‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 130 sur 211 · SYNODE DE VER · texte numérisé non relu

SYNODE DE VER

l'abbé de Saint-Denis et chancelier Louis, et aussi l'abbé pieux et lettré qu'on choisit pour rédiger les propositions du clergé, Loup de Ferrières. De même, le prêtre Hincmar dont l'influence commence à se faire sentir. Leur dévouement aux intérêts de Charles, les prélats le montraient bien et par l'invite à pourvoir au siège de Reims et par la manière ingénieuse dont ils esquivaient le vicariat de Drogon et éventaient les desseins secrets de l'empereur. Par la première proposition, l'épiscopat occidental se prononçait définitivement contre Ebon. 11 délivrait Charles du cauchemar d'avoir à réinstaller sur le siège métropolitain de la plus importante province ecclésiastique de la « France » une créature de Lothaire. Par la seconde, il lui évitait un danger encore plus grand peut-être, l'abandon de l'hégémonie spirituelle de l'ensemble de son royaume à son frère aîné; il lui indiquait le moyen efficace de faire avorter les grands desseins de celui-ci. De fait, le concile général des Gaules et des Germanies, que ne désiraient ni les évêques de France ni ceux de Germanie ni Charles ni Louis ni, au fond, le pape, ne se réunit jamais. Drogon, nature douce, pacifique, amie de son repos, ne fera rien pour exercer les pérogatives de son vicariat. L'affaire sera enterrée ' — jusqu'au jour où Charles, couronné empereur, reprendra, avec aussi peu de succès que lui, les projets ambitieux de son aîné.

Mais, si les propositions du synode de Ver n'avaient rien que de favorable à la royauté, elles allaient directement à l'encontre des inté-

1. Dummler, t. 1, p 256; ParUot, p. 30; Calmette, p. 8; Pfister, loc. cit., p. 121 ; Lesne p. 255-256. Ce dernier croit, contre MM. Parisot et Poster, que Lothaire reprendra ce projet vers 851 en faveur d'Hincmar (voy. son important article Hincmar et l'empereur Lothaire dans la Revue des questions historiques, ■t. LXXVII1, 1905). Ce projet, en tout cas, n'aboutit point. Il serait imprudent d'nccorder pleine confiance à Hincmar lorsqu'il loue Drogon d'avoir renoncé à exercer ses fonc ions de vicaire pour éviter un « schisme » : « Drogo interea, Metensium episcopus, fastu regiae prosapiae subvectus, hanc praelationem in Cisalpinis regionibus, nacta quadam occasione tempore Hlotharii imperatoris, apud Sergium papam obtinuit; sed quod aft'ectu ambiit, effectu non habuit, et quod efficaciae usu, non consentientibus quibus intererat, obtinere non potuit, patientissime, ut eum dacuit, toleravit, ne scandalum fratribus et consacerdotibus generans, schisma in Sanctam Ecclesiam introduceret. Quem tantae generositatis ac dignitatis virum quisque nostrum imitari debuerat, ne indebite appeteret quod non habebat, qui sine contentione non exequi pertulit quod adeptus fuerat. Cum legamus quia pravorum praesumptio non solum ex sua tortitudme. verum etiam ex comparatione rectoruni quam sit damnanda monstratur. » Ce passage est, en effet, tiré du De jure metropolitanorum, c. 35 {Opéra, éd. Sirmond, t. II, p. 737; Migne, t. CXXVI, col. 206), composé en juillet 876, au moment même où l'archevêque de Reims voyait avec rage son rival, Anséis de Sens, pourvu de cette haute fonction (voy. Schrôrs, Ilinkmar, p. 365), etilest possible qu'il aitexagéré la résignation et le désintéressement de Drogon.

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