DÉFAITE DE BALLON [845 J
famine qui désole le pays '. Il veut même rétrograder jusqu'à Tours et donne rendez-vous en cette localité à ses fidèles pour le 11 novembre. Mais ce mouvement s'arrête. Le bruit court que la division s'est mise entre les Bretons. Un parti hostile à Nominoé est, dit-on, prêt à se joindre à Charles; il lui demande seulement de s'approcher de la Bretagne pour pouvoir se grouper autour de lui2. Abusé par des racontars fallacieux, sans avoir avec lui des forces suffisantes, Charles revient sur ses pas à travers l'Anjou et pénètre en Bretagne vers le cours inférieur de la Vilaine. Il est pris au piège : le 22 novembre, il est enveloppé par Nominoé dans un endroit marécageux, à Ballon. Sa petite troupe est écrasée et lui-même s'échappe à grand "peine 3. Un
briand) etc., Pocé (Maine-et-Loire), à condition que les « recteurs » du monastère s'acquitteront des nones et des dîmes envers les églises propriétaires de ces domaines (P. Marchegay, Archives d'Anjou, t. I, p. 372 et 361, nos 29 et 19).
— Le diplôme porte pour date de lieu : « Actum Noviente villa ». Il y a plusieurs Noyant ou Noyent en Maine-et-Loire. Noyant-la-Gravoyère dans l'arrondissement et le canton de Segré semble le plus admissible, comme situé près de la voie romaine de Rennes à Angers : à Rennes, le 19 octobre (voy. note précédente), le roi pouvait être rendu en cette localité deux jours après.
1. Annales Bertiniani, p. 32 : « Famés valida Galliae inferiora consunnt, adeo ut multa hominum milia eadem invalescentc absumpta sint. » La comparaison avec les années 846 et 847 montre que Prudence désigne par les mots « Galliae inferiora » la « France » et la Neustrie, par opposition à l'Aquitaine.
2. Lettre 31 de Loup de Ferrières, adressée à Ganelon, archevêque de Sens : « Cum ad regem proficiscerer et praemisissem quid me facere vellet, ipse vero praecepisset ut festivitate beati Martini (11 novembre), ad monasterium ejusdem praeclari confessons ei occurrerem, eum vero utilitas publica alio traxisset, missis iterum nuntiis per amicos optinui cum gratia licentiam revertendi. Cur autem sicut constituerat donvnus noster rex ad sanctum Martinum non accesserit haee, ut nuntii nostri retulerunt, causa fuit quod Britanni, sibi praeter solitam dissidentes, regem nostrum Britanniam versus evocaverunt, ut pars quae contra Nomenoium sentiebat ad eum tuto deficeret. » (éd Dùmmler, loc. cit., p. 39). Cette lettre a été écrite entre le 11 et le 22 novembre. Voy. Levillain, loc. cit., p. 73.
3. Annales Bertiniani, p. 33 : « Karolus Brittaniam Galliae cum paucis minus caute adgressus, deficientibus suis rébus sinistra fortuna universis, Cinomannos festinato revertitur, reparatoque exercitu eandem parât impetere ». Ce texte est évidemment défectueux. La copie retrouvée par M. Poupardin nous donne évidemment la bonne leçon et nous laisse croire que la trahison ne fut pas étrangère à la défaite de Charles : a. Karolus Britannie Galliam cum paucis nimis caute adgressus, deficientibus suis, rébus sinistra fortuna inversis, Cinomannos festinato revertitur» (Bibl. deVÈcole des chartes, t. LXVI, 1905, p. 394-395); — Chronicon Fontanellense : « Anno 846 (sic) Franci Britanniam ingressi, propter difficultatem locorum et loca palustria, X kal. decembris, commisso cum Brittonibus praelio, Brittones superiores effecti sunt » (Historiens de France, t. VII, p. 41) ;
— Annales Engolismenses : « 845... Karolus secunda vice Britanniam proficiens cum Nomenoio congreditur » (Mon. Germ., Script., t. XVI p. 485); — Chronicon Aquitanicum : « 845... Karolus iterato Britanniam pergens cum Nomenoio dimi-