AVANT-PROPOS IX
cultes particulières. Le contact avec Tépopée napoléonienne lui a valu le bénéfice d'un effort d'investigation scientifique et d*é\ocation littéraire, qui, jusqu'à hier, n'avait pas non plus été dépassé. Un embarras de richesses en est la conséquence. A la lecture des seuls ouvrages se rapportant à l'année 1812 l'assiduité exclusive d'une existence humaine ne suffirait pas. Le Musée de Vannée 1812 à Moscou en a recueilli, en 1913, une collection, don du chambellan Kkodniéiév, qui, bien qu'incomplète, ne comprend pas moins de douze mille volumes ! Un choix s'imposait ainsi à l'auteur. En le portant plus particulièrement sur les publications à caractère documentaire, il croit, cependant, n'en avoir négligé aucune de réelle valeur, et il en a complété les indications par des recherches poursuivies, directement ou par des intermédiaires qualifiés, dans les archives pubhques et privées. Il «'eêt appliqué aussi à combler une lacune que, quelque ampUtude qu'elle ait prise dans ce domaine, la littérature historique y a laissée jusqu'à ce jour.
Depuis son avènement à un trône éclaboussé par le sang, jusqu'à sa mort brusquement survenue dans un coin obscar de son immense empire, le règne du fils de Paul a été un drame continu, dont lea émouvantes péripéties ont eu pour effet de fausser en quelque sorte, dans ce champ d'étude, la vision des observateurs. Captivant leur attention, elles l'ont détournée des autres aspects du phénomène historique : mouvement social ou intellectuel, mœurs et religion, régime économique et organisation poUtique, auxquels le sentiment prévalant actuellement dans cette branche de la science incline à attribuer une importance capitale, voire même, au gré de quelques-uns, exclusive de tout autre intérêt. A peu près négligés dans les ouvrages d'ensemble, ces objets n'ont fourni la matière que de quelques trop rares monographies.
Les phases du mouvement réformateur ou révolutionnaire, en particulier, n'ont pu ni en Occident, ni même en Russie, être étudiées avec la pénétration ou l'objectivité nécessaires : d'un côté faute d'une connaissance suffisante des documents, de l'autre faute de Uberté ou de jugement dans leur emploi. Elles ont ins-
pire principalement des publications à caractère tendencieux.
Également étranger aux querelles de parti ou d'école, comme au souci de l'actualité, en dépit de l'intérêt assurément plus vif qu'elle donne à certains traits du passé, l'auteur en a fait abstraction dans sa tâche. Il entend bien que les événements de guerre, de cour ou de diplomatie ne sont pas toute l'histoire et il ne les tient d'ailleurs pour intelligibles qu'en liaison avec tous les éléments connexes dont se compose la vie des peuples. Mais il croit aussi que cette vie est une dans toutes ses manifestations, et, pour autant que, sous une forme quelconque, le drame y est mêlé, l'historien doit aussi lui faire sa part.
C'est dans cet esprit qu'il s'est proposé de compléter l'œuvre de ses devanciers, sans qu'il visât, cependant, à la recommencer. Portant sur un édifice auquel tant de mains ont depuis si longtemps besogné, une entreprise de reconstruction intégrale ne pourrait éviter d'inutiles redites, en courant le risque de fâcheuses omissions. Sans qu'il se flatte d'avoir échappé entièrement à ce double écueil, l'auteur a cru le mieux répondre à toutes les convenances en concentrant son effort sur les parties le moins explorées du sujet et en ne touchant aux autres que dans la mesure nécessaire à l'ordonnance de l'ensemble, ou imposée par des mises au point et des rectifications indispensables.
En ce cadre particulièrement propice à l'essor de l'imagination, lu floraison des légendes a été, exceptionnellement aussi, abondante. Elle» demeurent en grand nombre très largement accréditées. L'auteur doit s'excuser par avance des libertés qu'il lui arrivera de prendre avec quohjiics-unes, contre l'évangile do certains « témoins oculaires », ou la leçon de plus d'un maître « faisant autorité ». Ce n'est pas qu'il se flatte d'avoir facilement raison de cette végétation parasite. Son expérience personnelle le défend contre une telle prcHoniption. Mais il pense que toutes les expériences sont pour rhislurien des leçons do modestie.
I^e passé est un puits profond, où la vérité se cache sous plus d'un voile. L'inuigination est une source d'erreurs, mais aussi un principe de vie, sans lequel toute évocation des choses mortes