‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 167 sur 211 · Voy. p · texte numérisé non relu

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2. Cf. Dummler, t. I, p. 300; Parisot, p. 38; Calmette, p. 12; E. Bourgeois, loc. cit., p. 84. Cf. note suivante.

3. On ne s'étonnera pas de voir cette promesse de Lothaire communiquée à l'assemblée, non par celui-ci, mais par Louis le Germanique. Comme aîné et comme empereur, Lothaire ne pouvait faire publiquement l'aveu de son agression. M. Calmette se méprend, croyons-nous, quand il écrit (p. 13) : « Cette réserve à coup sûr systématique trahit une arrière-pensée. » Il ne faudrait pas non plus tirer trop de conséquences de la sécheresse de Yadnuntiatio de Lothaire. Au deuxième congrès de Meerssen, de 851, la proclamation de Lothaire est encore plus concise qu'en 847 et toujours plus brève que celle de ses plus jeunes frères.

sont introduits dans les établissements ecclésiastiques seront amendés.

V adnuntiatio de Charles a un caractère différent. C'est dans son état que les liens du séniorat se sont le plus relâchés, que la u fidélité » est le plus souvent violée. C'est pourquoi, bien qu'il s'adresse, lui aussi, à l'ensemble des Francs présents à Meerssen, il y a lieu de croire que ses paroles visent surtout ses propres sujets, et que dans son adnuntiatio il veut dissiper leurs défiances, établir ou plutôt rappeler les règles qui président aux relations de seigneur et de vassal : 1° chaque homme libre aura le droit de choisir comme seigneur qui il voudra, soit le souverain lui-même, soit un des fidèles de celui-ci ; 2° nul « homme » ne doit sans motif grave quitter son seigneur et nul ne doit accepter comme vassal un tel homme ; 3° les rois entendent faire droit à leurs fidèles et ne point commettre d'injustice à leur égard ; ils adjurent leurs fidèles d'agir de même vis-à-vis de leurs « hommes » ; 4° ils consentent que les vassaux de leurs sujets, en quelque royaume qu'ils habitent, suivent leur seigneur à l'ost ou s'employent autrement à leur service: mais, en cas de « landwehr », la population entière devra faire masse et marcher pour repousser l'ennemi.

Hien de neuf, en somme, dans ces articles dont le but est de calmer les inquiétudes des vassaux qui réclament (c. 5) la « loi » (les garanties) dont ils jouissaient sous les règnes précédents L.

L'absence de Pépin, qui avait été invité à Meerssen et s'était gardé

1. Depuis Montesquieu, on a cru voir dans Yadnuntlatio de Charles, un texte, capital marquant l'établissement en France de la féodalité, à tout le moins une étape décisive dans le développement du régime seigneurial. En réalité, il n"y a là aucune innovation : Charles rappelle des dispositions du temps de Charlemagne ; à l'article 3, il dit que les rapports entre seigneur et vassal seront rétablis <l comme au temps de nos ancê'res ». La théorie de Montesquieu a été réfutée avec force par le P. Lapôtre (l'Europe et Je Saint-Siège à l 'époque carolingienne, p. 285-291) et par M. Emile Bourgeois (celui-ci a commis de menues erreurs de détail) dans les Mélanges Paul Fabre, p. 87-91. Mais, comment tous deux ne se sont-ils pas aperçus que, si Charles peut viser secrètement ses sujets dans sa proclamation, officiellement il parle non en son propre nom, mais au nom des trois souverains, remarque qui, à elle seule, enlève toute portée aux assertions émises depuis le xvm9 siècle sur ce texte et sur le caractère de Charles? M. Lapôtre (p. 2£5, note 1), écrit même : c II est manifeste que Charles ne légifère (sic) que pour ses propres sujets. » Avec cette interprétation l'article 5 de Y adnuntiatio Karoli devient incompréhensible : (< Et volumus ut cujuscumque nostrum homo, in cujuscumque regni sit, cum seniore suo in hostem vel aliis suis utilitatibus pergat ; nisi talis regni invasio quam lantweri dicunt, quod absit, accident, ut omnis populus îllius regni ad eam repellendam communiter pergat. », MM. Lapôtre (p. 287-288Ï et Bourgeois (p. 90) s'imaginent que Charles vise ici certains de ses vassaux habitant les états de Lothaire et de Louis et devenus également les fidèles de ces rois ou de leurs vassaux. C'est une erreur grave : elle laisse croire qu'à cette époque un même homme peut avoir plusieurs seigneurs, ce qui n'est pas; un laïque peut naturelle-

d'y paraître, eût suffi à elle seule à rendre vaines les décisions du colloque. Il fallait, en outre, attendre le retour des ambassades dont on avait résolu l'envoi auprès du roi des Danois et du duc des Bretons. Enfin, l'affaire dont on ne disait mot en public, celle de Gilbert, n'était nullement réglée.

Dans ces conditions il était manifeste que l'entrevue de Meerssen ue pouvait être qu'une réunion préparatoire. La solution des différends fut renvoyée à une autre assemblée qui devait se tenir vers la Saint- Jean (24 juin) prochaine, dans le royaume du principal intéressé, Charles, et à Paris. Pépin serait invité par ses oncles à s'y rendre, et on lui ferait savoir que son absence pourrait avoir pour lui des conséquences fâcheuses1. Ce fut Charles qui, dès le début de son adnuntiatio, se chargea d'informer l'assistance du demi-échec des négociations, d'indiquer le lieu de la future assemblée et d'ordonner à ceux qui s'y rendraient de ne point commettre en chemin de violences 2.

Charles prit au sérieux: le rendez-vous. Encore à Compiègne le

ment posséder des alleux dans un royaume étranger, mais, sous peine de forfaiture, il ne peut recevoir de bénéfices ou d'honorés que de son souverain. C'est ce qu'a démontré C. von Noorden (Hinkmar Erzbischof von Rheims, Beilage I, p.m-vii), attaqué très mal à propos par M. Lapôtreip. 285, note 4), en même temps qu'il faisait observer que l'article 5 s'applique aussi bien à la Lotbaringie et à la Germanie qu'à la France. Il faut traduire : « Nous (les trois rois) voulons bien que, en chacun de nos royaumes, tout vassal d'un de nos sujets se rende à l'ost sous la direction de son seigneur; mais en cas d invasion, ou, comme on dit, de landwehr, la population du royaume sans distinction (de seigneur et de vassal) marchera pour chasser l'ennemi ». La fin doit s'entendre en ce sens que les fonctionnaires royaux appelleront aux armes tous les hommes libres directement, comme ils le faisaient jusqu'à Charlemagne, avant que l'on eût mis ceux d'entre eux qui étaient « commendés » dans l'obligation de se rendre à l'ost sous la direction de leur <r. seigneur ». Tant que les Francs avaient été conquérants ce procédé s'étak trouvé efficace parce qu'il empêchait des désertions en établissant la responsabilité du « seigneur ». Quand, à la mort de Louis le Pieux, l'empire se trouva attaqué par les Barbares, il se révéla lent et peu pratique.

Nous avons admis plus haut (avec MM. Lapôtre et Bourgeois) que Charles dans sa proclamation a en vue surtout ses sujets ; mais c'est une hypothèse. L'article b' du second colloque de Meerssen (Krause, t.. II, p. 73), qui exprime des engagements formels vis-à-vis des fidèles, émane des trois souverains.

1. C'est dans l'adnuntiatio (c. 1) de Louis le Germanique que se trouve le passage comminatoire sur Pépin : celui-ci recevra un sauf-conduit pour se rendre au prochain placitum ; s'il refuse d'écouter les conseils de ses oncles, ceux-ci avec l'aide de Dieu et l'avis de leurs fidèles aviseront aux meilleures dispositions à prendre. Voy. Capitularia, éd. Krause, t. IL p. 70.

2. Fin du c. 1 de l'adnuntiatio de Charles : a Et volumus ut abhinc inante, ubicumque unusquisque fuerit, cum pace consistât et ad illud placitum cum pace unusquisque veniat, quia in istis miseriis et rapinis usquemodo multum Deum oflendimus ; unde nobis Dei misericordiam deprecari satis neccessarium esse

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