COLLOQUE DE THIONVILLE
des Alpes, Drogon, archevêque de Metz, fils de Charlemagne et oncle de l'empereur Lothaire et des rois Louis et Charles. Les évêques lui devront obéissance, « car ils convient que celui qui peine pour tous soit appuyé du secours de tous ». Pour la convocation des conciles généraux, il a la délégation du pape ; les décisions des synodes provinciaux devront lui être remises sans délai. Quiconque en ces régions veut en appeler au Saint-Siège devra d'abord aller trouver Drogon. C'est seulement si les évêques ne tombent pas d'accord que l'accusé devra se rendre auprès du pape, muni d'une lettre de « notre frère ». Drogon aura le droit de surveiller évêques et abbés, réserve faite des prérogatives du Saint-Siège et de celles de l'empereur1. Viennent ensuite des menaces aux rois (Louis et Charles}, au cas où un évêque aurait à souffrir des violences de leur part, « car il n'est pas tolérable que « la triple société de frères germains en la foi de la Trinité se sépare « de la dilection mutuelle et de la commune équité du droit. Si l'un « d'eux préfère suivre le prince de discorde et se dérobe à la paix « générale, c'est à juste titre, qu'avec l'aide de Dieu et l'autorité des « canons, nous prendrons soin de le châtier de notre mieux » 2.
C'est ainsi que Lothaire tentait de capter à son profit le régime de la concorde. Son jeu échappa-t-il à ses frères? C'est improbable. Les négociations qui précédèrent la réunion n'en furent pas moins conduites avec une cordialité, au moins apparente3. Le plus jeune frère, Charles, n'était point, au surplus, en état de faire opposition ouverte à son aîné.
Finalement, l'entrevue eut lieu sur le territoire de Lothaire, à Thionville, ou plutôt, près de ce petit castrum, au palais de Yûtz. Elle dura plusieurs jours. Les entretiens des trois frères furent des plus amicaux. Entre eux régna l'intimité, au dire de l'annaliste Prudence. La présidence de l'assemblée, fut reconnue d'un commun accord à
1. Le pape revient à cet endroit sur les prérogatives du Saint-Siège.
2. Pour terminer le pape exhorte les évêques à l'union. Il a l'espoir que l'a audace des séculiers » ne prévaudra pas toujours sur l'autorité épiscopale.
3. Annales Bertiniani, p. 31 : « lnterea iratrum, id est Hlotharii, Hludowici et Karoli, alternatim fraterno affectu iegatis multifariam discurrentibus, mense octobri idem pênes Theodonis villam conveniunt, habitoque diebus aliquot amicabili pernecessarioque conloquio inter se fraternitatis et caritatis jura in posterum non violanda confirmant. » M. Calmette (la Diplomatie carolingienne, p. 4-5) se trompe, à mon avis, en s'appuyant sur ces lignes pour parler de « négociations laborieuses ». La tenue de l'assemblée était chose décidée depuis plusieurs mois, peutêtre même dès août 843, entre les trois frères et la papauté (cf. p. précéd., note 4). Le même érudit commet un contre-sens en écrivant : « le traité dont l'importance a paru si grande à Prudence qu'il le qualifie de pernecessarium v : ce dernier mot signifie simplement « intime ».