‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 154 sur 211 · FUITE DE CHARLES · texte numérisé non relu

FUITE DE CHARLES

Charles s'enfuit au Mans. Là il rassembla quelques troupes. Son intention, un instant, aurait été de recommencer l'attaque contre la

non potest quanto nuper dolore adfectus sim, cum in hac reipublicae calamitate féliciter fallax fama disperserat vos quoque inter alios cecidisse... Praeterea domini nostri régis adversitati condolens et ereptioni supra modum congaudens... ». Dans le reste de la lettre, Loup récrimine contre le roi, dépeint la misère de l'abbaye de Ferrières. Il n'ose prier Louis de solliciter du repos pour ses hommes, quoiqu'ils en aient grand besoin; il le charge de remettre au roi une congratulationis chartula et'lui demande ce qu'il doit faire des « dons annuels » qu'il a encore entre les mains. Cf. Levillain, loc. cit., p. 75-76. — L&congratulationis charta est la lettre 33- Loup a été pénétré de douleur à la nouvelle de la mort de son jeune souverain, d'autant qu'il craignait pour le salut de son âme (Charles mettait des délais à lu. restituer la celle Saint-Josse) : <r Praecellentissime domine et, si dicere audeam amantissime, audita nuper status vestri adversitate, ineffabili dolore distabui; namque mecum reputabam vestrae mobilitatis indolem, quam cupio aetatis maturitate ac sapientiae gravitate consummari, nimis immature nobis ablatam. Id quia inrecuperabile videbatur quoniam id constanter fallax fama jactaret, totum me cum fratribus, qui mecum Deo servire satagunt, ad impetrandam salutem animae meae contuleram, cui vehementer timebam quorundam non satis Deum liraentium persuasiones obesse. Verum quoniam sospitate vestra donati sumus, incredibili gaudio repleti, etc. » L'épître, ouplatôt la remontrance, se termine par des paro'es sévères. Salomon a demandé en don avant tout la sagesse. Les écrivains païens nous ont laissé d'utiles conseils, celui-ci par exemple : « Avant d'entamer une affaire, l'examiner prudemment, puis quand l'exécution en est commencée la mener à bout avec une hâte mesurée ; seule une longue préparation peut donner une prompte victoire. » (Cf. Levillain, p. 79). - Ces lettres achèvent de montrer que Charles, loin d'attaquer les Bretons avec des forces « immenses », comme ont dit certains, s'était lancé contre eux avec peu de monde, en jeune fou, sans même attendre les secours en hommes et en argent 'dons annuels) qu'il aurait recueillis au petit placitum d'automne qu'il avait un instant fixé à Tours pour le 11 novembre (voy. plus haut, p. 154, note 2). — Un dernier écho des malheurs de l'année 845 se trouve dans Illettré 89 de Loup écrite au nom de. la reine Ermentrude à Pardulus de Laon un peu avant l'ordination de celui-ci. La reine félicite le nouveau prélat et lui demande de prier pour l'ame de ceux qui sont morts pour la défense du pays et de secourir leurs « hommes » survivants : a. Hoc a vestra benignitate impetratum volumus ut pro his qui in defensione patriae suas posuerant animas, Dei clementiam suppliciter flagitetis et superstitibus eorum hominibus auxiliemini, quanticumque vobis possibile fuerit ». M. Desdevises du Dézert {Lettres de Servat Loup, p. 139, note 1) et Dummler (loc. cit., p. 80, note 2) voient là une allusion au siège de Bordeaux par les Danois, en 847. Mais cette région était trop éloignée pour que l'archevêque de Laon pût être fort utile aux a survivants ». M. Levillain (loc. cit., p. 316), reprenant une hypoihèse de Mabillon (Annales, t. II, p. 677), croit que « la fin de cette lettre se rapporte à l'expédition bretonne que mentionne la Chronique de Fontenelle». Cette chronique mentionne, tout au contraire, qu'un chef breton a été tué par un comte (du Maine) du nom de Grifon. Je ne suppose pas qae la reine fasse prier pour l'âme du barbare. Au reste, cet événement peut être antérieur à l'ordination de Pardulus. puisque le diplôme pour Corbie où paraît pour la dernière fois son prédécesseur Siméon n'est pas de février 846, comme l'a (ru un instant M. Levillain, mais delà fin de 846 ou même de février 846 (on

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