‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 131 sur 211 · SYNODE DE VER · texte numérisé non relu

SYNODE DE VER

rets de l'aristocratie laïque. A Goulaines, à ïhionville, celle-ci avait reconnu en principe le bien-fondé des réclamations du clergé. Quand il fut question de passera l'application, les grands ne voulurent rien entendre. Leur opposition fut telle que Charles n'osa accepter les propositions des prélats. Les canons du synode de Ver ne furent pas promulgués. Le clergé avait prévu qu'il rencontrerait des résistances1. Néanmoins l'échec de ses plans lui fut une cruelle déception. Incapable de renoncer à sa chimère, incapable de comprendre qu'en tentant de dépouiller les guerriers de leurs moyens de subsistance, la royauté, son seul appui, se serait suicidée, l'Église de France vit dans les malheurs qui allaient fondre sur le pays un effet de la vengeance de la Divinité, irritée du rejet par le roi et les grands du programme de réformes de décembre 814 2.

1. Voy. notamment le début du cap. 12 et la prosopopée où le roi est invité à ne pas craindre les « hommes irrités ».

2. Le silence de Prudence sur le concile de Ver dans les Annales Bertiniani paraît un indice de son insuccès. Le grand synode de Meaux-Paris, qui collige toutes les décisions des assemblées précédentes depuis 843, n'en recueille aucune du concile de Ver. il le mentionne cependant en ces termes très significatifs : « Quartum ex convenientia in praedicto conventu ceptum et in Verno palatio perpetratum, sed invidia ac malitia diaboli seu ministrorum ejus nondum principis et popub auribus propalatum. Inde vero quia, sicut necesse fuerat, divinis jussionibus non est secuta oboedientia, dédit Dominus « ab aquilone », unde juxta prophetam « pandetur malum », dignos meritis nostris apostolos, crudeles scilicet et inmanissimos christianitatis persecutores Nortmannos, qui usque Parisius venientes, quod jussit Dominus monstraverunt ; quorum actus Domini sacerdotes, ut praevenerant ex ore Domini, sermone sunt etiam subsecuti » {Capitularia, éd. Krause, t. II, p. 396). — Dans une lettre à Hincmar de la seconde moitié de 845 (ep. 42, éd. Dùmmler, p. 50), Loup déclare que si le roi eût consenti à suivre les conseils qui lui avaient été donnés à Ver, Dieu l'eût fait régner en paix. Ces canons, écrits de sa main, il laisse à la postérité d'en apprécier la justesse, au juge suprême de garderie souvenir delà pieuse intention de leur auteur : « At si... primo consiliis quae in Verno quaesita et inventa sunt adquievisset, jam eum (Karolum) in pace regnare fecisset ille de quo sacrae continent litterae « non est sapientia, non est prudentia, non est consilium contra Dominum. » Canones eosdem sive, ut vos vocatis, capitula, meo stilo tune comprehensa vobis direxi ; de quorum aequitate, credo, aetas posterior judicabit, et devotionis meae non erit immemor cordium reniumque scrutator. » — Il est singulier de voir l'assemblée de Bonneuil de 855, dans sa remontrance au roi, lui dire qu'il a accepté les décisions du comité de Ver : « illaque quae in Verno palatio, synodaliter prolata suscepistis » {Capitularia, éd. Krause, t. II, p. 424). Mais elle rappelle aussi au souverain les décisions prise à Epernay de concert avec les évoques et les «barons», et, comme on va le voir, cette dernière assemblée ne donna point satisfaction aux vœux principaux de l'épiscopat. N'en faudrait-il pas conclure qu'à onze ans d'intervalle les évêques ne se rappelaient plus exactement ce qui s'était passé à Ver, ou plutôt qu'ils feignaient de croire qu'on leur avait donné satisfaction dans le passé pour forcer le roi à agir de même dans l'avenir? Cf. p. 146, n. 3.

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