‹ Le règne d'Alexandre IerChapitre 6 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'avènement. LE MOUVEMENT RéPORMATEUR

I. Première apparition du nouveau souverain devant «e» sujet*. Signes d'accablement et manifestations d'allégresse. « La Russie respire ! > Attente généralisée d'un changement dans le régime politique du pays. Alexandre y répond à sa manière. « La gesticulation. • Simulacres et réalités. Effet dti popularité obtenu et espérances éveillées. La charte constitutionnelle en préparation. — U. Le manifeste d'avènement. Il consolide la Bastille autocratique. Retour k la tradition de Pierre le Grand. Ses raisons. Alexandre n'a rien à craindre du mouvement d'esprit qu'il a provoqué. Inconsistance commune des idées et des volontés. — III. Un représentant de l'opinion publique. Karazine. Le faux marquis de Posa. Une carrière déconcertante. — IV. Alexandre mécontent de lui-même. Embarras de sa situation. Conflit de programme». Essai d'un compromis. Le nouveau Conseil. Autre simulacre. L'opinion ne s'en tient pas satisfaite. — V. L'aristocratie et la bureaucratie acquises elles-mêmes au vœu d'une réforme radicale. Raisons qui la rendent désirable à Alexandre. La révolution est en Russie fait du prince. L'épée de Damoclès. Idéal paradoxal du nouveau souverain : l'absolutisme à l'abri d'une constitution. — VI. En quête d'une solution pour ce problème. La genèse du Comité secrel. Les quatre confidents du tsar : Paul Stroganov, Czartoryski, Kotchoubey et Novossiltsov. Critiques injustifiées dont ils sont l'objet. Causes réelles de leur impuissance constructive. Édifice bâti sur du sable mouvant. — VII. Influences rivales. Les autres amis d'Alexandre. Se» aides de camp généraux. Un revenant. Retour de La Harpe à Péter»bourg. Visage nouveau. Il apporte son appui à l'esprit de conservation. — VIII. Le Comité secret à l'ouvrage. Le moulin tournant à vide. Opposition d'idées et conflit d'attributions. Le» projets de réforme. —

IX. L'idéal politique de l'aristocratie. Son échec au Comi'é. Rôle négatif du Comité lui-même dans cette sphère. Ajournement des projets de réforme constitutionnelle. Réforme projetée des organes du gouvernement. Alexandre poursuit néanmoins son premier objectif. —

X. Interruption des travaux du Comité à raison des préparatifs du couronnement. Alexandre à Moscou. Réception enthousiaste, t Un matin de mai » en septembre. Premiers désenchantements, — XI. Le manifeste du couronnement ne répond pas aux e pérancet conçues. Alexandre

réagit. Nouvelles manifestations de libéralisme. Elles ne conjurent pas un commencement de mécontentement. L'épée de Damoclès agitée. Le premier complot.

La version officielle attribuait la mort de Paul à une attaque d'apoplexie. Alexandre y adapta son attitude dans sa première apparition devant les hauts dignitaires civils et militaires réunis au palais d'Hiver, le matin du 24 mars 1801, pour lui faire acte d'hommage. « Il marchait lentement, rapporte un témoin, ses genoux semblaient fléchir ; les cheveux en désordre, les yeux rouges de larmes... tout son maintien indiquait un homme accablé par la douleur (1). » Le « Talma du Nord » tenait bien un rôle, où il ne lui convenait assurément pas de partager ostensiblement l'allégresse dont son frère Constantin ne retenait pas l'aveu devant une jolie Polonaise (2) de sa connaissance : « Mon père est mort... la Russie respire ! » lui écrivait-il.

La Russie éclatait, effectivement, en transports joyeux, dont l'écho se propageait au delà même de la frontière. Diérjavine en tonnait un péan à la gloire du nouveau souverain, qui a serait un homme sur le trône » ; Klopstock lui répondait, en célébrant dans ce changement de règne le triomphe de la Menschlichkeit. « On en a dit autant pour l'avènement de mon père », aurait observé Alexandre. Il se peut. L'élève de La Harpe avait l'esprit incisif ; pour autant que son idéologie constitutionnelle n'entrait pas en jeu, il montrait, au regard des hommes et des choses, un sens de la réalité très aigu, et, avant de devenir en régnant un tyran extravagant, Paul avait passé pour « humanitaire ».

Dans la profession d'un libéralisme non seulement réformateur, mai» passablement révolutionnaire même, le fils, à la vérité, allait beaucoup plus loin. Il annonçait le dessein d'introduire un changement radical dans le régime politique du pays. On voulait

(1) Db SANOLiNE, Mémoires, Ancienne Ruaaie, 1883, XXXVII, 3.

(2) La princcisu Hélène LubouiirHku, grand-duc Nicolas, les Aides de camp généraux d'Alexandre I", p. 139.

qu'il eût contracté, à oet égard, de» engagements positif» (1), et on le voyait empressé à passer du précepte aux actes. Dès le premier jour, il en donnait un indice significatif : il répudiait dans le style des documents ofUciels les formules usuelle» : « notre Sénat », « nos sujets ». — a Le Sénat ne m'appartient pas I II est à l'eriipire. » Le lendemain, il prenait en main la cause de quelques doukhobory, dissidents condamnés à la peine capitale comme rebelles. Il ordonnait une enquête et le résultat en étant favorable aux abcusés, il cassait l'arrêt (2). Il supprimait la terrible Chancellerie secrète, prototype de la « 3* section » de notre temps et libérait les deux tiers des détenus — près de cinq cents personne» — qu'elle gardait entassés dan» de» cachot» immondes. Paul avait déjà rappelé de Sibérie, où il languissait depuis six ans, le malheureux Radichtchev, condamné par Catherine pour avoir, dans son Voyage de Pétershoiirg, noté des impressions qu'elle-même aurait éprouvées, si, en parcourant ses provinces, elle avait su y distinguer l'enver» de» décors féeriques dressés par le prince Potemkine. Alexandre donnait à l'exilé une place dans la Commission de codification, avatar de la Commission légit' lative de Catherine, qu'il entendait appeler elle-même à une nouvelle destinée. A deux autres de ses membre», Alexandre Vorontsov et Trochtchinski, il confiait la tfiche de préparer rien moin» qu'un projet de charte constitutionnelle ! En attendant que ce travail fût prêt, par un manifeste du 2 avril, il annonçait à la noblesse la restitution intégrale des privilèges que Catherine lui avait octroyés, mais que Paul avait à peu près réduits à néant. Et, aux abords du palais d'Hiver, les passants avaient l'agréable surprise d'apprendre qu'ils n'étaient plus tenus de se découvrir sous la pluie ou la neige. Ils voyaient disparaître les potences dressées en épouvantail sur les place» publique». Un oukase relevait le clergé de l'astreinte aux peines corporelles, décrétée par Paul. Un autre supprimait la réglementation des costumes, qui, depuis le règne précédent, mettait au désespoir le» amateur» de» mode» parisiennes. Quittant avec joie l'uniforme prussien, modèle de 1750, le» soldats du tsar échappaient à la torture des coiffures « à

(1) Zavalichine, Mémoires (1905), I, 192.

(2) I. Lapoukhine, Mémoires (1860), p. 112 et suiv. ; cf. Archives russes^ 1914, I, 137 et suiv.

boucles ». Plus de doute : on était sur le seuil d'une époque nouvelle dans la vie du pays.

L'impression produite par ces faits et gestes n'était cependant pas uniforme, et, dans certains milieux, elle ne répondait pas aux sentiments qu'ils semblaient propres à y provoquer. La masse 8*en montrait vivement touchée et réjouie. Elle se pâmait, et le nouveau souverain était idolâtré. En quelque lieu qu'il parût, on l'entourait pour l'acclamer ; on le suivait pour jouir plus longtemps de sa vue ; on cherchait sur le sable la trace de ses pas pour y porter des baisers passionnés (1). Mais, tel des jeunes amis d'Alexandre, épris comme lui de libéralisme, Paul Stroganov découvrait dans la façon dont le souverain mettait en œuvre les idées communes « une tendance plutôt alarmante à s'attacher à des modifications de mots, qui ne changent rien au fond des choses » (2). Et, d'autre part, les soutiens les plus fermes et les bénéficiaires les plus avérés du régime existant ne paraissaient nullement émus du changement qui semblait le menacer. Chez quelques-uns, c'était l'effet d'un consentement plus ou moins résigné à des réformes, dont ils reconnaissaient la nécessité. Si conservateur qu'il fût, Simon Vorontsov, envoyé à Londres, admettait qu'au gouvernement d'un aussi grand empire, un seul homme ne pouvait suffire, et fût-il Pierre le Grand (3).

Mais des misonéistes irréductibles joignaient eux-mêmes leur voix au concert des louanges que recueillait le nouveau maître. Sans doute se fondaient-ils sur l'expérience des règnes précédents. Paul s'était, lui aussi, donné comme réformateur, et, avant lui, en convoquant sa Commission législative, Catherine avait prétendu l'employer à doter la Russie de « nouvelles lois ». Professant le culte de toutes les traditions, en dépit de son « humanitarisme », Diérjavine imaginait, peut-on croire, qu'en ce point aussi le passé était garant de l'avenir, et, contre les apparences, révéncmcnt devait lui donner raison.

SouB un autre nom, la Chancellerie secrète allait reparaître, et, avant qu'elle eût pu faire usage de ses privilèges recouvrés, la noblesse allait s'en voir dépossédée de nouveau. Élection des

(1) WiEQRL, Souvtnin, I, 180 ; Mmo ViaiB-LsoRUN, Souvenirs, I), 80.

(2) Crnncl-duc Nicolas, Pnul Slrognno\>, II, 77. 3) ArchU'CM \'oronlMOi', XVII, 15.

magistratures locales ou collation des titres nobiliaires, réduisant l'exercice de l'un de ses droits à la constitution seule des tribunaux de district, bornant l'autre à un seul office de contrôle ; d'autres oukases auront bientôt rétabli, à des détails de forme près, l'ordre de choses créé par Paul (1). Ainsi encore, dans d'autres domaines. Le père avait interdit l'importation des livres et fermé toutes les typographies privées. Dès le septième jour de son règne, le fils mettait fin au régime d'obscurantisme ainsi instauré. Après deux ans, en gratifications accordées aux écrivains ou frais d'impression de leurs œuvres, il aura dépensé 160000 roubles. Mais, en se persuadant que le nouveau cours instituait la liberté de la pensée et de la parole, Radichtchey aura été poussé au suicide.

Promesses et ajournements, avances et reculs, reprise en détail des concessions accordées en bloc, tout en répudiant l'héritage politique de ses prédécesseurs, Alexandre y a recueilli la leçon de cette tactique décevante, qui, avec plus ou moins de virtuosité, devait être aussi mise en pratique après lui, jusqu'à l'échéance finale, où, par l'accumulation des responsabilités assumées et des désappointements provoqués, la catastrophe a été rendue inévitable.

Dans le manifeste même de son avènement, Alexandre a introduit, à cet égard, un trait révélateur. Vorontsov et Trochtcliinski besognaient au plan de la future Russie constitutionnelle. Mais, dans la nuit du 23 mars, docile au vœu des prétoriens qui le portaient au trône, le petit-fils de Catherine avait pris l'engagement de marcher sur les traces de sa grand'mère. Il ne pouvait assurément s'en dédire immédiatement, et ce détail n'était pas de grande conséquence. Les règnes précédents avaient assez prouvé qu'en matière de programme politique, les manifestes d'avène-

(1) Recueil complet des lois, XXVI 19. 790, 19. 810, 19. 856; cf. Klotcukov, dans Revue du ministère de l'Instruction publique^ décembre 1912, p. 358. 374-375.

ment ne fournissaient pas de caution, ni même d'indication sérieuse. Mais, dans le sien (1), Alexandre faisait autre chose encore que de déposer le germe des déceptions futures. Il spécifiait que l'héritier du pouvoir qu'il assumait serait « désigné ultérieurement ». C'est-à-dire que, donnant l'exemple du plus violent arbitraire contre les principes dont il faisait profession et contre le droit même dont il s'était réclamé pour prendre la couronne, il revenait, non plus à la tradition de Catherine, mais à celle de Pierre le Grand ! Il restaurait cette loi de « la vérité de la volonté du souverain », aux termes de laquelle, en l'édictant, le formidable aïeul s'était précisément réservé la faculté de choisir qui lui succéderait, en dehors de tout hen d'ordre légal ou de parenté. Paul, le despote extravagant, y avait renoncé, en promulguant un statut dynastique, et, légalement donc, pour autant qu'il pouvait être question de légalité en Russie, Alexandre aidait déjà un héritier, qui, à défaut de descendant mâle, était son frère cadet (2), et, cependant, le nouveau souverain ne voulait pas en tenir compte. Assurément, au sens du pouvoir dont les autocrates de Russie devenaient les dépositaires en se succédant, ce que l'un faisait, l'autre était maître de le défaire. Mais comment le libéral Alexandre se portait-il à reprendre dans l'héritage du plus autoritaire d'entre eux cette prérogative exorbitante? La raison s'en laisse aisément découvrir. Il ne voulait pas, il ne devait jamais admettre l'existence d'un titulaire de droit successoral, dont il pût craindre qu'il ne devînt pour lui ce que lui-même avait été pour son père et ce que celui-ci avait été pour sa mère, sauf qu'il n'était pas allé jusqu'à l'assassinat. Et toujours aussi, le bénéficiaire de l'attentat du 23 mars 1801 devait faire passer ses convenances per- «onnclles par-dessus toutes autres considérations. Lui, vivant, r héritier ne serait jamais désigné, si ce n'est dans des conditions qui ne lui permettraient pas de se prévaloir de cette investi ture. Conçue (lès la première heure, poursuivie tout au long d'un règne de vingt-quatre ans et réalisée au prix des stratagèmes les plue compliqués, <lc« plus odieuses escobarderies et de risques terribles pour son jiuys, cette détermination marque d'un trait

(1) Rêcuêil complet dês lois, XXVI, 19. 779.

(2) V. E:iriii'.i.MAT<rf, 1 Dat rustisclin Thronfoff e-und-HauegfeeotK », dans ArchivfOr nffetUlichea liechl, III, 97.

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caractéristique l'homme qui 8*y est obstiné et ce qu'on pouvait attendre de ses généreuses intentions.

Mais, à ce jeu, redressant en fait la Bastille autocratique, au moment où, en paroles, il se montrait disposé à l'abattre, ne «e mettait-il pas en danger immédiat de heurter trop violemment, en les désenchantant, les expectatives qu'il avait fait naître? Sans doute, d'esprit très fin, jugeait-il qu'elles étaient de nature identique avec ses propres incHnations réformatrices et libertaires, sans une plus grande puissance ou volonté de réalisation. L'étoiTe en manquait ici, même dans les milieux politiquement les plus évolués. La fin du règne de Catherine avec sa poussée de réaction violente, l'espèce de terreur blanche où le règne de Paul avait abouti, venaient d*y paralyser le mouvement intellectuel dont l'amie des encyclopédistes s'était plu quelque temps à favoriser le développement. De ce qui en restait, se produisant dès les premiers jours du nouveau règne, une expérience suggestive fournissait la mesure exacte.

Parmi les innombrables messages qui lui sont adressés avec l'expression des hommages ou des vœux dont il est rendu l'objet, une épître anonyme (1) attire l'attention d'Alexandre, sans doute parce que, invité à consommer l'œuvre de Catherine en posant des bornes au pouvoir absolu, il y reconnaît le reflet de ce jeu d'illusions qui constitue le fond de son propre libéralisme. Il fait rechercher l'auteur, le voit et se jette dans ses bras. C'est un jeune clerc de chancellerie, Basile Karazine, que des goûts studieux ont détourné de la carrière mihtaire d'abord embrassée, qu'un projet de voyage à l'étranger a rendu suspect à Paul et qui s'est distingué par quelques travaux sur l'histoire de la médecine et des

(1) Publiée d'abord dans l'Étoile polaire de Hebzen, pui« dans les Œuvres du même, 1905, V, 418 et suiv., et, avec quelques variante», dans Schilder, Alexandre /**, II, 32 et 324, cf. Svatikov, le Mom'ement social en Russie j p. 58 et suiv.

finances russes. Retenu fort longtemps par le souverain, il est engagé à lui présenter d'autres exposés de ses idées, et l'attente du public reçoit un nouvel aliment : un autre marquis de Posa s'est rencontré en Russie et aidera à l'acheminer vers un avenir de félicité.

Très discutés, les péripéties et le dénouement de l'intermède romanesque ainsi entamé demeurent obscurs. Karazine n'a obtenu aucune part au pouvoir, et, promu en septembre 1802 au secrétariat de la Commission scolaire, où il déployait une grande et partiellement féconde activité, il encourait deux années plus tard un blâme sévère pour abus d'autorité et se faisait reléguer dans sa terre de Kroutchik au gouvernement de Kharkov. Agriculteur, chimiste, sociologue et également versé dans les problèmes d'histoire ou de pédagogie comme dans la technique des industries rurales, créant dans son village une tannerie et une fabrique de salpêtre organisées sur de nouveaux principes, fondant à Kharkov une société philotechnique, projetant la création d'observatoires astronomiques sur divers points de la Russie d'Europe et de la Russie d'Asie, jusqu'au terme d'une vie assez longue, il n'a pas cessé de faire de ses facultés brillantes un emploi généralement bien intentionné et souvent utile. Mais en même temps, il donnait l'exemple de cette dispersion de l'effort, qui est un des traits caractéristiques des hommes de sa race, et, obstiné parallèlement à des incursions dans la politique, qui, cessant d'être sollicitées, devenaient indiscrètes, il encourait une détention de quehiues mois à la forteresse de Schlusselbourg (1), aboutissement fréquent sous l'ancien régime de nombre de carrières commencées sous d'aussi heureux auspices.

L'époque de sa grande faveur, où il a paru en passe de devenir le premier minisire d'un des plus grands souverains du monde, n'a duré que quelques mois, et, diversement expHquée, la fin en a donné lieu à des suppositions peu flatteuses, où la probité ellemômc de l'éphémère Marquis de Posa a été mise en cause (2).

(1) Loi causot do cette arrestation demeurent énigmatiquos ; y. Ancienne Huuie, 1870. Il, 561-590; 1871, III, 16-38; Pogodine, N. M. Karamzine, II, 409-'ilO; SciiiLDKn, Alexandre /•', IV, 542. — A l'étrançor, la simililudo do» nouu a fuit coufondro lo prisonnier avec riuHloriun Karaniziuo, V. CoêlUreagha Lrtlers, IV, 339.

(2) Du.lUAVINl^ (JCmrest VI, 773; cf. Fortounatov, dane /IrcAiVc* ruêêe$t 1867, p. 1078.

Plus probablement, après l'enchantement de la première heure, Alexandre se sera détaché, tout aussi facilement et brusquement, d'un commerce où il trouvait moins de facilité à apprécier d'estimables qualités qu'à reconnaître le (grossissement de ses propres défauts.

Épris, comme beaucoup de ses compatriotes, d'un idéal qui ne manquait pas de noblesse, mais qu'il ne savait pas définir, Karazine fut naturellement sujet à le porter aux plus singuliers égarements. Auteur de divers projets d'organisation agraire, empreints de l'esprit humanitaire le plus décidé, il a laissé aussi tomber de sa plume une apologie du servage (1). Il a pris soin d'assurer à ses paysans des moyens d'existence largement suffisants, comme il a cherché aussi à les initier aux méthodes de culture les plut rationnelles, et niême de leur rendre accessibles tous les degrés de l'instruction. Mais il les gouvernait despotiquement et non sans quelque rudesse. Partisan enfin du régime constitutionnel, il a, cependant, olTcrt ses services pour l'organisation d'un vaste appareil de police politique, dont il se réservait le commandement. Il est mort en 1842, au retour d'un voyage en Crimée, que, septuagénaire, des essais de viticulture lui avaient fait entreprendre.

Comme certains traits de l'esprit et du caractère d'Alexandre, la mentalité et l'évolution intellectuelle du milieu même auquel son ami d'un jour appartenait se sont, à certains égards, reflétées dans cette physionomie aux aspects divers et cette carrière aux tournants imprévus. A ce double titre, l'une et l'autre méritent de retenir l'attention de l'historien (2).

(1) Publiée dans Lectures de la Société d'histoire et d'antiquités, 1861, III, 160.

(2) V. à leur sujet : Siémiévski, les Idées des décembristes, p. 59-62 ; Lavrovski, dans Revue du ministère de l'Instruction publique, février 1873, p. 294 et 8uiv. ; Danilevski, dans Ancienne Ukraine, I, 119-124, et dans Abeille du Nord, 1860, n« 15, 26, 29 et 31 ; Vernet, dans le Contemporain, 1847, II, 172; Herzen, Œuvres (1905), IV, 405; Kulmann, dans Mémoires de l'Académie des sciences russe, section littéraire, 1908, XIII, 140 et suiv. ; LECHrcuENKO, dans Recueil de Kharkov, I, 62-63; Bagaliéi, Histoire de l'Université de Kharkov, I, 1136 et suiv. — Détails dans Ancienne Russie. 1870, II, 532; 1871, I, 326 et suiv.; 1875, XII, 329-338; XIII, 1-80; XIV, 185-200, 268-279, 470-477. — Esquisse biographique dans Bibliothèque internationale^ XXIV, 73 et suiv.

Alexandre n'a trouvé de ce côté qu'un élément de divertissement, à un moment où il se reprochait d'en trop prendre, ainsi que paraît en témoigner un mémento autographe, qui semble dater de cette époque et où on lit : « Tu dors, malheureux, et un tas d'affaires t'attendent ! Tu négliges tes devoirs pour te livrer aux plaisirs, et les malheureux souffrent pendant que tu te vautres sur les matelas. Quelle honte !... Lève-toi (1) ! » Aux personnes de son entourage, le jeune souverain donnait l'impression d'une activité presque excessive. « Debout de sept heures du matin à près de minuit et ne prenant de repos qu'aux heures des repas, il voulait qu'au cours même de ses promenades il fût prévenu si un ministre avait besoin de le voir. » Mais, bien que très laborieux lui-même, philologue savant et diplomate distingué, l'auteur de cette observation (2), Ivan Matviéiévitch Mouraviév-Apostol, père de trois autres décembristes, avait, étant disciple d'Épicure, des dispositions à l'indulgence ; son maître excellait dans l'art de déguiser ses faiblesses, et il avait plus de tâches urgentes à sa charge que d'application réelle à s'en acquitter.

Il devait, tout en préparant la réforme de son gouvernement, pourvoir préalablement au changement de personnel et à la curée de places que le coup d'État dont il bénéficiait commandait inévitablement. Il ne pouvait songer à mettre immédiatement à l'honneur et à l'ouvrage ses meilleurs amis, les confidents de ses projets d'avenir (3). Sauf Paul Stroganov, tous étaient absents : Czartoryski en Ilahc, Novossillsov en Angleterre, Kotchoubey à Dresde. Et ils se trouvaient primés par les triomphateurs apparents du jour : Pahlcn, Panine, les deux Zoubov, avec lesquels, les ayant eu pour complices, le nouveau souverain devait composer et partager. Le coup d*État avait été une affaire, et la ré-

(1) Archive* de la (guerre à Pétrograd. goclion sciontifiquo.l" diviiion,n<>969.

(2) Lcltro & S. Voronltov, 6 avril 1801, Archii'es russes, 187C, 1, 126.

(3) K. Wamizkwbki, le Fils de la grande Catherine, p. 537.

forme politique projetée en était une autre, sans qu'il y eût de l'une à l'autre communauté de programme. Un des embarras de la situation en résultait. Les hommes avec lesquels Alexandre avait rêvé et ceux avec lesquels il avait agi appartenaient, situation et idées, à des groupes très différents. Des seconds, il tenait la plupart en médiocre estime, et quelques-uns en abomination. Obligé à les subir, il devait cependant, ne les guûtant pas davantage, faire aussi la part des anciens collaborateurs de Catherine, épigones du régime qu'il avait pris l'engagement de réinstaurer. On doit reconnaître que, dans la solution du problème ainsi posé, il a fait preuve d'une grande dextérité.

Le 6 avril 1801, un oukase (1) annonça le remplacement du Conseil de cour, création de Catherine, à caractère provisoire et à compétence mal définie, par un Conseil permanent de douze membres, qui répondait mieux aux convenances du moment. Appelé à connaître de tous les objets se rapportant à « l'organisation intérieure du pays », muni d'une instruction grandiloquente, qui lui attribuait la mission d' « établir la puissance et la prospérité de l'empire sur les fondements inébranlables du droit, en s'inspirant d'un esprit d'amour pour l'humanité et pour l'ordre général » (2), pouI■^'u de pouvoirs législatifs, en liaison avec la Commission de codification, qui, sous la direction personnelle da souverain, lui était adjointe, pour la revision des lois et décrets en vigueur et la conception des amendements à y introduire (3), il prenait un aspect plein de promesses, et, par sa composition, d'autre part, il réalisait un. modèle de concentration politique. Aristocratie de cour et bureaucratie, il réunissait dans son sein des représentants de toutes les coteries influentes et de toutes les nuances d'opinion : deux des Zoubov, Platon et Valérien, avec l'un des Vorontsov, Alexandre, et le nouveau procureur général Bekléchov, en compagnie de l'ancien vice-chanceher, Alexandre Kourakine, maintenu à ce poste, et Palden à côté du secrétaire d'Etat, Trochtchinski, recueilli par Paul avec ce rang dans l'héritage de Catherine.

(1) Recueil complet des lois, XXVI, 19. 805, 19 806

(2) Noux'eau monument des lois, section II, 10* partie, I, 89-93, cf. Archives du Conseil de l'empire, III, 1" partie, p. xvii-xxiii.

(3) Recueil complet des lois, XXVI, 19. 904.

Mais ce n'était encore qu'un motif de décoration en trompel'œil. Expédient de circonstance, suggéré en 1768 à Catherine par les embarras de sa politique extérieure, l'ancien Conseil de cour avait, sous son règne, servi de couverture aux plus scabreuses manœuvres de l'impératrice, comme à ses plus humiliants échecs. Paul l'avait réduit au néant, ne prenant pas plus souci de masquer «es fantaisies que ses déconvenues. En en changeant le nom et la composition, Alexandre le laissait dans le même néant. Jusqu'en 1810, date d'une transformation nouvelle, le nouveau Conseil ne devait connaître que de quelques procédures judiciaires et de quelques problèmes de hiérarchie nobiliaire. En quatre années, jusqu'à Austerlitz, le souverain n'y aura fait que deux actes de présence (1) ! Il s'est tiré d'embarras à peu de frais, en donnant une satisfaction aux ambitions les plus inquiètes, au public un avant-goût des réformes attendues, et à lui-même l'illusion d'une initiative créatrice. Panine et Pahlen, l'un rappelé, l'autre maintenu à la direction des Affaires étrangères, pensaient chacun y être seul maître ; à la direction de l'artillerie, où il était également laissé, Platon Zoubov se flattait de garder la haute main sur toutes les affaires ; il en persuadait les diplomates étrangers, et, portant des projets de constitution dans ses poches, adoptant volontiers le langage de Paul Stroganov, et ayant, à Tsarskoié, réussi presque à faire partager au petit-fils de sa maîtresse l'opinion flatteuse qu'elle concevait de ses talents, en fait, il lui agréait mieux encore que les vétérans de l'époque catherinienne, qui, de Vorontsov, gourmé et pédant, à Saltykov, s'essayant au rôle du cardinal Fleury, lui inspiraient une très vive répulsion (2).

Cependant le public ne tenait pas le nouveau souverain quitte •ans que l'objet de son attente fût lui-même défini ou que les vœux qui s'y rencontraient fussent, à un point près, accordés.

(1) Archwe^ du Conseil de l'empire, III, !'• partie, p. x ; cf. Daniévski, Histoire de la création du Conseil de l'empire, p. 45-54 ; Cutcheclov, le Conseil de l'empire, I, 7'i()-741 ; Pokhovski, Histoire de Ihissie, 1, 53. — V. aussi : /Irc/iii'MnmM, 1874, II, 991-997, 11 13, 1114, 1119 (Lettres do S. Vorontsov).

(2) It.-ipport» «le» envoyés étruiigers, A flaires étrangères, Russie, Correspondance, CXLIII, 140(IIéiJouville) ; Sbornik, LXX, 166 (Masson) iSchilder, Alexandre /", II, 309-311 (Locatclli et SldJingk).

Dans tout ce qui avait une pensée et une voix, l'unanimité était à peu près acquise au principe d'un changement de régime, impliquant une limitation du pouvoir absolu. Le sentiment général y fut incliné avec assez de fermeté pour que le fils de Paul paraissan ta certains jours s'en détourner, ses sujets refusassent de le suivre. Jusque dans la sphère des betUi possidentes, aristocratie et bureaucratie, ce vœu prenait même un sens assez radical. Quelques-uns, dans ce milieu, se bornaient à ce qu'ils appelaient le retour à la tradition de Pierre le Grand, par quoi ils entendaient la restitution au Sénat gouvernant d'un pouvoir qu'en fait il n'avait jamais exercé ; mais d'autres portaient leur désir à l'imitation des modèles occidentaux et des institutions françaises en particulier auxquelles le Consulat donnait tant de lustre ; et, auteur, lui aussi, de plusieurs projets de constitution, partisan d'un impôt progressif sur le revenu, l'amiral Mordvinov gagnait à la faveur des libéraux des titres que, chanté plus tard par Pouchkine et par Ryléiév comme « le modèle du vrai citoyen i», il devait retenir parmi les révolutionnaires de 1825, et ceux même de notre temps (1). Employé à la chancellerie du nouveau Conseil par Trochtchinski, le réformateur hardi des années 1809-1811, Spéranski, y ébauchait aussi ses projets.

Dans tous les milieux, cependant, aspirations et conceptions, ce mouvement d'esprit gardait assez peu de précision, pour qu'il restât permis à Alexandre d'y répondre, sans trop de risque, par quelque façon de « despotisme éclairé », mise en application avec les ressources d'illusionisme dont il disposait. Mais il portait* en lui une double raison pour répugner à cet expédient : ses idées d'abord, flamme qu'à jouer avec le feu Catherine avait allumée avec l'aide de La Harpe, sa foi libérale et même quelque peu ré-

(1) Chtcheglov, le Conseil de l'empire, p. 726-732 ; Slavatinski, Sources pour l'étude du droit public en Russie ; Gniévouchév, les Idées du comte Mordvinoi> en économie politique (1904).

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volutionnaire, qui, dans le domaine de l'idéologie tout au moins, était sincère, mais une autre raison encore d'ordre pratique, dont l'intelligence est indispensable à l'histoire non seulement de cette carrière individuelle, mais du mouvement entier, réforme et révolution, qui a conduit la Russie au point où nous la voyons.

Révolutionnaire à sa façon, Pierre le Grand a déjà fait mine de se décharger aur un groupe de corps d'État, Sénat et Collèges, de la plus grande part de ses attributions et de ses responsabilités, et, depuis, dans ce pays, où tout était fonction du pouvoir suprême, la révolution elle-même est devenue le fait du prince. Non pas seulement parce que, à certains moments, le prince pensait avoir intérêt à en favoriser au dehors l'action destructive, mais encore et surtout, parce qu'il y cherchait, d'autres fois, le moyen d'échapper à d'autres puissances de destruction qui le menaçaient lui-même de façon plus directe.

« Absolutisme tempéré par l'assassinat » : Alexandre venait de vérifier expérimentalement la justesse de cette définition célèbre du pouvoir dont il héritait. Organisatrice de coups d'État périodiques et dispensatrice de souverainetés souvent éphémères, l'oligarchie avec laquelle il avait lié partie pour arriver au trône ne rendait pas de services gratuits. Elle n'objectait pas à l'usage ni même à l'abus de l'omnipotence qu'elle déférait aux autocrates de son choix, mais à condition d'en obtenir le partage et le contrôle. Sinon, c'était la guerre avec les conséquences que Paul avait éprouvées et auxquelles Catherine n'avait échappé qu'en se résignant au marché, si onéreux qu'il fût. Elle se plaignait de devoir ménager jusqu'à l'opinion de « quelques vieilles femmes » (1).

Cette épée de Damoclès ne suffisait apparemment pas à contrebalancer les multiples séductions du siège au-dessus duquel elle se trouvait suspendue ; mais de la briser, en lui opposant un faisceau de défenses légales, aura été encore le rêve du dernier autocrate qui ait, sous nos yeux, occupé la place. C'est à tort qu'on n pensé y découvrir l'uniquo raison des entreprises réformatrices auxquelles Alexandre s'est si longtemps obstiné (2). En rapport

(1) « C'ott nllo-mAmo qui inn Va dit », Q«8uri)it Roumianlsov i\ Cnulaincoiirt : Caiilninrourt k Chnmpa(»ny, 3 oclobro 1809, çrund-duc Nicolas, fixation» iliphmaliqiifM, IV, 11 'i.

(2) Smolka, /<i Politique du prince Lubacki, l, 20 et suir.

avec la complexité de son tempérameut et du fait de son idéalisme constitutionnel, il y a obéi à d'autres mobiles. S'en expliquant avec Spéranski dans un entretien qui semble devoir être placé en 1808, au retour d'Erfurt (1), on le voit appbqué à reconnaître dans le passé du peuple russe des preuves de son goût décidé pour la liberté politique et en tirant argument en faveur d'un pouvoir absolu « consolide sur le terrain de lois organiques ».

La formule doit sembler paradoxale. Elle est cependant sensiblement rapprochée de celle dont s'est réclamé récemment le chef de la plus grande démocratie du monde.

Alexandre entendait d'ailleurs ({uc, tout en maintenant intact le principe du pouvoir absolu, les lois organiques qu'il avait en vue eussent pour effet non pas d'en masquer seulement, mais d'en restreindre le jeu. Bien qu'il la jugeât adaptée à « l'esprit simple et droit » du peuple russe, il ne se représentait assurément pas bien le mécanisme de cette combinaison ; il devait cependant en poursuivie le dessein jusqu'au dernier jour de sa vie, et il n'a pas perdu une heure pour en entrepreudre la réabaation. C'est ainsi que l'idée lui a été suggérée de ce qu'il a appelé son Comité du salut public.

Pour la rédaction d'un projet de charte constitutionnelle, il s'est adressé déjà à Trochtchinski et à Vorontsov, comme il a fait sans doute aussi appel à Karazine, parce que, comme l'unité des desseins, son polymorphisme moral excluait celle des réalisations. Mais, pour donner corps à ses idées de réforme, il comptait cependant essentiellement sur les quatre amis avec lesquels il les avait depuis longtemps agitées, et, dans son impatience, tout en pressant le retour des trois absents, il entrait en matière avec le quatrième.

C'est ainsi que le Comité du salut public, appelé communément

(1) Noté par un ami de Spéranski, Zeyer, Papiers de Spéranski à la Bibliothèque publique de Pétrograd, dossier K. S. Riépinski ; cf. Kohkounov, dans Messager du droit, octobre 1899»

Comité secret, est né. En compagnie de ces jeunes collaborateurs, dans l'ombre et le mystère, à l'abri des indiscrétions et des influences troublantes, Alexandre se proposait de faire vraiment œuvre de révolution.

Les Gérontes de son entourage ont d'ailleurs abusé de la mémoire du cardinal de Fleury, en tirant contre ces rivaux argument de leur âge. Le plus jeune, Paul Stroganov, avait vingt-neuf ans, six de plus que le second Pitt, au début de sa carrière d'homme d'État. Les capacités des quatre élus prêtaient davantage à la critique.

Le père du plus jeune, le baron puis comte Alexandre Stroganov, s'était, comme homme de cour, imposé au respect de Catherine en refusant ses faveurs, et de Paul, en ne s'abaissant pas devant les favoris. Comme Mécène littéraire et artistique, il continuait de s'acquérir des titres à la reconnaissance de ses compatriotes. Né en 1772 à Paris, où ses parents se trouvaient pour leur agrément, ce fils avait eu un précepteur qui, en 1790, se rendait, en sa compagnie, assidu aux Jacobins. C'était le mathématicien et conventionnel Gilbert Romme. Ramené en Russie par un parent, qui était Novossiltsov, l'élève ne parut rapporter de cette expérience, avec un savoir assez restreint, qu'une inclination à cet idéalisme généreux, mais vague, dont un grand nombre de barines de son temps se montraient pénétrés : désir sincère de faire quelque chose pour le bonheur de leurs semblables, sans intelligence nette des moyens, ni grand souci même de les trouver (1).

En 1801, Czartoryski avait trente et un ans, l'âge de maturité pour la plupart des hommes politiques qui se sont illustrés dans l'histoire de tous les pays. Rattachée par les généalogistes à la postérité du grand-duc de Lituanie Guédymine, avec beaucoup d'autres polonaises, russes ou lituaniennes, sa famille appartenait à cette communauté de peuples riverains de la Vislule, du Niémen et du Dnieper, qui n'ont pas encore vidé leurs querelles

(1) Kij dchorH tics IroiH volumes que le grand-duc Nicolas lui a consacrés (le Comte Paul Stroganov), v. Archwes du Conseil de l'empire, III, l""» partie, p. 7. 215, 2G1, fir,2 ; 2' partie, p. 302, 550, 1100, ll/i9 ; IV, 3« partie, p. 150 ♦îl «uiv. ; HojoiéHTViKNSKi, Aperçu historique sur le ministère de l'Instruction pulitiqur, p. 32 et suiv,, ; Soukiiomi.inov, Matériaux, pour l'histoire de l'instrurtion publique en Russie, chap. i" ; CuTCUF.nALSKi, dnne Annales de la Soitit/' des amis de l'histoire russe, 1871, III, 'J ; BouLiTCH, E$sai sur l'his' tour de la littérature russe, I-III.

fratricides. Dans les dernières convulsions de TÉtat polonais, elle avait figuré en tête de la faction russe et exercé une sorte d'hégémonie. On disait « la famille » tout court. Depuis, à l'exemple de la plus grande partie de l'aristocratie polonaise, elle s'accommodait aux circonstances, dans un équilibre savamment maintenu entre les sollicitations du sentiment national et celles de l'intérêt particulier. Envoyé en 1795 à Pétersbourg, avec son frère cadet Constantin, pour obtenir la levée d'un séquestre qui menaçait les biens immenses de leurs parents, et servir de caution à leur fidélité, le prince Adam avait dû prêter aux mains de sa mère, contre la « Moscovie », le serment d'Annibal ; il se trouvait pourtant porteur d'une lettre de recommandation (1), dont le signataire, prince Nicolas Repnine, représentait en Pologne l'autorité moscovite dans ce qu'elle avait de plus brutal, mais se montrait, à l'endroit de ce Polonais, animé d'une sollicitude paternelle (2). Son protégé avait eu aussi des précepteurs français, dont l'un, Boissy, passe pour avoir partagé les inclinations politiques de Homme, sans qu'il possédât ses qualités scientifiques. Il aurait débuté, au même foyer, dans l'emploi de valet de chambre, sans qu'il montrât rien non plus du génie de Rousseau. Un autre, de plus haut, et même illustre parage intellectuel, aurait été Dupont de Nemours. Appelé en Pologne pour s'y occuper de l'organisation d'une école de guerre, le célèbre économiste semble, en effet, avoir été de 1774 à 1776 l'hôte de Pulawy, résidence des parents du prince Adam ; mais leur fils aîné n'était, à ce moment, qu'un enfant en bas âge.

Comme la plupart des jeunes patriciens de sou pays, il avait complété cette éducation en voyageant à l'étranger, Allemagne, France et Angleterre, et, en dernier lieu, après quelques années de séjour à Pétersbourg, il avait contracté, avec le grand-duc

(1) Publiée dans les Archives russes, 1876, I, 416, et malicieusement commentée dans SCS mémoires inédits par la comtesse Fredro, qui en a retrouvé l'original dans les papiers de son grand-oncle, Chouvalov, destinataire du message, elle semble porter témoignage d'un lien, fréquemment indiqué dans les mémoires do l'époque. V. Wiegel, Mémoires, II, 5 ; Rosenzweig, Ancienne Russie, 1880, XXIX, 810 ; prince A. Galitzine, ibid, 1884, XLI, 130.

(2) CzARTORYSKi, Mémoircs, II, 39; Biélinski, Biographie du prince Adam Czartoryski, I, 26.

46 LE REGNE D'ALEXANDRE l"

Alexandre et avec sa femme, le double commerce d'idéologie et de sentiment aux complications scabreuses que l'on sait (1) et dont les conséquences le retenaient, à l'avènement du fils de Paul, loin de la Russie.

Un début assez banal, en somme. L'homme ne le fut pas, si même il convient de taxer d'exagération l'opinion du grand Niebuhr, qui, en 1813, devait le juger « sans pareil sur le continent pour le génie et les lumières » ^2), Des idées abondantes, des vues hautes, le sens des larges horizons historiques et une noblesse d'esprit et de cœur, dont il allait donner des preuves dans le malheur. Son côté faible était dans le caractère, par où, à la vérité, indécis, flottant, porté aux compromis de toute nature, il s'apparentait à son impérial ami. Libéral comme lui, il goûtera de même Araktchéiév, et, sans vices, il restera en bons termes avec Novossiltsov, même après que celui-ci aura tourné à la crapule.

Ses origines et ses liaisons d'amitié ou d'amour y contribueront. Polonais, avec des attaches^ russes, plus tard ministre des Affaires étrangères à Pétersbourg, et chef de parti à Varsovie, dans ce dédoublement également scabreux de sa personnalité, de ses sentiments naturels et de son action, il aura de la peine à esquiver l'équivoque, le soupçon et d'inévitables défaillances.

Pour le moment, cependant, il n'était qu'un jeune grand seigneur, diplomate in partibus, à qui Alexandre avait fait connaître 868 intentions généreuses, où la Pologne avait une part, en étendant, on ne saurait dire pourquoi, l'honneur de cette confidence à Victor Kotchoubey, que rien ne semblait y recommander.

D'origine tatare, ce neveu du chancelier Bezborodko n'avait dû qu'à celte parenté d'être, en 1792, à vingt-quatre ans, appelé au poste d'ambassadeur à Constantinople, où il n'avait pas brillé, et de paraître, cin(f ans plus tard, sans plus d'éclat, à celui de vice-chancelier, où il n'avait figuré qu'un tem])8 très court, mais assez long pour qu'il y gagnât la réputation d'un « homme commode », et d'un profiteur, assoilTé de distinction et d'argent (3).

(1) (^jurlqurt précisions à co sujet seront données au dernier chapitre du volume suivant.

(2) A la princette Louise de Prusse, 11 octobre 1818 ; Pertz, Slein, Annexes, III, 690.

(3) Comtesse Phroro, Mémoires inédita; cf. Czautobyski, Mémoirea, I. 268; DovNAn-ZAPOLSKi, daiiH Messaycr unii'ersel, 1904, X^ 8.

L'AVÈNEME«T 47

Il s'était apparemment accommodé à l'humeur de «on futur maître.

Le quatrième membre du quadrumvirat, Nicolas Nicolaiévitch Novossiltsov, en était la forte tête, l'homme de poids et d'autorité. Quarante ans. Fils, né, a-t-on prétendu, hors raaiiage, d'une cousine germaine du vieux comte Alexandre Stroganov, Marie Serfjuiéiévna, et apparente également aux Panine, il avait débuté dans la carrière des armes sous Catherine, tans s'y distinguer ; avait dû, comme tant d'autres, s'exiler au cours du règne orageux de Paul et avait su faire valoir auprès du fils cette disgrâce. Avec beaucoup de souplesse et d'adresse, il possédait une excellente mémoire, une grande puissance d'assimilation, des reaaources remarquables pour la controverse orale et une certaine habileté de rédaction : les dons d'un ancien diak de chancellerie moscovite, unis ou vernis d'une culture occidentale et le rendant merveilleusement apte, selon une observation de Czartoryski, à < doimer une forme russe aux désirs européens » du nouveau souverain, qui l'emploiera comme secrétaire particulier. Gratifié, à ce titre, <i'un logement au palais, Novossiltsov y obtiendra un autre privilège, dû à une particularité de son tempérament, qui, en jetant une ombre sur sa carrière, en aura néanmoins servi le succès à ce tournant plein de promesses et ne paraît pas y avoir nui jamais.

Sinon de mœurs austères, Stroganov, Czartoryski et Kotchoubey sont hommes de bonne compagnie et de tenue correcte. Novossiltsov a toujours été porté aux excès de la débauche la plus grossière en tous genres, et, à Londres, l'exemple de Fox l'a persuadé de leur compatibilité avec la poursuite des plus hautes ambitions. Alexandre répugnait à l'abus des boissons fortes où son secrétaire plongera un jour jusqu'à la ruine de sa santé et de son intelligence ; mais pour la recherche d'autres plaisirs, où il perdra beaucoup de son temps et un peu de sa dignité, le fils de Paul acceptera volontiers ce guide qui, par certains traits de caractère, semblait homme, cependant, à mettre sa délicatesse morale en révolte. Sans fortune, pour suffire à la dépense de ses dérèglements, Novossiltsov faisait aisément abstraction des scrupules (1).

(1) Grand-duc Nicolas, Paul Strogano^', 1, 49, 157, 176.

Une raison moins triviale de rapprochement et de sympathie existait, il est vrai, entre le souverain et ce collaborateur. Dans le développement conjugué de leur mentalité et de leur activité politique, on a cru communément reconnaître deux périodes distinctes, de l'une à l'autre desquelles leur libéralisme initial aurait de même tourné à la réaction la plus farouche. Cette observation répond à une apparence trompeuse, qui a été déjà dénoncée ici et que les deux hommes créaient également. Comme tous les êtres pensants et agissants, ils ont sans doute évolué l'un et l'autre, à l'épreuve du temps et de l'expérience ; mais, de 1801 à 1805 déjà, après avoir délibéré avec Alexandre Pavlovitch sur la possibilité d'appliquer en Russie les principes de Vhabeasus, pcor Nicolas Nicolaiévitch lui aura prêté sa plume pour la rédaction d'une instruction destinée à un Comité de haute police, où, au nom piès, la Chancellerie secrète renaissait de ses cendres. D'une telle aptitude à partager le dédoublement de pensée et de volonté propre au maître commun, aucun de ses trois autres confidents ne se montrait doué.

Tous étaient assurément assez mal qualifiés pour entreprendre avec lui l'œuvre colossale d'une transformation politique et sociale de la Russie ; mais, à tort encore, on a incriminé à ce propos leur éducation étrangère, qui les aurait rendus ignorants des institutions et des mœurs de leur pays. Paul Stroganov y était rentré depuis dix ans ; Novossiltsov ne l'avait momentanément quitté qu*à trente-cinq ans d'âge. Czartoryski lui-même devait, au cours de son passage aux affaires, faire preuve d'une connaissance approfondie du mécanisme gouvernemental dont il prenait partiellement le commandement, et Kotchoubey en avait la pratique depuis longtemps. Ainsi que l'a d'ailleurs observé un historien russe (1), « c'est sous l'influence de l'esprit français et en langue française qu'ont été rédigés les meilleurs projets d'Alexandre, et qu'ont été élaborées les mesures les plus bienfaisantes prises Bout son règne, notamment pour l'établissement des écoles et l'affranchissement des serfs ». Comme aussi, doit-on ajouter, toutes les réformes et améliorations conçues et i)artiellcment exécutées de 1801 à 1805, se laissent rattacher à une délibération

(1) Pvi'iNB, le Mom-emcnt social, p. 72-73.

L'AVÈNEMENT i

du Comité secret, où les « jeunes gens » ont tout de même fait quelque besogne, en même temps qu'ils y adoptaient, au début surtout, une attitude des plus modestes et des plus dignes. Ne briguant aucune distinction extérieure, répudiant toute apparence de participation à l'exercice du pouvoir, d'eux-mêmes, à une de leurs premières séances, ils demanderont que le fruit de leur travail soit, « comme venant du souverain seul, soumis à des hommes de plus grande expérience » (1).

Ils voulaient bien faire, et, sans grande supériorité d'esprit ni puissance créatrice, ils étaient capables de mieux réussir, sinon dans l'objet de leurs premières, trop présomptueuses ambitions, du moins dans la tâche plus modeste qu'ils se sont ensuite proposée. Inférieur à leur mérite, le résultat auquel leur efTort a abouti s'explique, dans sa médiocrité, par d'autres raisons que rinsuiFisance de leurs talents. Us ont visé a réaliser un paradoxe : des institutions libérales destinées à un peuple qui, pour les neuf dixièmes de son importance numérique, resterait dans les liens de l'esclavage; et ils ont bâti sur. du sable mouvant : la volonté d'Alexandre, que d'autres préoccupations et d'autres influences aussi leur disputaient.

Le nouveau souverain avait d'autres jeunes amis : ses aides de camp généraux en particulier, dont il devait, au cours de son règne, augmenter démesurément le nombre. Aux quatre que son père lui laissait, il n'a pas ajouté moins de quarante-cinq titulaires. Anciens ou nouveaux, la plupart lui ont survécu. C'était son entourage le plus intime, le groupe de ses commensaux habituels, et ses premiers choix sont terriblement révélateurs. On trouve sur la liste : Ouvarov, déjà promu par Paul, pour des raisons qui ne faisaient honneur ni à l'auteur, ni au bénéficiaire de cette faveur, et confirmé par le fils dans ce titre, auquel il ne devait pas lui

1) Grand-duc Nicolas, Paul Stroganov II, 2, 6, 12-14, 38, 53, 54, 56

paraître mieux recommandé. Protégé de l'une des favorites du défunt souverain, il avait joué un rôle actif dans le drame du 23 mars, et il n'était même pas un homme de bonne compagnie. Suivaient : Volkonski, un autre acteur du drame, esprit nul, caractère médiocre et destiné poiu'tant aux plus hauts emplois | Vintzingerode, un Allemand à deux visages et à deux patries, qui, payé par l'une et servant l'autre, portera les armes avec ce titre contre la Russie, en 1809, et n'en sera pas empêché de le retenir et de reprendre son rang dans l'armée qu'il aura combattue, non sans avoir, entre temps, dans des missions diplomatiques qui lui étaient confiées, payé tant d'indulgence par d'autres trahisons. Des jeunes, tous, plus encore, l'aîné, Ouvarov, ayant à peine dépassé la trentaine, et tous, même Vassiltchikov, bien qu'en grande amitié avec Paul Stroganov (1), opposés d'idées et de sentiments aux autres.

Or, en août, ils recevront un renfort inattendu : La Harpe aura reparu à Pétersbourg, y produisant un personnage très différent de celui qu'il y faisait voir dix années auparavant. Il apportait cette fois l'expérience de son passage au pouvoir dans son propre pays, où, de juin 1798 à janvier 1800, membre et, en dernier lieu, président du Directoire, il s'était montré « également incapable de commander et d'obéir », selon un mot attribué à Napoléon, et avait laissé le fond même de sa foi politique pour autant qu'il en avait une (2).

En reprenant le chemin de Pétersbourg, après un séjour à Paris, où, entre Bonaparte et Talleyrand, il avait prêté au soupçon d'intrigues louches (3), il répondait à un appel de son ancien élève, qui se défendait, cependant, de l'avoir envoyé (4), et devait reconnaître bientôt l'inutilité de cette précaution : l'ancien jacobin brûlait maintenant les dieux qu'il avait adorés ; il vantait l'accord possible du pouvoir le plus fort avec la légalité la plus rigide, et, ayant au passage reçu des barons balles une démonstration des avantages du servage, il s'en déclarait persuadé.

(1) Grand -duc Nicolas, les Aides de camp généraux d'Alexandre I", p. 2.

(2) Oliveh, Éludes, p. 180, 11)3, 196. Cf. Soukiiomi.inov, Iîe\>ue du miniatère de l'Instruction publique, f/;vricr 1871, p. 201.

(8) Famine, Matériaux, VI, 163; Archives Vorontsow, XX, 93. (4) Archives Vorontsov, XIV, 154.

L'AVÈKEMENT li

Il en dira tant, que les membres du Comité teeret »e trouveront d'accord pour lui en défendre Taccès, à quoi Alexandre n'objectera pas ; mais le souverain n'en sera pas retenu non plus de rendre visite plusieurs fois par semaine à son ancien précepteur, se plaisant à être reçu sans façon, a en robe de chambre », et prêtant une oreille attentive à des propos qu'il ne semblera pas moins goûter. Cependant, arrêtant avec Paul Stroganov, avant l'arrivée de ses colièjjues, le programme de leur travail, il se montrait ferme dans le dessein d'une j-éfurme radicale, et même décidé k J procéder de la façon la plus expédilive.

Il entendait qu* <i on prît connaissance de toutes les constitutions qui ont paru, qu'on les couipulsât, et que, d'après ces phncipet, on eu composât ime pour la Russie ».

Une de plus. En dépit de sa fougue juvénile, Paul Stroganov eut le sentiment que c'était, d'une part, aller trop vite en besogne, et, d'autre part, porter de l'eau à un moulin qui, déjà, travaillait à vide. Avant de donner ce couronnement à l'édifice qui serait dressé sur les ruines du passé, ne convenait-il pas d'en poser le fondement, en procédant notamment à cette réforme des organes du gouvernement que Catherine avait ébauchée, et dont son fils avait rendu la nécessité plus urçente encore? Alexandre parut vivement impressionné par cette observation ; mais son empresse* ment même à y céder sembla à son interlocuteur de mauvais augure. Évidemment, l'empereur ne savait pas bien ce qu'il voulait ; ou ne voulait, au Comité, que tourner aussi une meule sans grain.

Ce premier échange d'idées avait lieu entre le 23 avril et le 9 mai, et deux mois encore devaient se passer avant que le Comité prit séance, l'absence de Crartoryski et de Novossiltsov n'y faisant pas seule obstacle : au gouvernement militaire de Pétersbourg, Pahlen en dressait un, suffisamment gênant. Le 29 juin, il fut congédié, et huit jouirs après, le Comité entrait en fonction, sans

nul apparat, mais avec un air de grand mystère. Après avoir dîné avec l'empereur, les quatre élus se rendaient, par un passage dérobé, dans un petit boudoir faisant partie de l'appartement particulier du souverain, et l'on se mettait au travail.

Sans solennité aucune encore, et, au début surtout, en grande liberté d'opinion et de langage. Sujet aux emportements, Stroganov s'excusait-il, après coup, de quelque excès de hardiesse, il recevait un billet ainsi conçu : « Mon cher ami, je crois que vous êtes devenu tout à fait fou !... La plus grande preuve d'amitié que vous puissiez me donner, c'est de me gronder comme il faut quand je le mérite (1). »

On se trouvait censément en communion parfaite d'esprit et de cœur. Mais pour quoi faire? Abandonnant le dessein d'aborder immédiatement l'œuvre constitutionnelle, Alexandre s'était trouvé d'accord avec son plus jeune collaborateur pour porter le premier effort du Comité sur la réforme plus modeste qu'il proposait. Mais, au cours des deux premières séances, on n'y touchait seulement pas. On s'entretenait exclusivement de certaines affaires en cours, et elles appartenaient au domaine de la politique extérieure, dont il n'était nullement prévu que le Comité aurait connaissance. Sans qu'il dût jamais la définir, Alexandre devait, au gré de ses préoccupations du moment, étendre la compétence de ses collaborateurs occultes aux objets les plus divers, sans que d'ailleurs aussi leur pouvoir de réalisation en fût accru. Sur le moment, le souverain se donnait l'air de les initier aux arcanes de sa diplomatie en les mystifiant d'ailleurs cruellement, ainsi qu'ils allaient s'en apercevoir. Après quoi, alléguant les rigueurs de l'opinion, qui réclamaient une satisfaction plus immédiate, il revenait au projet d'une charte ou d'une déclaration de droits, dont il indiquait les termes, qu'il avait déjà débattus, disait-il, avec d'autres collaborateurs, en rapport avec un plan dont il avait déjà entamé l'exécution.

Car, bien qu'il prétendît et dût prétendre toujours que son Comité du salut public servit essentiellement et exclusivement à lu préparation du grand œuvre, il le doublait d'un certain nombre d'autres oflicincs destinées au môme objet, en même temps qu'il

(1) Grand-duc Nicolah, Paul Stroganov, II, 202-203.

donnait au labeur ainsi diversifié la plus gprande publicité. En sorte que sa « forge secrète », selon le mot d'un historien, devenait un établi en plein air, ouvert à tout venant qui offrait de s'y employer ; malgré quoi, le forgeron se piquait de lui conserver une apparence de laboratoire occulte et réservé à quelques élus. Telle était sa manière.

Il avait donc décidé que l'avènement d'un ordre politique nouveau serait annoncé à la Russie, en même temps qu'une réforme du Sénat érigerait ce corps d'État en gardien attitré du régime ainsi établi. Il avait pris à ce sujet l'avis d'un grand nombre de sénateurs et n'avait recueilli que des approbations, même à l'extrême droite de la haute assemblée. Il s'en était aussi ouvert avec Platon Zoubov. « C'était fait », répondait-il, non sans quelque embarras, à une objection de Paul Stroganov « et il n'y avait pas à revenir là-dessus ; mais il convenait d'en tirer le meilleur parti » (1). Dès le 17 juin, enfin, trois semaines avant la première réunion du Comité secret, il avait invité le Sénat à présenter un rapport iur les déchéances que cette assemblée avait encourue's depuis ta création et dont « une loi d'Etat aurait pour objet de le relever prochainement ».

L'esprit de cette combinaison se laisse aisément discerner : aux prises avec les solhcitations et les suggestions qu'il recueillait de tous les côtés, Alexandre cherchait un compromis entre la doctrine libérale et les idées de réforme, propres au parti conservateur, dont les représentants les plus en vue montraient un grand empressement à servir ce dessein. Zoubov et Diérjavine projetaient de convertir le Sénat en une sorte de Chambre haute, que celui-ci composait exclusivement de hauts fonctionnaires, où celui-là introduisait aussi des représentants de la classe privilégiée et qui serait pourvue de pouvoirs législatifs. Mais, en collaboration, semble-t-il, avec Spéranski, Alexandre Vorontsov pro-

(1) Grand-duc Nicolas, Paul Stroganov, II, 12-13.

posait d'étendre à toutes les classes, serfs exceptés bien entendu, le bénéfice des chartes que Catherine avait accordées à la noblesse et aux villes et dont les concessions seraient élargies par une application restreinte de ïhabeas corpus anglais et de quelques gairanties d'ordre judiciaire et fiscal empruntées à la constitution polonaise de 1791.

C'était, dans ses alternatives extrêmes, l'idéal politique de l'aristocratie russe au commencement du dix-neuvième siècle. En se réservant l'exercice du contrôle auquel il serait soumis, elle s'accordait dans la volonté de mettre le pouvoir absolu en tutelle, et, dans l'imagination de quelques contemporains, ce mouvement d'esprit a même pris figure d'un complot qui aurait été déjoué par la vigilance d'un des gardiens allemands de la Bastille autocratique, le général Lamb (1).

En réalité, l'autocrate en fonction a présidé à la parturition de tous les projets émanant de cette sphère et s'en est constitué le rapporteur à son Comité secret, où ils ont échoué, comme cela était naturel. Paul Stroganov a objecté qu'avec la composition que Diérjavine ou même Zoubov lui donnaient, le Sénat serait aussi étranger à l'idée d'une représentation nationale qu'au principe même d'un régime constitutionnel, et Alexandre ne pouvait qu'en convenir. Novossiltsov, de son côté, répudiait le projet de Vorontsov, mais pour une raison différente et opposée. « Ne risquerait-on pas, en allant si loin, de se trouver obligé de revenir sur ses pas? » — « J'ai eu la même pensée, déclarait le souverain, et je l*ai dit à Vorontsov. »

Novossiltsov ne l'ignorait sans doute pas. En plus d'une occasion, « les jeunes » devaient se montrer plus circonspects que leurs aines, « les invalides », comme les appelait Czarloryski. Ils connaissaient mieux leur maître. Mais le Comité secret tendait ainsi à prendre figure d'une chambre de revision avec un rôle que le tempérament du souverain, l'intelligence que les quatre en avaient et leur propre défaut d'initiative et de décision rendaient le plus souvent négatif.

Pour le moment, par voie d'élimination et faute de pouvoir

(1) Rapport du chargé (l'afTairos bavarois k Pétersbourg, Olry, V. Mes' taçer hvtlurique, jnnvicr 1017.

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rien subatituer à ce qu'on rejetait, on s'y trouvait ramené à la première suggestion de Paul Stro(janov. Le projet de charte ou de déclaration des droits serait ajourné et on commencerait non pat même par la réforme des organes du gouvernement, mais, expédient habituel des législateurs dans l'embarras, par une enquête qui en déterminerait l'objet et les moyens. Expérience, matériaux et pouvoirs, même pour cette tâche préliminaire et restreinte, le Comité ne se trouvait pas suffisamment équipé. Dans ce sent, cependant, il devait «'employer efficacement et, jusqu'à un certain point, utilement. Mais pour l'objet de sa vocation première, pour le grand œuvre de réforme ou de r^^olution, dès ce moment, il était forclos, tout au moins comme agent actif. Deux années plus tard, Paul Stroganov et «es amis besognant à des améliorations de détail dans le domaine de l'instruction publique, AKxandrc aura découvert Spéranski et, d'emblét^, lui aura demandé un projet d'ensemble sur « la réorganisation de l'État dans l'ordre législatif et judiciaire », sans qu'il renonçât aussi à mettre à l'ouvrage pour le même objet la Commission de codification, où Spéranski se rencontrait avec un réformateur plus hardi que luimême.

Égalité de toutes les classes devant la loi, suppression du servage, établissement du jury, Radichtchev y donnait plein jeu à son libéralisme impénitent. II présentait un projet de charte, et Spéranski s'en inspirait pour la rédaction d*un mémoire, dont nous ne possédons qu'un texte mutilé et dont nous ne savons pas si, même avec ces coupures, Alexandre a pris connaissance. Devenu entre temps ministre, Kotchoubey y découvrait trop de témérités. Dans l'ordre constitutionnel, l'initiative du Comité secret ne s'exerçait plus que sous forme de veto, en rapport avec ce qu'on y apprenait, ou devinait, des intentions réelles du souverain. Aucun des quatre amis d'Alexandre n'avait l'étoffe d'un chevalier de l'idée, ni aussi l'autorité nécessaire pour imposer ses convictions. Aucun n'en portait aussi en lui-même de très nettes et de très décidées.

Spéranski partagea donc la disgrâce de Vorontsov, en attendant qu'il s'en relevât à un moment où il ne se heurtera plus à l'opposition du Comité disparu. Mais il n'en sera pas moins destiné à rencontrer, sous une autre forme, le même écueil. Et, entre

temps, l'année d'après, Alexandre se sera adressé au chef direct de Spéranski à la Commission de codification, le baron Rosenkampf, auquel le département des Affaires étrangères aura demandé déjà un projet de constitution pour les îles Ioniennes. Cet Allemand avouait honnêtement ne posséder sur Corfou et ses voisines que des notions assez vagues ; mais, membre d'une famille établie depuis peu dans une des provinces baltiques, il ignorait la langue même du pays de Pierre le Grand et ne se trouvait donc pas mieux qualifié pour y faire fonction de législateur. Czartoryski et Novossiltsov n'auront pas, à leur tour, plus de peine à mettre hors de cause son travail, en même temps qu'un autre, dû à la plume d'un ami de Spéranski, Magnitski, qui, de Paris où il avait été attaché à la légation russe, rapportait un libéralisme exalté qu'il devait plus tard répudier (1). Cependant, l'année suivante encore, au milieu des péparatifs mêmes de la campagne qui le conduira à Austerlitz, Alexandre se montrera appliqué au même objet, de façon assez démonstrative pour donner l'alarme à un professeur de l'Université de Dorpt, Montbéliardais d'origine, Parrot, un autre La Harpe, avec moins de savoir et plus de candeur, dont il aura fait son ami et à qui son séjour en Russie aura donné la conviction que ce pays n'était pas mûr pour un essai de régime représentatif (2).

Jusqu'à la dernière heure de sa vie, l'élève de La Harpe se montrera persuadé du contraire, sans arriver pourtant à faire acte de cette conviction. « Il eût fallu, pour cela, déterrer des hommes ou en créer », disait Dumont (3). Il eût fallu surtout changer l'homme qu'était le fils de Paul.

En dépit du néant auquel ils ont abouti, les historiens russes de l'école libérale ont attaché un intérêt très vif à ces cheminements obscurs de l'idée constitutionnelle dans leur pays, et, pour l'histoire du progrès ultérieur de ce mouvement dans les tentatives de réforme ou de révolution qui ont précédé

(1) Pour le détail do ces élaboration» concurrentes du môme thômo, V. SiàMiévsKi, dnu» Ohicn-nteur historique (Oborriénié), 1897, IX, 200. Le mémoire de Spéranski a été publié dans le mémo rccuf^ii par Bytcukov, vol. XI. — Pour Magnitski, v. Ancienne tiussie, 1899, XCVIII, 293; Dixneuvième aiècle, I, 235; Siémi^:vski, les Idées des décembrislcs, p. 40.

(2) DeiUnche Hevue, 1894, IV, 162.

(3) Pyi'Inb, Meêaagrr de V ICurope, 1809, I, 607.

la crise la plus récente, on y peut trouver quelque» clarté». C'est la raison des pages que l'on vient de lire et de quelques autres qui suivront.

Communes à tous les membres du Comité, les indécisions ou les incohérences de pensée et de volonté créaient un premier obstacle au projjrès de ses travaux. Au cours de l'été de 1801, la marche en fut en outre interrompue par les préparatifs du couronnement. L'intention première du souverain avait été qu'on y comprît l'élaboration d'un acte constitutionnel, charte ou déclaration de droits, qu'il voulait produire à cette occasion et pour lequel il quêtait des suggestions dans tous ses entours. Mais aucun résultat ne pouvant être obtenu en ce point et le temps pressant, il fut convenu que ce numéro serait exclu du programme de la cérémonie en vue. En raison de la publicité donnée au dessein du souverain, un désappointement se laissait redouter ; mais Alexandre comptait y obvier à sa façon, par des gestes encore et des attitudes. Il connaissait mieux ses Russes qu'il n'en était connu.

Le couronnement de Catherine avait eu lieu en septembre. Quittant Saint-Pétersbourg pour se trouver à Moscou le 17 de ce mois, en ce rapprochement symbolique de dates, le petit-fils restait fidèle à l'esprit de son manifeste d'avènement. Mais, en route, réprouvant les dispositions prises pour la commodité de son voyage au détriment du public, proscrivant les illuminations, les arcs de triomphe et les cortèges, il faisait derechef acte d'esprit novateur en même temps que figure de prince Charmant. Quand il arrive aux portes de sa seconde capitale, on croit, bien que l'air soit déjà assez frais, voir « un matin de mai ». Rue Tverskaïa, au centre de la ville, le souverain est entouré, pressé par la foule, au point de s'en sentir en danger de syncope. On dépose des baisers passionnés sur ses bottes, sur la croupe de son cheval ; a petit-père », « clair-soleil », on prodigue au cavalier les appellations les plus tendres. Il s'abandonne patiemment à cette ruée délirante, et l'enthousiasme grandit.

A l'heure solennelle, tout en suivant dans l'ensemble le cérémonial établi par Paul I^^, le fils s'abstient de revêtir la dalmatique épiscopale dont le père s'est affublé, et ce retour aux convenances est encore fort apprécié. Il refuse même de se prévaloir du privilège que les souverains russes se sont, de temps immémorial, attribué de s'administrer les espèces saintes sans l'intervention de l'officiant. La cérémonie terminée, il se dérobe aux génuflexions que l'usage impose aux membres même de la famille impériale et l'approbation tourne à l'extase. Instruit comme tout le monde des dispositions libérales du nouveau tsar et du témoignage qu'il se jDroposait d'en donner en ceignant le diadème, l'officiant, qui est l'éveque Platon, en prend texte, dans sa harangue, pour le déclarer sensible aux « droits imprescriptibles de l'humanité ». Émoi des auditeurs, protestations de quelquesuns et autre occasion offerte au maître pour un geste de magnificence : il ordonne de publier la harangue en cinq langues, et le plus grand nombre des Moscovites est incliné à penser, comme le dira Mme de Staël quinze ans plus tard, que lui-même tient place de la meilleure constitution.

Le manifeste du couronnement est néanmoins assez peu goûté. D'autant que l'absence de concessions politiques n'y est pas compensée par une distribution de terres et de titres, qui égale la prodigalité dont Catherine et Paul ont usé. Mais, par ojikase du même jour, une commission est créée pour la revision des procès criminels et, le 5 octobre, une instruction lui est adressée, où, dénonçant en termes violents les abus auxquels donne lieu la procédure pratiquée, en matière de faits surtout ou de propos portant t)ffen8e au souverain, l'élève de La Harpe se réserve d'en connaître par voie de rapport direct, certain de pouvoir ainsi, « sans préjudice pour l'ordre et la justice, alléger le sort de l'humanité souffrante ». Ce qu'il attend essentiellement de cet expédient, c'est, comme il io fera voir plus tard, un moyen d'information personnelle au regard des objets intéressant sa sécurité ; mais on peut s'y tromper, et il y aide en décrétant, quatre jours plus tard, l'abolition de la torture et en ex[>rimant le vœu que « le nom même de ce reliquat de barbarie, honte et opprobre de l'humanité, soit effacé de toutes les mémoiri;HB. Après quoi il juge à propoH d<' faire tomber le rideau, en quittant Moscou. A ses uuiis du Coinilé, qui avaient exprimé

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le désir qu'il ne s'y attardât pas, il avait dit : t N'ayez crainte, quand on exhibe un fantôme, on ne doit pas faire durer l'apparition, car elle pourrait crever (1). »

Après les enthousiasmes de la première heure, il laiasait cependant derrière lui des désenchantements ; si plaisante qu'elle fût, sa « gesticulation » avait semblé déparée par un excès de timidité, en même temps que par des indices insuiUsamment déguisés de préoccupations sombres ut d'inquiétude. On avait eu envie, comme l'a écrit un des spectateurs, de lui crier : « Courage 1 nous sommes avec toi (2) ! » Mais d'aucuns avaient aussi partagé l'angoisse que le souverain trahissait et à laquelle, contrairement à l'opinion avancée à ce propos par Czartoryski, l'évêque Platon passe pour avoir attribué une autre cause que le remords. « Nous avons la chance de voir un ange revêtu de la pourpre », aurait-il dit au prince Zoubov : u ne nous en p.'iver pa», de grâce ! >» Et la réponce aurait été : « N'ayez crainte : il n'est pas votre élève (3). » Enfin, quelque peine qu'il eût prise pour cela, Alexandre n'avait pas réussi à conjurer entièrement la déception de l'attente par luimême éveillée. Dînant en nombreuse compagnie le jour du couronnement, un officier du Préobrajenski exprimait le regret qu'en se rendant à la cathédrale le souverain ne se fût pas adressé au peuple pour lui demander s'il le désirait comme maître (4).

Déjà, dans les rangs de la garde même, s'esquissait cet autre mouvement d'esprits, dont la crise de décembre 1825 allait sortir, «n même temps que se manifestaient aussi et contradictoirement, d'une part, des craintes et des colères provoquées par l'encourage-

(1) Sic, rapporté en français par l'un des auditeurs, v. grand-duc Nicolas, Paul Slroganov, II, 43.

(2) KovALEvsKi, le Comte Bloudov, p. 24 ; Czartoryski, Mémoires, I, 291.

(3) Anastassiévitch, Mémoires inédits; cf. Ancienne Russie, 1872, VI,

(4) BouTÉNiKV, Souvenirs, Archives russes, III, 26.

ment que le nouveau gouvernement donnait aux idées subversives, de l'autre, un commencement d'irritation contre l'abus qu'il faisait des démonstrations flatteuses, qui « ne changeaient rien au fond des choses », comme disait Paul Stroganov. Des « écervelés, observait-on, confondaient la liberté avec la licence ou avec l'agrément de se vêtir en Polichinelle » ; des apprentis de la politique « jouaient à Colin-Maillard dans des conciliabules secrets, et, personne n'étant puni, les coquins se réjouissaient des facilités qu'ils trouvaient pour mal faire » (1). D'autre part, après avoir témoigné à Moscou de sa sollicitude pour « l'humanité souffrante », Alexandre appelait au gouvernement militaire de Pétersbourg l'irascible, intraitable et extravagant Kamiénski, qui débutait en rouant de coups un de ses chefs de service au point de l'obliger à prendre le lit. Sur quoi, 1' « angélique » souverain se bornait à déclarer qu'il « allumerait un cierge à Notre-Dame de Kasaa », le jour où ce forcené, très apprécié dans certains salons, « voudrait bien demander son congé » (2).

a Excepté les polissons et quelques prétendus philosophes, on ne rencontre que des mécontents », écrira Rastoptchine, en août 1803, et une année auparavant déjà, Alexandre aura vu l'épée de Damoclès s'agiter au bout du fil tragique. La vérité sur cet épisode ne se laisse pas établir avec sûreté. Les données officielles n'y ont reconnu qu'une simple entreprise d'escroquerie, à laquelle se serait porté un jeune lieutenant du Siémionovskii Alexis Choubine, simulant un complot et un attentat, en vue d'obtenir par sa dénonciation une récompense qui le sortirait d'une situation financière désespérée. Des changements opérés à ce moment même dans les services intéressant la sûreté de l'État et la sécurité du souverain semblent démentir cette version, que l'envoyé du Premier Consul auprès du tsar, Hédouville, n'a pas admise. C'est à ce moment, précisément, que le brutal mais éner- (pque Kamiénski était appelé au commandement militaire de la capitale, en môme temps que l'un des nouveaux aides de camp du souverain, Komarovski, remplaçait l'indolent Gliébov à la

(1) HouNiTCii, Mémoires inidits, fraijmunts dans Ancienne Russie, 1896, LXXXVIII, 281 et suiv. ; Diéiuavine, Œuvres, V, 758; Rastoptchine, dunt Archives Voronlsov, VIII, 302-307.

(2) KoMAiioviKi, Mhnoires, Archives russes, 1867, p. 575.

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direction de la police. Hédouville a supposé une tentative en faveur de la jeune femme d'Alexandre, sans son aveu, admettait-il, car il la jugeait dépourvue d'ambition, mais en liaison avec les regrets que le gouvernement faible des impératrices laissait à la noblesse (1).

Mieux renseignés sans doute, les conspirateurs de 1825 ont, depuis, rattaché l'alerte de 1802 à l'irritation que soulevait le souverain en ne donnant pas suite à ses promesses de réforme (2).

(1) Hédouville à Talleyrand, 22 fructidor an X, Affaires étrangèrM, Russie, Correspondance, CXLI, 221 ; Komarotskj, Mémoires, Archii'êê russes, 1877, II, 267 et suiv.

(2) Zavalichine, Mémoires (1905), I, 192; cf. Sbornik, LXX, 502 j Archives Vorontsoi>, XVIII, 296.

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