PROJETS AMBITIEUX DE LOTIIAIRE
datée de Mariscarlas au pagus d'Auvergne1. En septembre, le roi avait regagné la vallée de l'Oise, qui demeurera son séjour préféré pendant toute la durée de son règne2. 11 eut à s'occuper d'une distribution d' « honores » qu'un an de guerre désastreuse avait rendu copieuse ;!, puis aussitôt après de la situation extérieure.
Dès le mois suivant, les trois frères avaient une nouvelle entrevue. La tonne d'une assemblée avait sans doute été décidée en principe à Verdun l'année précédente. De toutes manières, Charles, mis en échec par Pépin II, Lambert et les Bretons, était dans la nécessité de faire appel au concours de Lothaire et de Louis. Les évèques, grandement désireux de faire accepter par ceux-ci leur programme de réforme, leur régime de « concorde », avaient besoin d'une réunion des trois souverains. De son côté, Lothaire n'avait pas renoncé à exercer sur ses frères une suprématie, tout au moins morale4. Il gardait notamment l'espoir de faire rétablir sur les grands sièges métropolitains de Reims et Narbonne ses créatures, Ebon et Barthélémy. La mort du pape
Catureiuo sive Tolosano ». En réalité, nous avons affaire aune rédaction remaniée d'un diplôme de Pépin Ier de l'an 818 : les dates et le nom de l'impétrant, l'abbé Rangarius, sont les mémos; le nom de l'empereur Louis seul a été substitué à celui de l'empereur Charles. 11 n'y a pas eu en réalité de diplôme de Pépin II, pour Moissac. Voy. encore RenéGiard, Catalogue des actes des rois d'Aquitaine Pépin I et Pépin II dans la Iiibl. de l'Ecole des chartes, t. LXIÏ, p. 511, n° 2.
1. Le roi accorde en pleine propriété au prêtre Hincmar un certain nombre de domaines en Pincerais dont il avait hérité de Charlemagne, donataire d'un certain Hcugeod. L'acte, conservé en original, est passé « in pago Arvernico in villa Ma.-iscarias » (Historiens de France, t. VIII, p. 468, n°46; Tardif, Mon. hist., Cai-tons des rois, n° 145). Mariscarias n'a pas été identifié.
2. Le 27 septembre, à Compiègne, Charles à la requête de Louis, abbé de Saint- Riquier, renouvelle un diplôme de son père l'empereur Louis affectant aux besoins des moines un certain nombre de domaines de l'abbaye, dotation que l'abbé Louis %ient d'augmenter de la celle de Forestmontier, de biens en Beauvaisis,de revenus à Quentowic, etc. (Hariulf, Chronicon Centulense, éd. F. Lot. p. 109-1 il). La date « 24 novembre » donnée par l'éditeur, p. 111, note 1, résulte d'un lapsus ou d'une erreur d'impression peu explicable.
3. On n'a pas de détails sur cette promotion. On voit seulement que, à Saint- Riquier, Nithard fut remplacé par Louis. A Sithiu (Saint-Bertin), peut-être aussi à Saint-Quentin, le co.ute Alard fils d'Lnroc, succéda à Hugue (Folcuni, Gesta abbatum Sithiensium dans les Mon. Genn., Script., t. XIII, p. 618-619).
4. Cf. Plister, V Archevêque de Metz Drogon, dans les Mélanges Paul Fabre, p. 119; E. Lesne, la Hiérarchie épiscopale en Gaule..., p. 254. Parisot (le Royaume de Lorraine, p. 30-31) veut, au contraire, que Lothaire ait eu une attitude réservée depuis le traité de Verdun.
1*22 VICARIAT DE DROGOX [844 1
Grégoire IV, au début de 844, l'élection irrégulière de son successeur Serge II par les Romains, lui furent un prétexte excellent pour envoyer une armée en Italie sous la conduite de son fils, le jeune Louis, et de 1' u archevêque » de Metz et archichapelain Drogon qui lui était tout dévoué. La légitimité de Serge fut reconnue, mais il dut s'excuser, prêter serment de fidélité et consacrer roi des Lombards le prince Louis (15 juin 844). Lothaire essaya à cette occasion de faire rétablir Ebon et Barthélémy. Il se heurta à la résistance du pontife, qui n'osa tenir pour^non avenue une des décisions synodales les plus solennelles de l'épiscopat franc. Les archevêques déposés, qui s'étaient rendus à Rome, n'obtinrent rien. Le pape ne consentit même à leur accorder que la communion laïque ' .
Serge céda dans une affaire en apparence bien plus importante : il nomma Drogon « vicaire pour les Gaules et les Germanies ». Cette dignité, il est vrai, n'était point nouvelle. Saint Boniface, Ghrodegang, un des prédécesseurs de Drogon sur le siège de Metz, Wiltcharius, métropolitain de Sens, en avaient été revêtus 2. Mais, depuis le rétablissement de l'autorité des métropolitains sous le règne de Charlemagne et surtout de Louis le Pieux, elle avait cessé d'exister, ne répondant à aucune nécessité. Que signifiait cette résurrection? Une lettre du pape au clergé franc * nous renseigne sur la portée que le pontife, ou plutôt Lothaire, dont il ne faisait que reproduire les instructions, veut lui attribuer.
Le Souverain Pontife, retenu par la nécessité de veiller à l'ensemble des églises, ne peul prendre part à la lutte glorieuse que livrent ses très chers frères 4. Il est obligé, à l'exemple de ses prédécesseurs, de se faire représenter. 11 délègue à sa place, pour toutes les provinces au delà
1. Annales Bertmiani, p. 30; Vita Sergil dans le Liber pontificalis, éd. L. Duchesne, t. II, p. 90; Florus dans Poetae lat. aevi Karol., t. II, p. 560; Hincmar 1° De praedestinatione, diss. jiosterior, c. 36 ; 2° Epistola ad synodum Suessionensem, c. 1 et 4 ; 3° Epistola ad E 'g ilonem ; 4° De jure metropolitanoi um, c. 22 {Opéra, éd. Sirmond, t. I, p. 326-327; t. II, p. 270, 272, 289, 732; et dans Migne, Patrol. lat., t. CXXV, col. 391 ; t. CXXVI, col. 50, 53, 68, 201) ; — Flodoard, Hist. eccl. Remensis, 1. II, c. 20, in fine., Ci. Wenck, p. 92-100; Dùmmler, t. I,
p. 249-251; Pfister, loc. cit., p. 117.
2. Plus exactement, Boniface et Chrodegand étaient « archevêques » du royaume d'Austrasie. Wiltcharius « missus sancti Pétri » pour la Gaule. Voy. hesne, op. cit., p. 30-61 ; L. Duchesne, Wiltchaire de Sens archevêque des Gaules dans le Bulletin de la Société archéologique de Sens, t. XVII, p. 15.
3. Jalïé, Regesta pontif. Roman., n* 2586 (Sirmond, Concilia Galliae, t. III > 149 ; Mansi, Concilia, t. XIV, p. 806. Historiens de Fr.,t. VII, p. 383).
4. Allusion à l'assemblée qui devait se tenir à Thionville. Celle-ci était donc arrêtée, prévue d'avance.