‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 106 sur 211 · DO ASSEMBLÉE DE COLLAIXES · texte numérisé non relu

DO ASSEMBLÉE DE COLLAIXES

région, jusqu'à la grande ville de Toulouse que Pépin avait réussi à lui reprendre ' .

Avant de poursuivre le récit des expéditions militaires de Charles, il importe de s'arrêter sur l'assemblée de Coulaines dont les décisions ont eu une signification qui jusqu'à présent n'a point été mise en évidence .

L'assemblée de Germigny, nous l'avons dit, n'avait abouti à rien. La marche de l'expédition vers la Bretagne n'empêcha nullement l'aristocratie laïque, ecclésiastique surtout, de peser sur le jeune roi pour obtenir de lui des promesses de réforme. Les évêques suivaient l'armée. Quelques semaines avant qu'on fût arrivé sous Rennes, au mois d'octobre, ils se réunissaient en concile dans un ancien domaine royal de l'Anjou appelé Loire et très certainement en présence du roi 2. Les quatre articles décrétés portent anathème contre les hommes qui méprisent les lois de l'Église, sont convaincus de crimes manifestes à son égard ou refusent d'obtempérer aux monitions épiscopales. Même châtiment à l'égard de ceux qui trament des complots contre le trône et résistent avec opiniâtreté au pouvoir royal qui, selon l'apôtre, « est de Dieu ». Le dernier article affirme l'union étroite de l'Église et de la Royauté. Ces anathèmes — est-il besoin de le dire? — visaient Nominoé et Lambert et avaient pour objet de leur donner un dernier avertissement avant que l'armée franque entamât le siège de Rennes.

Au lendemain de ce siège, quand l'armée se fut retirée au Mans, il se tint près de cette cité, à Coulaines3, un « conventus » où l'on entreprit de régler les rapports réciproques de l'épiscopat et des grands et

influence contraire aux intérêts de l'abbaye de Ferrières. Si l'on rapproche ce passage du diplôme en faveur de ce dernier monastère donné à Tours le 27 décembre 843 (voy. p. 88, note 1), il apparaîtra qu'Alard était à Tours à cette époque, qu'il fut l'ambasciator de l'acte, enfin qu'il accompagna Charles dans son expédition contre Toulouse.

1. En septembre 842, le comte Effroi, partisan de Charles, commandait à Toulouse (Nithard, Hist., IV, 4). Cf. plus haut, p. 57.

2. Capitul., t. II, p. 396, 402. « Lauriacus villa in pago Andegavensi » doit être identifié à Loire, Maine-et-Loire, arr. Segré, cant. Candé. — Dans un diplôme du 17 février 797, Charlemagne permet la donation à l'abbaye de Priim de ce domaine bien qu'il eût appartenu au fisc (Mon. Germ., Diplomata Karolinorum, 1. 1, p. 243). Loire n'est qu'à une lieue de Chazé (cf. p. 87, note 2).

3. La villa quae dicitur Colonia est Coulaines, Sarthe, arr. et cant. Le Mans. C'était peut-être une villa royale. La cité du Mans, dont elle n'est éloignée que d'une demi-lieue, était trop petite sans doute pour contenir l'armée royale. Son enceinte n'était que 10 hectares. Voy. Adrien Blanchet, les Enceintes romaines de la Gaule (Paris, 1907, p. 44-49.)

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aussi ceux de la double aristocratie, ecclésiastique et laïque, avec la royauté. Le texte de ce « conventus » ' est rédigé au nom du roi.

Il commence par rappeler que l'Église est comme un navire, tantôt stable, tantôt battu par la tempête. Elle a joui de la paix au temps de son aïeul et de son père. Mais la semence de discorde a été semée au milieu du froment de la charité et l'Église a été en butte à toutes sortes de tribulations. C'est au prix des plus grandes difficultés qu'on est arrivé, par respect pour la divinité et pour le soulagement des fidèles de Dieu et du souverain, à établir la paix entre le roi et ses frères, à procéder au partage des états paternels et à laisser respirer tant soit peu l'Église et la population après de telles épreuves. La tourmente passée, ses traces persistent.

« Avouons-le, chez nous, chez les ecclésiastiques, chez ceux qui u nous aident à administrer les affaires publiques, subsistent des a brandons de discorde. 11 est trop évident que, sans la grâce de Dieu, « nous sommes tous 2 incapables d'échapper à la contagion du fléau « dont, en ces dernières années, nous étions possédés et d'envisager « notre commune maladie. En conséquence, nos fidèles se sont assem. u blés, tant de l'ordre vénérable des clercs que des laïques nobles. « Enflammés de l'amour de Dieu, se rappelant la foi qu'eux-mêmes u et leurs ancêtres ont promise à nos prédécesseurs, ayant présent à « l'esprit la dilection et fidélité qu'ils nous ont gardées depuis la mort « de notre père avec une constance si louable, comme dans l'Écri- « ture sainte3 ils se sont exhortés l'un l'autre à chasser de leur cœur « la rancune, pour quelque cause qu'elle y fût née, et à s'unir dans « l'obéissance de Dieu, la vénération de la sainte Église, la fidélité « qu'ils doivent nous conserver, dans la volonté d'affermir et maintenir « l'honneur et le pouvoir royal, bref, dans la paix, la concorde, la sin- « cère amitié, de telle sorte qu'ils fussent agréables à la clémence « divine, qu'ils pussent traiter avec plus de détachement des affaires a touchant la stabilité et l'utilité du roi et du royaume et qu'ils prisce sent plus aisément les mesures nécessaires à leur propre intérêt à « celui du peuple tout entier et à la tranquillité publique. Ayant conclu « d'une seule âme, conformément à la raison, cet accord louable et « agréable à Dieu, ils ont fait savoir très fidèlement à notre bienveil- « lance qu'ils nous étaient dévoués et acquis. Et nous, ayant atten- « tivement considéré le bon vouloir des fidèles envers le trône, nous

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