LES CÉTACÉS ORDINAIRES
Se distinguent des précédents par l'appareil singulier qui leur a valu le nom commun de souffleurs. C'est qu'engloutissant , avec leur proie , dans leur gueule très fendue, de grands volumes d'eau, il leur fallait une voie pour s'en débarrasser; elle passe au travers des narines au moyen d'une disposition particulière du voile du palais, et s'amasse dans un sac placé à l'orifice extérieur de la cavité du nez, d'où elle est chassée avec violence par la compression de muscles puissants, par une ouverture étroite percée au-dessus de la tête. C'est ainsi qu'ils produisent ces jets d'eau qui les font remarquer de loin par les navigateurs. Leurs narines, sans cesse traversées par des flots d'eau salée , ne pouvaient être tapissées d'une membrane assez délicate pour percevoir les odeurs; aussi n'y ont-ils aucune de ces lames saillantes des autres animaux ; le nerf olfactif manque à plusieurs , et s'il en est qui jouissent du sens de l'odorat, ils doivent l'avoir fort oblitéré. Leur larynx , en forme de pyramide , pénètre dans les arrière-narines, pour recevoir l'air et le con-
(1) Nov. comm. pclrop., H, 394 et tuiv. On n'en a pas de figure.
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duire aux poumons sans que l'animal ait besoin de sortir sa tête et sa gueule hors de l'eau ; il n'y a point de lames saillantes dans leur glotte , et leur voix doit se réduire à de simples mugissements. Ils * ' n'ont plus aucun vestige de poils, mais lout leur corps est couvert d'une peau lisse sous laquelle est ce lard épais et abondant en huile, principal objet pour lequel on les recherche*
Leurs mamelles sont près de l'anus, et ils ne peuvent rien saisir avec leurs nageoires.
Leur estomac a cinq et quelquefois jusqu'à sept poches distinctes ; au lieu d'une seule rate , ils en xont plusieurs petites et globuleuses; ceux qui ont des dents les ont toutes coniques et semblables entre elles; ils ne mâchent point leur nourriture, mais l'avalent rapidement.
Deux petits os suspendus dans les chairs près de l'anus, sont les seuls vestiges d'extrémités postérieures qui leur restent.*
Plusieurs ont sur le dos une nageoire verticale de substance tendineuse, mais non soutenue par des os. Leurs yeux aplatis en avant ont une sclérotique épaisse et solide; leur langue n'a que des téguments lisses et mous.
On pourrait encore les subdiviser en deux petites tribus : ceux dont la tête est en proportion ordinaire avec le corps, et ceux qui l'ont démesurément grande ; la première comprend les dauphins et les narvals.
Les Dauphins. ( Delphinus. L. )
Ont des dents aux deux mâchoires , toutes simples et presque toujours coniques. Ce sont les plus carnassiers, et , proportion gardée avec leur taille , les plus cruels de l'ordre. Ils n'ont pas de caecum (j).
Les Dauphins proprement dits. ( Delptotus. Cuv» )
Ont le front bombé et le museau formant en avant de la tète une espèce de bec plus mince que le reste.
Le Dauphin ordinaire» ( Delphinus delphis. L. ) Lacep.
Cet. pi. xm, f. i.
A bec déprimé, et armé de chaque côté de la mâchoire de quarante-deux à quarante-sept dents grêles, arquées et* pointues; noir dessus y blanc dessous; long de huit à dix pieds. Cet animal, répandu en grandes troupes dans toutes les mers , et célèbre par la vélocité de son mouvement, qui le fait s'élancet quelquefois sur le tiilac des navires, paraît réellement avoir été le dauphin des anciens. Toute l'organisation de son cerveau annonce qu'il ne doit pas être dépourvu de la docilité qu'ils lui attribuaient.
Le grand Dauphin ( Delphinus tursio. Bonn a terre. ) , vulg.
le Souffleur. Lacep. xv, f. 3.
A bec court, large 7 déprimé; de vingt-une k vingtquatre dents partout, coniques, et souvent émoussées. H y en a des individus de plus de quinze pieds de longueur , et il parait qu'il s'en trouve dans la Méditerranée comme dans l'Océan (a)<
(1) Il nest point de famille de mammifère» plus difficile a observer, et dont les descriptions soient pins incomplètes et la synonymie plus vacillante que celle des cétacés. J'ai cherché à ne donner que des espèce» authentiques.
(a) La baleine on capidoko, de Belon , et Yoroa , da même auteur, qui pourrait bien être celui des anciens , appartiennent aussi à la division des dauphins à bec, et surpassent les espèces ci-dessus par la taille; mais leurs caractères ne sont pas suffisamment déterminés. Le dauphin f ères de Bonna terre se rapporte probablement k l'un des deui.
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Les deux Océans nourrisseut de nombreuses espèces de dauphin 8, que l'on a long-temps confondues.
Il y en a un qui vient sur nos côtes (Delph. dubius, Cuv. )7 et a les mâchoires armées seulement de trentesix à trente-sept dents partout; mais aussi fines, aussi pointues qu'au dauphin commun, auquel il ressemble également par les couleurs.
M. Dussumier en a découvert un aux îles du Cap-Vert ( D. Jrontalis , Duss. ) , fort semblable au précédent , mais un peu autrement coloré , et à trente-quatre dents partout. Notre D. frontatus n'a que vingt-une dents partout, plus grosses qu'au précédent, et le museau plus long et plus comprimé; on ne connaît pas son origine.
Il y en a un au Malabar (D. pLwibcus , Dussum.) , dont le museau à la même fonne comprimée ; mais est armé partout de trente-sept dents (i).
Le même naturaliste en a rapporté un de Ceylan (D. velox ,D\xss. ) qui a le museau un peu plus alongé , et partout quarante-une dents; et un autre de la côte de Malabar , qui surpasse même le dauphin commun par le nombre de ses dents; il en a partout de cinquante-cinq à soixante, M. Dussumier le nomme D» longirostris (a).
M. de Blainville sépare de ces premiers dauphins , sous le nom de Delphinobhynques , les espèces où le museau alongé et grêle n'est cependant pas séparé du front par un sillon prononcé.
Il eu est échoué un sur nos côtes ( 27. micropterus 7 Cuv., ), remarquable par sa dorsale petite et placée fort
(i) Je soupçonne oc D. plumbeut d'être le même que le D. malaianus9 de MM. Lesson et Garn. Voy. de la Coq. , pi. ixf f. 5.
(2) Nous ne pouvons placer dans cet ouvrage des espèces qui n'ont été rues que de loin, et dont o\ n'a rapporte aucune partie; nous citerons donc seulement comme indications : le D. albigena , Quoy et Gaym. , Voy. de Freyc. , pi. xi , ou D. superciliosus , Less. et Garn. , V07. de la Coq., pi. îx, f. a. — ht D. cruciger, Quoy et Gaym., ibid., f. 3 et 4 , qui est au moins bien voisin du D. bwittatus^ Less. et Garn., f. 3. — Le D. lurwtus , Less. et Garn. , f . 4- — Encore moins pouvons-nous introduire ici des espèces qui n'ont pas même été figurées.