RETOUR ET MORT DE RAGNAR
la Seine étaient des « Yikings », qui avaient agi sans l'aveu de leur roi. Or, vers la même date, Horic avait en personne dirigé une expédition contre Louis le Germanique. A la tête d'une flotte, évaluée avec exagération à six cents navires, il avait remonté l'Elbe, mais il avait été battu par les Saxons. Peut-être avec le secours de Ragnar et de ses compagnons eût-il été vainqueur. Au moment où les Yikings débarquaient et allaient trouver leur roi, celui-ci était entré en négociations avec Louis le Germanique. Un envoyé de ce dernier se trouvait même à la cour d'Horic. Le roi danois ne se laissa pas éblouir parles exploits de Ragnar qui lui montrait les ferrures de la porte de la Cité de Paris, et se vantait d'avoir soumis au tribut un royaume. L'unité morale de l'empire franc subsistait. Horic renvoya à celui des rois francs, avec lequel il était en relation, à Louis le Germanique, les prisonniers chrétiens et les trésors enlevés sur les bords de la Seine. Ragnar périt, dès son retour, d'une mort mystérieuse1.
La prise de Paris et le paiement d'une rançon produisirent une impression de stupeur dans toute l'Europe occidentale. Quelques semaines, quelques jours même, avaient suffi et l'honneur du regnum Francorum était tombé dans la boue2. Sans doute, à plus d'une* reprise des centres importants avaient été la proie des barbares : Duurstede, l'emporium de la Frise, dès le règne de Louis le Pieux'; Quentowic4, Rouen5, Nantes0, au début du règne de Charles. Mais
1. Transïatio sancti Germani, c. 30-31, p. 91-93 ; cf. c. 14-15, p. 80; Annales Bertiniani, p. 33 ; Annales Xantenses, 845. — Cf. Dùmmler, t. I,p. 283-285 ; W. Vogel, p. 112-115. — Cet épisode sera étudié en détail dans le mémoire annoncé page précédente, note 2.
2. Les poignantes lamentations de Paschase Radbert sur la prise de Paris sont pro\oqués par l'événement de 845, selon la plupart des critiques (voy. entre autres: Wenck, p. 118; Dùmmler, t. I, p. 287, note 1 ; Traube dans Poetae lat. aevi Ka-
rol., t. III, p. 39, note 8), W. Vogel, p. 108; je les dis occasionnées par les événements de 856-857 dans mon mémoire : la Grande Invasion normande de 856-862 (Bibliothèque de V École des chartes, t. LXIX, 1908, p. 14). A vrai dire, les arguments en faveur de l'une et de l'autre opinion ne sont point péremptoires. Les chapitres 2-4 (p. 70-72) delà Transïatio sancti Germani présentent avec les lamentations de Radbert, une ressemblance de ton et d'expression qui s'explique et par le sujet et par une commune imitation du style biblique. Cf. les sentiments exprimés dans les préambules des articles des synodes de Meaux et de Paris, en juin 845, et février 846 (Capitularia, éd. Krause, t. II, p. 396). Cf. pour Loup de Ferrières. p. 129, note 2. L'idée que les dévastations des Normands sont un châtiment de Dieu devient le thème favori des écrivains ecclésiastiques du temps.
3. A trois reprises, en 834. 835, 836. Voy. Annales Bertiniani, p. 9, 11, 12 et les Annales Xantenses.