‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 171 sur 211 · RÉCONCILIATION DE LOTHAIRE ET D'HINCMAR · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION DE LOTHAIRE ET D'HINCMAR

Merssen, porterait au comble l'animosité de l'empereur. Il n'en fut rien. Par suite d'un revirement dont les causes précises sont ignorées, Lothaire était subitement devenu favorable à Hincmar. Il abandonna complètement Ebon, qui mourut, à quatre ans de là1, pour se ralliera la cause de son rival. L'envoi à Rome des décisions du concile de Paris et de la lettre d'approbation du roi Charles fut suspendu par la nouvelle de la mort du pape Serge II (27 janvier 847). Son successeur, Léon IV, ne fut confirmé que le 10 avril2. Pendant cet intervalle de temps, Lothaire pouvait susciter des difficultés à Hincmar. Bien au contraire, quand la nouvelle de la confirmation du nouveau pape fut parvenue dans le nord de la Gaule, sans doute vers le début de mai, l'empereur écrivit pour s'excuser d'avoir soutenu la cause d'Ebon sous le pontificat de son prédécesseur, et lui recommander Hincmar, le priant de conférer le pallium à l'archevêque de Reims et de lui faire le meilleur accueil s'il se rendait à Rome3.

outre que ce colloque ne traita pas de la divislo regni et qu'il n'établit pas la paix, on doit faire observer que ces mots se retrouvent dans des diplômes synodaux pour Saint-Lomer-le-Moutier, du 10 octobre 843, et pour Seyssieu, près de Lyon. Ils dérivent d'un formulaire remontant au traité de Verdun selon Mùhlbacher (voy. dans le Neues Archiv..., t. XXV, p. 640). Le diplôme, synodal pour Corbie contient les souscriptions des Pères du concile de Paris. Mais est-ce le premier concile (février) ou le second (décembre) ? L'indiction 10 convient au second. Seulement l'on s'étonne, je ne dis pas de rencontrer la souscription de l'évèque de Lisieux Frecoux, qui n'y assista pas (voy., p. 174, note 1, la Translatio SS. Ragnoberti et Zenonis) — car elle pourait avoir été ajoutée après coup, — mais de n'y point voir celle de Landran, archevêque de Tours, qui y prit part selon Flodoard (voy. le début de cette note). Enfin, Hincmar affirme que la lettre destinée au pape Serge, confirmant la validité de son ordination, donc émanée du 29 concile de Paris, portait les souscriptions de presque la totalité des évêques des Gaules, de Neustrie et d'Aquitaine (voy. Mansi, t. XV, col. 719; Migne, t. CXXVI, col. 53): dans le diplôme synodal pour Corbie on ne trouve aucune signature d'évêque, aquitain. La solution de ce petit problème reste donc incertaine.

1. Le 20 mars 851 à Hildesheim. Voy. Schrors, p. 55, note 16; Dùmmler, t. I, p. 262. note 1.

2. Vita Leonis IV dans le Liber pontificalis, éd. L. Duchesne, t. II, p. 106.

3. Mansi, t. XIV, col. 885 et Historiens de France, t. VII, p. 565-566. On voit par cette même lettre que c'est Hincmar lui-même qui avait transmis à l'empereur les gesta synodalia provinciarum cisalpinarum. Sans doute l'archevêque rencontra-t-il Lothaire au colloque de Meerssen, tenu un mois après l'issue du concile. Hincmar avait toujours évité de prendre une attitude hostile à Lothaire; dans une lettre à l'impératrice Ermenjardil protestait de sa fidélité à l'empereur. M. Lesne a démontré, contre MM. Parisot et Calmette, que la réconciliation de l'empereur et de l'archevêque était faite dès 847 et non en 849. Voy. Hincmar et l'empereur Lothaire, Paris, in-8°. 56 pages (extr. de la Revue des questions historiques, 1905, t. LXXVIL).

182 synode d'attigny [847]

Il est possible enfin qu'un grand concile, convoqué à Attigny pour le 25 avril, ait confirmé les décisions du concile de Paris1.

La seconde moitié de l'année ne fut marquée par aucun incident notable 2. Les incursions bretonnes subissaient un temps d'arrêt. Attaqués par les Danois, les Bretons avaient été vaincus à trois reprises. Battu et mis en fuite, Nominoé n'avait pu écarter les pirates qu'à prix d'argent :i. Un chef breton, d'ailleurs totalement inconnu, nommé Maengui, avait été tué au printemps par un des comtes de Charles,

1. Lettre de Loup de Ferrières à Markward, abbé de Prùm : « Commode autem et me praesente id vos factures puto si secunda ebdomade mensis maii 1 8-1-4 mai] iter ad nos arripiatis; namque quinto decimo die post pascha [10 avril] synodus magna, ut aiunt, apud Atiniacurn celebrabitur, cui me abesse nequaquam, ut credo, nostri praesules patientur s> (ep. 60, éd. Dùmmler, loc. cit., p. 61). Au témoignage de Flodoard (1. III, c. 21), Hincmar adressa à Ainolus, archevêque de Lyon, une lettre « de synodo a tribus regibus condicta et de Ebone praedecessore ipsius et aliis nonnullis ». Schrôrs(p. 562, note 7) et Dùmmler (t. I, p. 301, note 1) croient qu'il s'agit dans cette lettre du projet d'assemblée qui devait se tenir le 24 juin 847 à Paris. Le mot c synodus » peut s'entendre en effet d'un colloque, mais mieux encore d'un concile, celui d'Attigny (?) Il faut signaler que, le 27 mai» Charles est à Atligny. Il concède en pleine propriété au fidèle Alfonse et aux neveux de celui-ci, Gomesind et Durand, des biens royaux sis en Narbonnais, à Lezignan (Aude, arr. Narbonne), Caumont (com. de Lézignan) et Sancta-Candida, tenus par les pères des susdits fidèles à titre d' « aprision d (Marca, Marca Hispanica, col. 782; Historiens de France, t. VIII, p. 490, n° 69, — d'après Marca; Dom Vaissète, Hist. de Languedoc, éd. Privât, t. II, p. 276, n° 132, — d'après les Hist. de Br.). Le texte de Marca dérive du Cartulaire d'Elne de 1140, aujourd'hui disparu, lib. I, carta 5. Une copie remontant à la même source se trouve à la Bibl. nat., Coll. Baluze, vol. CV1II, fol. 87 verso.

2. Au dire de Rodolphe l'année 847 s'écoula sans guerre; Lothaire et Louis passèrent leurs temps à se visiter; ils étaient dans les meilleurs termes, mais Louis ne put apaiser la rancune de son aîné à l'égard de Charles, toujours à cause du rapt de la fille de l'empereur par Gilbert : « Hic annus a bellis quievit; quem Hlutharius et Hludowicus mutua familiaritate transegerunt ; nam uterque eorum ad domum alterius invitatus conviviis et muneribus regiis honoratus est. Hludowicus tamen Hlutharium et Karlum ita ut voluit pacificare non potuit, renuente Hluthario propter injuriam sibi a Gisalberto vasallo Karli in raptu filiae suae factam. » (Annales Fiddenses, p. 36). Il me semble que Mùhlbacher (Reg. 2e éd., nos 1130 b et 1388 b) Calmette (p 11, note?, et Parisot (p. 39, note 4) ont raison contre Dùmmler (t. I, p. 299, note 3) en comprenant que Rodolphe n'entend pas parler uniquement du congrès de Meerssen. mais d'une série de négociations et de visues qui occupèrent toute l'année 847, au moins la majeure partie.

3. Annales Bertiniani. p. 35 : (< Dani partem inferioris Galliae quam Brittones incolunt adeuntes, ter cum eisdem bellantes superant; Nomenogiusque victus ourn suis fugit, dein [perl legatos muneribus a suis eos sedibus amovit d. Les revers des Bretons sont rapportés après le récit de l'arrivée de l'ambassade musulmane à Reims (fin de 846 ou début de 847), avant la mort de Serge II (27 janvier) et la consécration de Léon IV (10 avril); mais on ne saurait rien déduire de

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