‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 166 sur 211 · Voy. plus haut, p. 149 et · texte numérisé non relu

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3. C'est ce qui ressort du début de Y adnuntiatio de Louis le Germanique : « Sciatis quia fratres nostri et nos nostros missos ad communem nepotem nostrum in Aquitaniam mittimus et ei taies comitatus designatos mandamus, in quibus ipse cum suis intérim sufficienter esse possit et fidèles dilecti fratris nostri Karoli de illo regno pacem habere possint usquedum idem nepos noster ad communem placitum nostrum veniat » (Capitularia, éd. Krause, t. II, p. 70). Les vassaux de Charles habitant la partie de l'Aquitaine cédée à Pépin en 845 avaient porté aussitôt leur hommage à celui-ci (voy. page 151, note 1). Ce ne peut être d'eux qu'il est question ici mais des sujets de Charles habitant la partie nord-ouest de cette contrée que le roi de France s'était réservée. Les rares diplômes de Pépin II le montrent en Limousin et en Berry de 845 à 848 : 1° diplôme du 18 janvier 846, par lequel il fait don à l'église cathédrale Saint- Etienne de Limoges, que préside Stodilus, du fisc Oziacus sis en Limousin (peut-être Auzat, Corrèze, com. La Chapelle-aux-Saints) et de la villa Ozil : l'acte est donné Oriniaco villa, c'est-à-dire à Orgnac ; deux localités de ce nom se trouvent dans la Corrèze, l'une dans le canton du Vigeois, arr. de Brive, l'autre dans la commune deNoailles à 8 kil. deBiive; une troisième, qu'il faut sans doute préférer, est non loin de Limoges, dans la Haute- Vienne, canton de Saint-Léonard, com. de Chatenet-en-Dognon. 2° Le 11 janvier 818 Pépin fait don en pleine propriété à Raoul, archevêque de Bourges, des villas de Chameyrac (Corrèze, cant. Tulle) et de Villières (?) dans le comté de Limoges, vigueries de Naves (cant. de Tulle) et Uzerche (id.) est donné à Bourges. 3° Un acte du 2ô février 848 en faveur du monastère de Solignac, dirigé par l'abbé Silvius, serait donné à Solignac même (Haute-Vienne, arr. et cant. de Limoges), mais il m'est très suspect; cependant, on pourrait admettre qu'on a copié la date sur un acte authentique. D'autres actes sont dépourvus de date de lieux mais les destinataires sont des établissements situés dans le ressort que le traité de Saint- Benoit reconnaissait à Pépin : ainsi un acte de 845 en faveur de l'abbaye de Saint- Chaffre-le-Monastier en Velay (cf. plus haut, p. 151, note 1) et un diplôme d'immunité du 4 octobre 847 en faveur de l'abbaye de Manlieu en Auvergne, dirigée par l'abbé Ayraud. Le seul acte en faveur d'un établissement situé dans la portion du royaume d'Aquitaine que Charles s'était réservée est un diplôme du 27 mai 847 pour Saint-Florent-le-Vieil. Il a pour date de lieu « actum Floriniaco, villa super

Quant aux Bretons, ils ne tenaient aucun compte du traité de paix de l'année précédente et poussaient leurs incursions jusque dans le Bessin ' .

Carum sita, in generali placito ». Il est donc donné en Berry, lors du plaid général de mai-juin, quoi qu'on ne puisse identifier la localité. Aucun « Fleurigny » n'est, en effet, situé sur le Cher. Mais, sur cette rivière, se trouve un village appelé Saint- Florent (Cher, arr. Bourges, cant. Charost), du nom du saint confesseur en faveur duquel le diplôme est donné. Ne serait-ce pas notre Floriniacus super Carum!

Une preuve des empiétements de Pépin, serait un acte en faveur de l'abbaye de Saint-Maixent, donné en ce même lieu, qui, étant en Poitou ou en Briançais (Longnon, Atlas, p. 148), dépendait du roi Charles. Mais cet acte (édité par M. Alfred Richard, Chartes et documents pour servir à V histoire de Vabbaye de Saint- Maixent, dans les Archives historiques du Poitou, t. XVI, 1886, p. 8-16) est un faux inepte. — Le lieu (Fariaco brigilo) où a été donné le diplôme du 25 juillet 847, en faveur de l'église de Trêves (cf. p]us haut, p. 151, note 1) ne peut être identifié. Une lettre d'Hincmar à Pépin II, montre cependant que celui-ci avait sous son autorité le Poitou, au moins en partie : <l scribit et Pippino régi Aquitanico pro rébus ecclesiae suae in pagis Arvernico, Lemovico et Pictavico sitis, pro quibus etiam litteras Karoli régis ad eumdem Pippinum mitti obtinuit, quas res Frigidoloni viro illustri tutandas commisit. » (Flodoard, Hist. eccl. Rein., 1. III, c. 20 ; éd. Waitz, dans Mon. Germ., Script, .t. XIII, p. 513; cf. sur la date, 845-847, Schrôrs, Hinkmar, p. 519 et 562, n°8). — Un annaliste, dévoué à Charles le Chauve, accuse Pépin en 848 de « se préparer à la tyrannie » (voy. p. 196, note 1). 11 faut sans doute entendre par là que Pépin voulait secouer la tutelle, même simplement nominale, de son oncle.

On trouvera le texte des diplômes de Pépin II dans les Historiens de France, t. VIII, p. 355-363. Cf. René Giard, Catalogue des actes des rois d'Aquitaine dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. LXII, 1901, p. 526-531.

1. Voy. Translatio corporum beatorum Ragnoberti et Zenonis : « Anno incarnationis Domini nostri Jesu Christi DCCCXLVI, indictione vero X, anno VII, régnante Karolo rege, scilicet filio Hluduici imperatoris, Sergio romanam ecclesiam gubernante (apostolatushonorem sortitus est anno primo (sic), quo sub tempore capta estecclesia beati Pétri principis apostolorum),Baltfrido venerabili episcopo Baiocensium ecclesiam régente, apparuit beatissimus Baiocensium ecclesiae Ragnobertus pontifexin visu cuidam venerabili viro, Herveo nomine, blandisque eum alloquitur sermonibus : surge vir Dei, vade ad Baiocas civitatem et ascende locum qui vocatur Montem ecclesiae, etc (une deuxième vision a lieu au 24 juin)... Itaque eodem nativitatis Domini nostri Jesu Christi, qua die eamdem civitatem territus perrexit, cupiens praefato Baltfrido, proprio urbis episcopo, patefacere nominata ; sed cum nullomodo eum ibidem reperisset, Lindis [sic pour Lexoviis] quam celerrime civitatem rediit, ibique Freculfo, ipsius civitatis venerabili episcopo, invento, per omnia quae viderat indicavit... Praeterea instructus religiosissimi praesulis Frecalfi consilio, Herveus, assumptis duobus secum venerabilibus presbyteris, Guinemarum necnon Harduinum, festine Baiocas civitatem, ubi sanctorum requiescebant corpora, pcrrexit : tamen clam eamdem civitatem propter Brittonum devastationem qui eodem tempore eamdem terram occupaverant et multa clade regionem deprimebant ingressus est... Eodem die Baltfridus ipsius civitatis episcopus, etc. » Voy. d'Achery, Spicilegium, t. XII, p. 600, 602 (éd. in-fol., t. II, p. 133), d'après un ms. de Saint-Bénigne de Dijon. Le texte des Bollandistes (Acta sanct., mai, t. II L

On a vu plus haut ' que les Normands avaient attaqué les états des trois frères ; le royaume de l'ouest avait été surtout l'objet de leurs convoitises et le but de leurs dévastations.

Ces trois affaires intéressaient surtout Charles; les deux premières le concernaient môme exclusivement. On s'explique la froideur et la brièveté de la proclamation (adnuntialio) que Lothaire fit au public à l'issue des pourparlers. Il se borne à indiquer que le but de l'entrevue des trois frères est le bien de la sainte Église et la paix du peuple chrétien. Leur commune intention est de rester fidèle à leurs engagements de fraternité2. Louis le Germanique, qui prend la parole ensuite, se charge de faire connaître les résultats de l'entrevue : des messages vont être dépêchés au nom des trois frères, à Pépin, aux Bretons, aux Normands, pour rétablir la paix ; Lothaire donne ordre à ses « hommes » de cesser d'inquiéter Charles ' ; dans le commun royaume des trois frères, les évêchés et les abbayes auront la propriété de leurs biens comme au temps de l'empereur Louis ; les abus qui se

618-025) est fondé sur d'autres manuscrits : ils impriment au début « anno DCCCXVI1. » quoique les manuscrits de Vergy et d'Auxerre portassent, comme celui de Dijon, l'an 846. La date de la deuxième vision (24 juin) est embarrassante ; elle met un an d'intervalle entre la première, vers Noël, et la troisième, également vers Noël. Quoi qu'il en soit, cette dernière ne saurait être que Noël 846, puisque le pape Serge, nommé au début du récit est mort un mois après. Impossible donc de placer avec La Borderie (Histoire de Bretagne, t. II, p. 59, note 2), l'invasion du Bessin par les Bretons à la fin de 847. Au surplus, les menaces des rois francs à Nominoé, en février 847, n'auraient aucun sens, si celui-ci n'avait attaqué le regnum Francorum. Attribuer avec Wenck p. 143) la rupture de la paix entre Bretons et Francs à la « méfiance de Charles » (Karl's Misstrauen) est purement arbitraire. — Les observations des Bollandistes, et d'autres encore, sur la date et l'auteur de la Translatif) beatorum Ragnoberti et Zenonis, n'ont aucune valeur. Le dernier mot sur la question a été dit par Mgr Duchesne : Fauteur est bien JosepL, ancien chancelier de Pépin II d'Aquitaine, devenu par la suite précepteur du jeune Louis le Bègue, créé roi de Neustrie (du Maine) en février 856 ; c'est en cette dernière année, que Joseph termina son travail, entrepris à l'instigation de Paul, archevêque de Rouen, son ancien condisciple aux écoles de Tours. Voy. Analecta Bollandiana, t. XXIV, p. 109.

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