TRAITÉ AVEC PEPIN
tique n'empêchaient pas le roi d'avoir l'œil sur les événements d'Aquitaine et de Bretagne. Vaincu dans la personne de ses « marquis », humilié par les Normands, Charles ne crut pas être en mesure de reconquérir l'Aquitaine et de châtier les Bretons simultanément. Dès l'hiver, nous l'avons dit1, il semble être entré en composition avec son neveu, par l'entremise de l'évêque de Poitiers. Vers la fin de juin ou en juillet2, Charles et Pépin II eurent une entrevue à la limite de la « France» et de l'Aquitaine, au monastère de Saint-Benoît-sur- Loire. Ils tombèrent d'accord. Charles reçut l'hommage de Pépin, qui jura de lui être à l'avenir fidèle comme un neveu doit l'être à son oncle, promettant de lui venir en aide dans la mesure de ses forces autant de fois qu'il serait nécessaire. Moyennant quoi, il reçut le gouvernement (dominatus) de toute l'Aquitaine, exception faite du Poitou, de la Saintonge et de l'Angoumois, que Charles se réserva3. « Alors ceux
J. Voy. p. 130, note 3. Evrouin accompagna ensuite Charles dans son expédition contre les Bretons. Voy. plus bas, p. 153, note 3.
2. Le diplôme en faveur de Saint-Florent (voy. note suiv.) semble prouver que dès le 13 juin le roi était sur la Loire, à Saint-Benoît. Mais il est certain que le roi a assisté au concile, tenu à Meaux (voy. Krause, t. II. p. 420-421). Celui-ci s'est rassemblé le 17 juin (voy. p. 145, note 2) et a dû prendre plusieurs jours. Charles n'a guère pu arriver sur la Loire que vers la fin de juin au plus tôt. De même l'évêque de Troyes Prudence, qui a certainement pris part au concile, semble bien avoir assisté à l'entrevue de Saint-Benoît-sur-Loire (voy. note suiv.). De même, Hincmar qui a accompagné le roi dans son expédition de Bretagne (voy. p. 152, note 1). Pour s'expliquer la date du 13 juin, peut-être doit-on avoir recours à l'hypothèse d'une discordance entre Yactum et ledatum dans la date du diplôme. La convocation de l'assemblée générale a dû coïncider avec la tenue du concile.
3. Annales Bertiniani, p. 32 : « Karolus agrum Floriacum, in quo sancti Benedicti monasterium consistit, duodecim ab Aurelianorum urbe leugis, veniens, Pippinum Pippini filium suscipit et receptis ab eo sacramentis fidelitatis, quatenus ita deinceps ei fidelis sicut nepos patruo existeret et in quibuscumque necessitatibus ipsi pro vihbus auxilium ferret, totius Aquitaniae dominatum ei permisit, praeter Pictavos, Sanctonas et Ecolinenses. Undeet omnes Aquitanici qui eatenus cura Karolo fuerant ad eundem Pippinum continuo sui conversionem efficere studuerunt. »
Il est visible que l'auteur de cette portion des Annales Bertiniani, l'évêque de Troyes Prudence, reproduit dans son analyse les termes mêmes du traité et du serment prêté par Pépin à Charles. Sans doute Prudence a-t-il assisté à l'entrevue. Le passage que l'on vient de lire se trouve au milieu du récit de l'année 845, mais sans aucun élément chronologique. Mais nous possédons un diplôme par lequel Charles, à la prière de Didon, abbé de Saint-Florent, sur la Loire, au })agus de Mauge, concède en bénéfice à ce monastère le domaine de Pocé en Anjou, appartenant à l'église cathédrale Saint-Maurice d'Angers et tenu jusqu'alors en bénéfice par des vassaux royaux, à condition que Didon et ses successeurs payent chaque année à l'église Saint-Maurice le cens accoutumé. — La date, conservée dans le Livre noir de Saint-Florent du xn* siècle, folio 3 (l'original des Archives