ÉCHEC DU SIÈGE DE TOULOUSE
impossible d'emporter la ville dont le moral avait, naturellement, été remonté par le grand succès de Pépin. Vers le début d'août, Charles leva le siège l. Pour regagner la « France », il lui était impossible de de suivre la même route qu'à l'arrivée, l'Aquitaine occidentale étant au pouvoir de Pépin2. Aussi prit-il par l'Auvergne et le Berry. Le 12 août nous le voyons faire au « prêtre Hincmar » une donation,
1. Aucun texte aunalistique ne nous renseigne sur l'issue du siège de Toulouse. Mais, si l'expédition avait réussi, Prudence eût-il oublié de mentionner un succès aussi important? Aurait-il été nécessaire que Charles revînt en 849 pour être, cette fois, plus heureux? Enfin, pourquoi les nombreux diplômes délivrés pendant l'été de 844 sont-ils datés du monastère de Saint-Sernin et non de Toulouse même? — Les historiens se sont donc justement refusés à admettre que
Toulouse ait été pris en 844 ^oy. Dom Vaissète, op. cit, t. II, p. 360; Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale, t. IV, p. 280; Wenck p. 89;Diimmler, t. I, p. 248). Un diplôme, il est vrai (en faveur de Saint-Polycarpe en Razès), porte comme date : Actum Tolosa civitate. Sur l'original, le jour et le mois étaient effacés (voy. p. 101, note 6). On serait en droit de supposer qu'il peut être postérieur aux 5, 11 et 25 juin, — époque à laquelle Toulouse était encore assiégée {Actum in munasterio Sancti Saturnini dum obsideretur Tolosa disent trois diplômes en faveur de l'église de Girone et des abbayes de Saint-Chignan et d'Arles en Valespir : cf. plus haut p. 102, 1(3), — mais rendu à Toulouse même, peut-être en juillet, ce qui impliquerait le succès de Charles. Seulement, nous possédons en original un autre diplôme (en faveur des SS. Emeter et Genès), daté également delà cité de Toulouse, souscrit par le même notarius que le précédent, Anscarius (cf. plus haut p. 104, note 2) : il est du 14 mai. A cette date Toulouse était encore assiégée, comme on vient de voir. La conséquence c'est que Je notarius Anscarius étendait le nom de Toulouse aux établissements ecclésiastiques sis hors de la cité dans le suburbium. Il n'y a rien là d'extraordinaire. On verra que l'appellation Parisius s'entendait parfois non seulement de la cité mais des territoires des abbayes de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève et même de Saint-Denis.
Le séjour du roi en Auvergne le 12 août (voy. p. suiv.,note 1) implique la levée du siège de Toulouse vers le début d'août ou la fin de juillet.
2. Turpion, comte d'Angoulême, quoiqu'installé par Louis le Pieux prit le parti de Pépin II puisqu'il fit relâcher Louis de Ferrières (voy. p. 116, note 4). Peutêtre l'établissement de Renaud à Angoulême, bien que provisoire, l'avait-il inquiété (voy. p. 76, note 7). — Un diplôme d'un roi Pépin, rendu à la requête de l'abbé Rangarius, accorde à l'abbaye de Moissac sur le Tarn l'immunité pour toutes ses possessions sises en Caorsin et Toulousain. L'acte est daté du 26 juin « anno V. post decessum domni Hludovici serenissimi augusti et etiam regni nostri, in Castillione Castro, quod est super fluvium Dordoniae » (Histoire de Languedoc, t. II, col. 248, n° 121; Historiens de France, t. VIII, p. 356, n° 3). On serait tenté d'en conclure que douze jours après sa victoire du 14 juin, Pépin II était descendu de l'Angoumois à Castillon-sur-Dordogne (Gironde, arr. Libourne), à la limite de la Gascogne, et que l'abbaye de Moissac (Tarn-et-Garonne), malgré la proximité de l'armée de Charles, avait assez de confiance dans la fortune de son jeune rival pour lui demander l'immunité en faveur de ses biens « in eodem pago