grands genres.
Les MoiviTORs , appelés nouvellement par une erreur singulière , Tupinam-