‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 161 sur 211 · HOSTILITÉ DE LOTHAIRE [846J · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ DE LOTHAIRE [846J

Les motifs qui avaient déterminé Charles à traiter tiennent évidemment et à la mollesse de ses troupes * et à l'attitude de Lothaire2. Celle-ci était plus hostile que jamais. Dans une entrevue qu'il avait eue avec lui entre mai et le début d'août (840), Louis le Germanique n'avait nullement réussi à l'adoucir3. Lothaire laissa même ses vassaux attaquer les sujets de son jeune frère4 et piller les domaines de l'église de Reims sis dans son royaume : c'était presque la guerre. On vit même dans le royaume"' de Louis le Germanique l'église de Reims,

1. Un symptôme bien curieux de la répugnance des fidèles à marcher est fourni par un passage de la lettre 83 de Loup de Ferrières (cf. p. 166, note 3j : « Les âmes même les plus braves se dérobent aune tâche déjà entreprise vainement, sans résultat et périlleuse : c'est chose connue qu'on ne doit pas forcer les gens à faire la guerre à contre-cœur. » (Frustra expertum, infructuosum periculosumque laborem etiam strenuorum animi valde refugiunt et compertum atque in litteras relatum est nequaquam invitos ad bellum esse cogendos », éd. Diimmler, p. 74-75). — Les FYancs n'avaient jamais montré beaucoup de goût pour les expéditions difficiles. Un des exemples les plus frappants de leur manque d'enthou- *.iasme est celui de l'expédition d'Italie de 774 : Charlemagne faillit être abandonné au passage des Alpes. Faut-il rappeler aussi la honteuse conduite des comtes Hugue de Tours et Mafroi d'Orléans, lors de l'expédition dans la Marche d'Espagne, en 827 ?

2. Diimmler (t. I, p. 297) et M. Calmette (Diplomat ie carolingienne, p. 10) voient dans l'inquiétude que donnait à Charles l'attitude de Lothaire un des motifs de son traité inattendu avec Nominoé. Un passage de la Chronique de Nantes (p. 40) semblerait confirmer absolument cette hypothèse : <s. Nam rex, tum temporis a bellis fratris sui Hlotarii valde constrictus omnem de bis vindictam in futurum protulit. s> Mais, comme les chapitres x-xn de la Chronique de Nantes fourmillent d'anachronismes, on ne sait si cette phrase peut se rapporter à l'année 846. Yoy. F. Lot, Mélanges d'histoire bretonne, p. 70-73 et suiv.

3. Annales Fuldenses, p. 36 : «... pascha celebravit (18 avril) ; postea cum Hluthaiïo locutus, volens eum cum Karlo pacificare, cum res non haberet effectum, circa médium mensem augustum cum exercitu ad Sclavos Margenses defectionem molientes profectus est. » 11 n'y a aucun motif de placer cette entrevue de Louis le Germanique avec Lothaire en avril, comme fait Diimmler (I, 297), plutôt que vers juillet. Il a fallu un certain délai pour que le roi de Germanie apprît que les déclarations qu'il avait faites de concert avec Charles ne produisaient aucun effet.

4. Voy. le cap. 4 de Yadnuntiatio de Louis à l'assemblée de Meerssen de 847 : a Sciatis etiam quia dilectus frater noster Hlotharius missos suos ad suos hommes transmittit, qui usque modo in contrarietatem dilecti fratris nostri Karoli fuerunt, et illis mandat ut per nullum ingenium inantea, sicut de Dei et sua gratia gaudere volunt, in illius et fidelium ejus contrarietatem aliquid faciant » {Capital.., éd. Krause, t. II, p. 70).

5. Hincmar échangea une nombreuse correspondance à ce sujet, non seule-

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