‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 112 sur 211 · J SIÈGE DE TOULOUSE W · texte numérisé non relu

J SIÈGE DE TOULOUSE W

Le siège de Toulouse fut entamé seulement dans la première quinzaine de mai. Le roi s'établit à l'abbaye de Saint-Sernin, alors hors les murs2.

Au début, il sembla que l'expédition s'annonçât comme un succès. Bernard de Septimanie s'était imaginé qu'il pourrait continuer son double jeu. Mais il allait en être la victime. Fut-il attiré traîtreusement par Charles sous les murs de Toulouse, ou commit-il l'imprudence de se rendre de lui-même au camp royal ? Toujours est-il qu'il fut retenu prisonnier. Traduit devant l'armée, faisant fonction de tribunal, il fut déclaré coupable du crime de lèse-majesté par le « jugement des Francs ». Le jeune roi fut implacable pour le brouillon cynique qui avait ridiculisé son père et compromis la réputation de sa mère : Bernard eut la tête tranchée !. L'Aquitaine méridionale et la Gothie, en deçà et

le fidèle Heudri (Historiens de France, ibid., n° 17 ; Hist. de Languedoc , p. 222, n° 106). L'original (à la Bibl. Nat., ms. lat. 8 837, n° 8) porte : « Data II. kal. maii, anno 1 1 II ., indictione VI., régnante Karolo gloriosissimo rege. Actum Ferrucius villa.» Sur cet original, voir Jusselin, dans le Moyen Age, 1907, p. 128-129.

1. Ferrucius villa, Castelferrus ^Tarn-et-Garonne, arr. Castelsarrazin) est sur la Garonne à 60 kil. environ au N.-N.-O de Toulouse. On ne s'explique pas bien que Charles, à Avens, à une distance moitié moindre de Toulouse, quoique dans une direction différente (au N.-E), le 5 avril (voy. p. précéd., note 3), soit à Castelferrus deux semaines plus tard. Il doit y avoir une discordance entre Vactum et le datum dans l'acte du 5 avril donné à Avens.

2. Trois diplômes en faveur des abbayes de Saint-Pierre de Besaudun, de Notre-Dame de la Grasse, de Cubières, en date des 11, 13, 14 mai (an 4, indiction 6) portent comme date de lieu : « Actum in monasterio sancti Saturnini prope Tolosam » (Historiens de France, t. VIII, p. 455 n° 34, p. 441, nos18 et 19; Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. II, p. 223, 225, 226, n°* 107, 108, 109). Le diplôme du 19 mai en faveur des réfugiés espagnols est donné « in monasterio Sancti Saturnini dum obsideretur Tolosa. « (voy. p. 106, note 1.) — On étudiera plus loin (p. 120, n. 1) la date d'un diplôme pour l'abbaye d'Amer, qui montrerait Charles à Toulouse le 14 mai.

3. Annales Bertiniani, p. 30 : « 844. Hiems mollissima Bernardus, cornes

marcae hispanicae, jamdudum grandia moiiens summisque inhians, majestatis reus Francorum judicio, jussu Karoli, in Aquitania capitalem sententiam subiit. » L'expression de Prudence se trouve répétée en 864 par Hincmar : « qui patrem suum (Bernardum) Francorum judicio occidi jusserat » (Ann. Bert., p. 72). Annales Fuldenses, p. 34 : « 844. Karlus Bernhartum Barcenonensem ducem incautum et nihil ab eo mali suspicantem occidit. » — Annales Xantenses : « 844. Gregorius papa migravit de seculo et successit in locum illius Sergius papa. E* Bernhardus cornes a Karolo est occisus. » Le pseudo-Aribert raconte que Charles aurait poignardé de sa propre main sous Toulouse Bernard, son xérilable père. L'origine de cette fable n'est pas une « cantilène » méridionale, comme le pense M. J. Calmette (De Bèrnardo sancti Guillelmi filio,ip. 111), mais quelque récit latin clandestin du ix* siècle, consulté on ne sait comment au xive-xve siècle. (Voy. Le Moyen Age, 1904; p. 153-154). Peut-être est-ce une source de même genre qu'utilisa, au xie siècle, Odbert pour son récit mensonger de la Passio

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