‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 100 sur 211 · LAMBERT MAITRE DU NANTAIS · texte numérisé non relu

LAMBERT MAITRE DU NANTAIS

vant pour lui-même le Nantais l, il distribua à ses partisans les petits pagi aquitains au sud du ileuve : Gonfler, qui était son neveu, eut pour sa part nierbauge ; Rainier, la Mauge; Girard, la Tiflauge2. Le Poitou, tout au moins le Thouarsais, semble même avoir rejeté l'autorité du roi Charles et avoir reconnu Pépin II 3.

1. Il le conserva jusqu'en 846. Voy. R. Merlet, Guerres d1 indépendance de la Bretagne sous Nominoè et Erispoé [Revue de Bretagne et d'Anjou, 1891), p. 7. — A la fin de septembre cependant, au dire de la Chronique de Nantes (p. 21), la ville de Nantes désolée et réduite à rien n'avait encore « nullum gubernatorem ». Peut-être Lambert était-il alors au sud de la Loire (cf. le début de la note précédente et la suivante). — Sur l'élection d'Aitard comme évêque de Nantes et sur ses démêlés avec Lambert, voy. la Chronique de Nantes (p. 25-28), laquelle commet dans ces chapitres ix et x plus d'une bévue chronologique.

2. Chronique de Nantes, cap. vin, p. 22-23 : <i Lambertus vero ille, qui haec omnia superius dicta peregit, comitatum Namneticum impudenter invadens, militibus suis distribuit, scilicet Gunlerio, nepoti suo, regionem Herbadillicam, Rainerio Metallicam, Girardo Theophalgiam, quae omnia illis hereditario jure concessit. » Cette dernière phrase est évidemment inadmissible. Faut-il, à cause d'elle, rejeter ce qui précède? Je ne le pense pas. Je suis frappé de voir que Lambert distribue les « honneurs » de son rival vaincu et tué Renaud, et des alliés de celui-ci. Renaud, nous l'avons vu (p. 76, note?) était comte d'Herbauge. Or, cette particularité, la Chronique de Nantes l'ignore : elle fait de ce personnage un comte de Poitou (p. 9). Elle ne peut donc inventer cette distribution. En outre, le chapitre vu, reproduction d'une annale contemporaine (cf. p. 82, n. 1,) nous montre des captifs chrétiens s'échappant de l'île de Noirmoutier, repaire des pirates, gagnant à pied sec la côte et les Normands n'osant les poursuivre « par crainte de Lambert ». Celui-ci, dans l'été de 843, est donc maître de la côte en face de Noirmoutier : cette côte c'est précisément l'Herbauge. Cette double coïncidence ne saurait être fortuite. — Un diplôme de la fin de décembre 845 montre que les moines de Saint- Philibert, établis à Grandlieu, entre les pays de Retz et de Tiffauges, avaient à souffrir des incursions des Normands et des Bretons. Voy. plus loin, p. 157, n. 2. 3. Les moines de Vertou, réfugiés à Saint- Varent (cf. La Borderie, t. II, p. 313, note 3), émirent la prétention de soumettre à leur autorité le monastère voisin de Saint-Jouin de Marnes (Ensionense coenobium) à trois lieues de là. S'il en fauteroire l'hagiographe, ils se rendirent avec le corps saint en Auvergne auprès du roi Pépin « qui per id tempus regnator erat Aquitanorum. » Celui-ci aurait soumis aux moines de Vertou les chanoines de Saint-Jouin par un « précepte » et il aurait remis aux moines un ordre adressé au « cornes Pictavorum »,le sommant d'expulser ceux des chanoines de cette dernière abbaye qui refuseraient de prendre l'habit monacal. Munis de cet écrit les moines de Vertou regagnent le « Pictavus pagus » et obtiennent satisfaction; le corps de Saint- Martin est placé dans l'église de Saint-Pierre à Ension, le 2 décembre (Miracula sancti Martini Vertavensis dans Mon. Germ., Script, rer. Merov., t. III, p. 574). Quoi qu'il en soit de cette assertion, le comte ne pouvait être le comte de Poitou, mais de Thouarsais, Saint- Jouin et Saint- Varent (Deux-Sèvres) étant situés dans ce dernier pagus. La cérémonie du 2 décembre ne peut se placer qu'en 843 ou 844, le Poitou et ses dépendances ayant cessé d'appartenir à Pépin II au traité de Saint-Benoît-sur-Loire en juin 845. j

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Une famine atroce qui désola la Gaule ajouta à l'horreur de la situation \

Ces nouvelles désolantes arrivèrent aux oreilles du roi au moment où il se trouvait en « France », au palais d'Attigny 2, de retour d'une chevauchée en Aquitaine contre Pépin II, sur laquelle nous avons peu de renseignements, mais qui fut certainement infructueuse3. La proximité de l'entrevue des trois frères à Verdun, fixée d'abord

1. Annales Bertiniani, ann. 843, p. 29 : « Emergentibus igitur hinc inde tôt tantisque incessabiliter malis, vastante passim cuncta raptore, coacti sunt per multa totius Galliae loca homines terram mixta paucitate farinae atque in panis speciem redactam comedere. Eratque lacriniabile, immo execrabile nimium facinus, ut junienta raptorum pabulis habundarent et homines ipsius terrenae admixtionis crustulis indigerent. » Ce passage se trouve à la suite de la mention de la mort de Renaud (24 mai).

2. Le 5 juillet nous voyons le roi à Attigny. A la prière de l'évêque Altheus, il confirme les pancartes de ses prédécesseurs renouvelant les titres de l'église cathédrale Saint-Nazaire d'Autun, titres jadis brûlés par les Sarrasins, et lui concède l'immunité (Histor. de Fr., t. VIII. p. 443, n° 22 ; Gallia Christ., t. IV, p. 46).— Charles marchait alors évidemment dans la direction de Verdun. L'entrevue des trois frères en cette ville, répétons-le, avait d'abord été fixée au mois de juillet.

3. L'ouvrage de Nithard se termine par l'annonce du départ de Charles pour l'Aquitaine en janvier 843. Prudence se borne à nous dire que Charles erre en Aquitaine au moment où succombe le duc Renaud (24 mai 843) ; Annales Bertiniani, éd. Waitz, p. 29 : « 843. Hlotharius et Hlodowicus intra fines regnorum suorum sese cohibentes, pacifiée degunt. Karolus Aquitaniam pervagatur. Quo illic constituto, Nomenogius Britto et Landbertus qui nuper ab ejus fidelitate defecerant, Rainaldum Namnetorum ducem interficiunt, plurimos capiunt. » Mabille a montré qu'il est inadmissible que Charles se soit avancé jusqu'à Toulouse en 843. Il n'y a eu qu'un seul siège de Toulouse, en 844 (voy. Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. II, p. 361-2.) 11 est certain, d'autre part, que Charles n'était pas dans l'ouest de l'Aquitaine (cf. plus haut, p. 62). Il a dû parcourir le Berry et l'Auvergne cherchant vainement à atteindre et à battre Pépin, éprouvant sans doute au contraire quelque échec personnel. Un passage des Miracula sancti Vertavensis nous montre les moines de Saint-Martin de Vertou, établis près de Saint-Jouin de Marnes, en Thouarsais, allant trouver Pépin en Auvergne. Ils auraient obtenu de lui le monastère de Brassac (Puy-de-Dôme, arr. Issoire, cant. Jumeaux) et l'ordre au comte de Poitou (sic) de leur soumettre l'abbaye de Saint- Jouin, tout cela resserré entre le 24 juin et le 2 décembre 843 (voy. p. 79, n. 3 et p. 83, n. 3). En 843, Pépin II resterait donc maître de l'Aquitaine en dépit de la campagne de Charles. Les Annales Fuldenses (éd. Kurze, p. 34) qui rapportent la campagne de Charles après le traité de Verdun, nous disent que son armée y éprouva des pertes graves : « Karlus Aquitaniam quasi ad partem regni sui jure pertinentem aifectans Pippino nepoti suo molestus efficitur eumque crebris incursionibus infestans grande detrimentum proprii saepe pertulit exercitus. » D'Aquitaine Charles revint en a France » en passant par la Bourgogne. Une lettre écrite en son nom à l'archevêque de Lyon Amolon nous montre que Charles résida à

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pour juillet, finalement pour août ' , ne permettait pas, naturellement, de songer à entreprendre une expédition dans l'ouest avant que le partage de l'empire eût été effectué. Mais, au lendemain du traité, elle s'imposait.

Après avoir passé par Quierzy-sur-Oise à la fin d'août 2, le roi et ses conseillers décidèrent la tenue d'une assemblée en Orléanais, à Germigny3. Ce palais était situé à la jonction des quatre grandes régions dont le gouvernement était reconnu à Charles : « France », Neustrie, Aquitaine, Bourgogne. C'était un lieu de rassemblement commode et une base d'opération pour une expédition en Bretagne. Le moyen habituel pour gagner ce pays était, en effet, de suivre la voie romaine : Orléans, Tours, Angers.

Cette assemblée eut lieu en septembre ou en octobre. On ignore i

Autun, où il voulait l'aire nommer évêque un de ses parents, pendant le carême d'une année qui ne peut être que 843 (donc entre le 7 mars et le 21 avril). Voy. plus haut p. 62, note 4.

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